12 000 km² de sel étincelant s’étendent à perte de vue, culminant à 3 656 mètres d’altitude.
Le Salar d’Uyuni, né de l’évaporation d’un lac préhistorique il y a 40 000 ans, offre aux randonneurs un terrain de jeu unique au monde.
Cette étendue blanche immaculée, parsemée d’îles volcaniques et bordée de volcans majestueux, est le théâtre d’une aventure hors du commun où l’horizon se confond avec le ciel.
Bienvenue dans ce miroir géant de la Bolivie, où chaque pas crisse sous une croûte de sel de plusieurs mètres d’épaisseur.
L’île d’Incahuasi : une oasis de cactus millénaires
Au cœur du Salar, l’île d’Incahuasi surgit comme un mirage.
Cette formation volcanique de 24 hectares abrite des cactus géants pouvant atteindre 10 mètres de haut.
Le sentier de 2 km qui serpente jusqu’au sommet offre une vue à 360° sur l’immensité blanche.
La montée de 30 minutes demande une bonne condition physique en raison de l’altitude.
L’île est un véritable sanctuaire écologique.
Les trichocerus, ces cactus emblématiques, ont mis plus de 1000 ans pour atteindre leur taille actuelle.
Leur croissance est d’à peine 1 cm par an.
Le contraste entre leur silhouette verte et le blanc immaculé du sel crée des compositions photographiques uniques, surtout au lever et au coucher du soleil.
« Chaque matin, quand je vois le soleil se lever sur Incahuasi, j’ai l’impression d’assister à la naissance du monde. Les cactus s’illuminent peu à peu, comme des sentinelles millénaires veillant sur le salar. »
– Carlos Mamani, guide local depuis 25 ans
La traversée du Salar : 140 km entre ciel et terre
La traversée intégrale du Salar d’Uyuni du nord au sud s’étend sur 140 km. Cette randonnée de 3 jours et 2 nuits exige une excellente préparation.
Le terrain, bien que plat, est trompeur. L’absence de repères visuels et la réverbération intense du soleil sur le sel peuvent désorienter même les marcheurs aguerris.
Le parcours débute généralement à Colchani (20°15’00.0″S 67°31’12.0″W) pour s’achever à San Juan (21°19’48.0″S 68°15’00.0″W).
La progression se fait sur une croûte de sel d’une épaisseur moyenne de 10 mètres. Sous vos pieds, des millions d’années d’histoire géologique se sont cristallisées en motifs hexagonaux fascinants.
L’équipement est crucial : chaussures imperméables, protection solaire maximale (indice 50+), chapeau à large bord, et au moins 5 litres d’eau par personne et par jour sont indispensables.
La déshydratation et les brûlures solaires sont les principaux risques à prévenir.
Le volcan Tunupa : sentinelle minérale du Salar
Culminant à 5 321 mètres, le volcan Tunupa domine le nord du Salar. Son ascension, un défi technique de 12 km et 1 100 mètres de dénivelé positif, offre le panorama le plus saisissant sur l’étendue salée.
Le sentier circulaire part du village de Coquesa (19°52’12.0″S 67°37’12.0″W) pour atteindre le sommet en 6 à 8 heures de marche intense.
Les premiers kilomètres traversent des pâturages où paissent lamas et alpagas. À partir de 4 200 mètres, le terrain devient plus escarpé et rocheux.
Des éboulis récents peuvent compliquer la progression. À 4 700 mètres, un plateau offre une vue imprenable sur le Salar et les volcans environnants.
C’est ici que se trouvent les fameuses momies de la culture Chipayas, témoins silencieux d’une histoire millénaire.
L’ascension finale jusqu’au sommet est réservée aux randonneurs expérimentés et bien acclimatés. L’air raréfié et les vents violents exigent une vigilance constante.
Mais la récompense est à la hauteur de l’effort : un panorama à 360° sur le Salar d’Uyuni et les sommets de la cordillère occidentale des Andes.
La boucle des lagunes : un festival de couleurs à 4 000 mètres
Au sud du Salar, la Boucle des lagunes colorées offre un contraste saisissant avec la blancheur du désert de sel.
Ce circuit de 180 km sur 4 jours relie les principales lagunes du Sud Lipez, chacune arborant une teinte unique due à la présence de minéraux et de micro-organismes.
Le trek débute et s’achève à Uyuni (21°47’24.0″S 67°48’36.0″W).
La première étape mène à la Laguna Colorada (22°12’00.0″S 67°49’12.0″W), dont les eaux rougeâtres abritent des colonies de flamants roses.
Le sentier longe ensuite des formations rocheuses érodées par le vent, comme le célèbre « Arbre de Pierre » dans le désert de Siloli.
La progression se fait entre 4 200 et 5 000 mètres d’altitude, exigeant une bonne acclimatation. Les nuits sont glaciales, avec des températures pouvant descendre à -20°C.
L’équipement de haute montagne est indispensable : sac de couchage -20°C, vêtements techniques, et protection contre le vent et le soleil.
Le point culminant du circuit est la Laguna Verde (22°47’24.0″S 67°49’12.0″W), dont les eaux émeraude contrastent avec la silhouette du volcan Licancabur.
Ce site, à 4 300 mètres d’altitude, offre des opportunités photographiques exceptionnelles, surtout au lever du soleil quand la surface de la lagune est parfaitement lisse.
Uturuncu : l’ascension du toit de la Bolivie
Pour les randonneurs en quête de défi, l’ascension du volcan Uturuncu représente l’apogée de l’aventure andine.
Culminant à 6 008 mètres, c’est le plus haut sommet de Bolivie accessible sans équipement d’alpinisme. Le trek de 18 km aller-retour part d’un camp de base situé à 5 230 mètres (22°16’12.0″S 67°10’48.0″W).
L’ascension demande 10 à 12 heures d’effort intense. Le sentier, bien marqué au début, devient plus difficile à suivre dans les derniers 300 mètres. Des cairns guident les randonneurs à travers un terrain de cendres et de roches volcaniques instables. L’altitude extrême est le principal défi : à 6 000 mètres, l’oxygène est réduit de moitié par rapport au niveau de la mer.
Au sommet (22°15’36.0″S 67°10’48.0″W), le panorama est à couper le souffle. Par temps clair, on peut apercevoir le Salar d’Uyuni au nord et les sommets du Chili et de l’Argentine au sud. Des fumerolles s’échappent encore du cratère, rappelant l’activité volcanique latente de la région.
« L’Uturuncu est un géant endormi. Quand on atteint son sommet, on ressent toute la puissance de la Terre. Ici, à plus de 6 000 mètres, c’est comme si on touchait le ciel du doigt. »
– Elena Condori, guide de haute montagne bolivienne
Le trek Tahua-Coquesa : sur les rives nord du Salar
Pour une immersion plus douce dans l’univers du Salar, le trek Tahua-Coquesa offre une alternative de 35 km sur deux jours. Ce sentier longe la rive nord du Salar, offrant des vues spectaculaires sur l’étendue de sel et le volcan Tunupa.
Le départ se fait depuis le village de Tahua (19°57’00.0″S 67°40’48.0″W), célèbre pour ses cultures de quinoa aux pieds du Salar. Le sentier traverse des paysages variés : champs colorés de quinoa, pentes désertiques et rives salées.
L’altitude oscille entre 3 650 et 3 800 mètres, rendant la progression plus confortable que sur les hauts sommets.
À mi-parcours, le site archéologique de Chiantota mérite une halte. Ces ruines pré-incas témoignent de l’occupation millénaire de la région. Les pétroglyphes racontent l’histoire des peuples aymaras et leur relation avec le Salar.
L’arrivée à Coquesa (19°52’12.0″S 67°37’12.0″W) offre l’opportunité de se reposer dans l’un des fameux hôtels de sel. Ces constructions uniques, entièrement bâties en blocs de sel, offrent une expérience d’hébergement inoubliable.
La boucle des geysers Sol de Mañana : un paysage lunaire
Pour une randonnée plus courte mais non moins spectaculaire, la boucle des geysers Sol de Mañana propose un circuit de 8 km autour d’un champ géothermique actif. Situé à 4 850 mètres d’altitude, ce site offre un paysage lunaire ponctué de fumerolles et de mares de boue bouillonnante.
Le sentier, bien balisé, part d’un point de stationnement (22°26’24.0″S 67°46’12.0″W) et forme une boucle autour des principales zones d’activité. La marche de 3 à 4 heures permet d’observer de près les geysers et les mares de boue, dont la température peut atteindre 200°C.
La prudence est de mise : les sols sont fragiles et la vapeur chargée de soufre peut être toxique. Il est impératif de rester sur les sentiers balisés et de respecter les consignes de sécurité. Le lever du soleil est le moment idéal pour observer l’activité des geysers, quand la différence de température entre l’air froid et le sol chaud est maximale.
Préparation et logistique : les clés d’une aventure réussie
Une randonnée dans la région du Salar d’Uyuni nécessite une préparation minutieuse. L’altitude élevée (entre 3 600 et 6 000 mètres) exige une acclimatation progressive. Il est recommandé de passer au moins deux jours à Uyuni (3 656 m) avant d’entreprendre toute randonnée.
L’équipement doit être adapté aux conditions extrêmes :
- Vêtements chauds et imperméables (températures nocturnes pouvant descendre à -20°C)
- Chaussures de randonnée imperméables et résistantes au sel
- Protection solaire maximale (crème indice 50+, lunettes, chapeau)
- Sac de couchage -20°C pour les nuits en refuge ou en bivouac
- Réserve d’eau conséquente (4 à 5 litres par jour et par personne)
La meilleure période pour randonner dans la région s’étend de mai à octobre, pendant la saison sèche. Les températures sont plus froides mais le ciel est dégagé et le risque de précipitations minimal. De novembre à avril, la saison des pluies peut rendre certains sentiers impraticables et transformer le Salar en un immense miroir d’eau.
Pour les randonnées dans les zones reculées comme le volcan Uturuncu ou la boucle des lagunes, il est fortement recommandé de faire appel à un guide local expérimenté. Non seulement pour la sécurité, mais aussi pour bénéficier de leurs connaissances sur l’écosystème unique et l’histoire culturelle de la région.
Impact environnemental : randonner responsable dans un écosystème fragile
Le Salar d’Uyuni et ses environs constituent un écosystème extrêmement fragile. L’augmentation du tourisme ces dernières années a eu un impact significatif sur l’environnement. En tant que randonneur, il est crucial d’adopter une approche responsable :
- Respectez scrupuleusement le principe du « Leave No Trace » : ne laissez aucun déchet, même organique
- Restez sur les sentiers balisés pour éviter d’endommager la végétation rare
- N’utilisez pas de savon ou de détergent dans les sources naturelles
- Observez la faune (flamants, vigognes, viscaches) à distance sans la perturber
- Soutenez l’économie locale en faisant appel à des guides et des hébergements gérés par les communautés autochtones
Les autorités boliviennes ont mis en place des réglementations strictes pour préserver le Salar et ses environs. Certaines zones sont désormais à accès limité et des permis peuvent être nécessaires pour certains treks. Renseignez-vous auprès des offices de tourisme locaux pour obtenir les autorisations nécessaires.
Quand le sel raconte l’histoire : une aventure au-delà de la randonnée ?
Randonner dans le Salar d’Uyuni, c’est marcher sur des millions d’années d’histoire géologique. C’est aussi s’immerger dans la culture aymara, pour qui le sel est sacré depuis des millénaires. Au-delà de l’effort physique, cette aventure offre une réflexion sur notre place dans l’immensité de la nature.
Que vous choisissiez de traverser l’étendue blanche infinie du Salar, de gravir les pentes du Tunupa ou d’explorer les lagunes multicolores, chaque pas dans cette région unique au monde sera une expérience inoubliable. Préparez-vous bien, respectez l’environnement, et laissez-vous émerveiller par la magie du plus grand désert de sel du monde.
Pour approfondir votre préparation, consultez nos guides sur le trek en haute altitude et les randonnées en altitude. Et n’oubliez pas de vous informer sur le mal des montagnes avant votre départ. Bonne randonnée !





