« On vient de connaître le samedi le plus pourri depuis le début de la saison. » La phrase est signée Thomas Dulac, gardien du refuge des Cortalets, dans les Pyrénées-Orientales, sur le massif du Canigó. Un refuge qui constitue une halte presque obligatoire pour ceux qui montent au pic, et où le professionnel constate une dégradation venue d’une « petite minorité », rapporte actu.fr.
Ce samedi-là, le 26 septembre, un incendie a failli partir à 2 150 mètres d’altitude. Et ce qui s’est passé ensuite mérite d’être raconté dans le détail, parce que c’est une leçon de terrain sur ce qui peut mal tourner en montagne.
Le réchaud à gaz et la flamme qui part vers un arbre
Tout commence par un geste banal : un homme veut allumer son réchaud à gaz. Sauf que le geste ne se passe pas comme prévu.
« Une flamme énorme est partie de la bouteille et il a jeté son réchaud vers un arbre », explique le gardien. Le campeur, au lieu de réagir, est « resté assis ».
Heureusement, l’intervention a été immédiate : trois personnes du refuge se sont jetées sur les flammes. Le club alpin français leur fournit des lances à incendie, et le cuisinier a couru avec sa bassine d’eau. Le feu a été éteint.
Mais le gardien insiste sur l’état du terrain : « On a un souci avec le massif qui est très sec. Heureusement, il n’y a plus d’herbe. Mais il reste encore des arbres. Et si un arbre prend feu, on court à la catastrophe. »
Ce type d’incident doit se lire à deux niveaux. D’abord, la manipulation d’un réchaud à gaz en altitude ne s’improvise pas : joint usé, bouteille mal vissée, allumage dans un endroit abrité par grand vent, positions de repli non anticipées. Ensuite, la période. En fin de saison, la végétation est sèche, et un feu qui prend en montagne ne se maîtrise pas avec une gourde.
Nos repères pour cuisiner avec un réchaud ou un feu de camp détaillent les vérifications à faire avant d’allumer, et notre dossier sur la réglementation du camping sauvage rappelle que les feux sont interdits en période de sécheresse dans de nombreux massifs.
Ce que le gardien a vu dans la même journée
Le samedi en question n’a pas été marqué par un seul dérapage. Le gardien énumère.
- un cas de violence : « un père qui a frappé sa fille » ;
- un groupe qui a chanté jusqu’à minuit, au détriment des autres campeurs ;
- un brasier allumé avec une flamme d’environ deux mètres de haut, alors que les intéressés ne disposaient que d’une gourde d’un litre pour l’éteindre ;
- des tentes installées dans des zones interdites.
Sur ce dernier point, le détail est grave. Certaines tentes étaient plantées sur la drop zone, l’aire réservée à l’atterrissage des hélicoptères de secours.
« J’ai été obligé de déplacer trois personnes. Là, l’hélicoptère ne peut pas se poser. Il doit chercher ailleurs en pleine nuit. C’est risqué et ça coûte très cher », explique Thomas Dulac.
Il faut mesurer ce que cela signifie. Une aire d’atterrissage occupée en montagne, c’est un secours qui arrive plus tard, dans de moins bonnes conditions, et qui consomme des moyens supplémentaires. Le randonneur qui plante sa tente là ne fait pas preuve de négligence légère : il dégrade directement la capacité de secours d’un massif entier.
« Je n’ai pas de légitimité »
Le passage le plus dur du témoignage concerne le rôle du gardien lui-même. Thomas Dulac ne se plaint pas d’un manque de volonté, mais d’un manque de pouvoir.
Sa formule est devenue la phrase clé de l’article : « Je suis le maire d’un village de 100 citoyens qui changent tous les soirs. Sauf que je n’ai ni la formation ni les compétences ni les pouvoirs d’un maire. »
Il détaille ensuite :
- « Je suis seul. Je ne peux pas maîtriser tout ça. »
- « Les gens ne m’écoutent que jusqu’à un certain point. Je n’ai pas de légitimité. »
- « Je ne suis pas gendarme ou un agent de l’OFB. Je n’ai pas de moyen de répression. »
- « Je suis là pour donner des conseils. Mais certains n’aiment pas ça. »
Un point de contexte renforce le propos : cette saison, les gendarmes et les agents de l’Office français de la biodiversité sont peu passés dans le secteur des Cortalets.
Ce constat rejoint une réalité plus large, celle des gardiens de refuge qui se retrouvent à gérer bien plus que l’accueil : sécurité, secours, incendie, conflits entre usagers. Notre article sur la vie en refuge décrit ce rôle réel, souvent éloigné de la seule restauration, et notre dossier sur le fonctionnement des refuges rappelle ce que le gardien a le droit d’exiger d’un visiteur.
Une amélioration réelle, malgré tout
Il serait injuste de retenir uniquement les dérapages. Thomas Dulac tient lui-même à souligner les progrès.
« Par rapport à avant, il n’y a que très peu de poubelles qui sont laissées. Les règles pour les feux sont majoritairement respectées. Le problème, c’est la petite minorité. Et elle nous pose de gros soucis. »
Une mesure concrète a d’ailleurs porté ses fruits : le nombre de places à feu a été réduit de 12 à 4. Le gardien le confirme : « Le soir, quand je sors, je n’ai plus que quatre feux à surveiller. »
Il identifie cependant deux manques : il n’y a pas d’extincteur à côté des places à feu, et le feu reste autorisé alors qu’il faudrait l’interdire en période de sécheresse.
Ce raisonnement est transposable à d’autres sites très fréquentés. Réduire le nombre de points sensibles plutôt que multiplier les interdictions, encadrer physiquement les usages à risque, équiper en matériel de première intervention : ce sont des leviers simples, souvent plus efficaces que la pédagogie seule. La question de la cohabitation entre usagers fait l’objet d’initiatives comparables ailleurs, comme le montre notre article sur la convention de cohabitation entre chasseurs et randonneurs dans l’Aube.
Un refuge qui ferme, et un avenir incertain
Le calendrier ajoute une difficulté. Le gardien s’apprête à fermer le refuge à partir du 17 octobre 2026. Et selon actu.fr, la réouverture n’est pas datée : le refuge des Cortalets serait fermé pour plusieurs années.
Autrement dit, le professionnel qui alerte sur les comportements cessera dans quelques jours d’être là pour les encadrer. Ce n’est pas un détail, et c’est probablement ce qui donne à son témoignage sa tonalité particulière : il n’alerte pas pour se plaindre d’une saison difficile, il alerte sur une situation qu’il quitte, et qui continuera sans lui.
Ce que le randonneur doit retenir
Trois réflexes valables dans n’importe quel refuge, et pas seulement aux Cortalets.
Avant d’allumer un feu ou un réchaud :
- vérifier l’état du matériel, joint et raccord de bouteille en premier ;
- se renseigner sur les interdictions locales, notamment en période de sécheresse ;
- repérer à l’avance de quoi éteindre, et pas seulement une gourde d’un litre ;
- ne jamais allumer dans une zone de végétation sèche.
Pour le bivouac :
- ne jamais s’installer sur une aire d’atterrissage d’hélicoptère, même vide et plate, car c’est précisément sa fonction ;
- respecter les zones interdites signalées par le gardien ;
- limiter le bruit le soir, un refuge est partagé par des gens qui se lèvent tôt ;
- redescendre ses déchets, sans exception.
Notre sélection de meilleures applications pour les refuges aide à préparer une étape, et notre article sur la pratique du camping sauvage rappelle le cadre général en France. Un dernier point souvent ignoré : en zone pastorale, la présence de chiens de protection ajoute une contrainte, détaillée dans notre dossier sur les patous en montagne.
L’idée à retenir
Le gardien du refuge des Cortalets, dans le massif du Canigó, dénonce les débordements d’une « petite minorité » : un réchaud à gaz qui a failli provoquer un incendie à 2 150 mètres, un brasier de deux mètres de haut éteint avec une gourde, un cas de violence, et des tentes plantées sur l’aire d’atterrissage des hélicoptères de secours. Sa formule résume le problème : il n’a ni la formation, ni les compétences, ni les pouvoirs d’un maire, alors qu’il gère chaque soir une population qui change. Il faut retenir aussi le positif : les comportements de la majorité s’améliorent, et la réduction des places à feu de 12 à 4 a réellement allégé sa charge. Le refuge ferme le 17 octobre 2026, et sa réouverture n’est pas datée.
Questions fréquentes
Où se trouve le refuge des Cortalets ?
Dans les Pyrénées-Orientales, sur le massif du Canigó. C’est une halte quasi obligatoire pour les randonneurs qui montent au pic du Canigó.
Quelle est la réglementation pour les feux en montagne ?
Les feux sont très souvent interdits en période de sécheresse, et peuvent l’être par arrêté préfectoral. En zone protégée, utilisez un réchaud et vérifiez son état avant allumage. Renseignez-vous localement avant de partir.
Pourquoi est-il interdit de camper sur une drop zone ?
Parce que c’est l’aire réservée à l’atterrissage des hélicoptères de secours. Une tente installée dessus oblige l’appareil à chercher un autre site, y compris de nuit, ce qui retarde et complique les secours.
Le refuge des Cortalets est-il ouvert ?
Le gardien annonce une fermeture à partir du 17 octobre 2026, et selon actu.fr la réouverture n’est pas datée, le refuge devant fermer pour plusieurs années.
