Chasseurs et randonneurs : comment l’Aube organise la cohabitation depuis 2018 ?

chasseur randonneur

Chaque automne, la même tension revient sur les sentiers français : la chasse ouvre, les randonneurs sortent, et les deux activités se croisent sur les mêmes chemins. Quelques accidents, beaucoup d’incompréhensions, et une question récurrente : comment cohabiter sans se mettre en danger ? Dans l’Aube, la réponse ne s’est pas écrite dans un communiqué. Elle s’est construite sur huit ans de travail en commun, comme le détaille Chassons.com.

Le sujet est loin d’être anecdotique. Notre article sur les forêts privées et la chasse est l’un des plus lus du site : des dizaines de milliers de randonneurs s’y sont déjà renseignés sur leurs droits réels. La cohabitation avec la chasse est une préoccupation concrète, pas un débat théorique.

Ce qui se passe dans l’Aube depuis 2018

L’histoire ne commence pas par un conflit, mais par une signature. En mars 2018, la Fédération départementale des chasseurs de l’Aube et le Comité de l’Aube de la Fédération française de randonnée pédestre signent une première convention de partenariat. L’objectif est déjà très concret : mieux connaître les pratiques de chacun, favoriser le respect mutuel et améliorer la sécurité sur le terrain.

La démarche s’installe progressivement. En 2020, la Fédération des chasseurs invite régulièrement les représentants de la randonnée à ses animations, ses réunions de sécurité, ses assemblées générales et ses sorties nature. Réciproquement, les chasseurs participent aux rendez-vous des randonneurs. Le principe est simple : on se parle avant d’avoir un problème.

2023 : la convention passe à quatre structures

Le dispositif change d’échelle le 30 mars 2023. Une nouvelle convention réunit cette fois quatre structures :

L’objectif affiché n’est plus seulement la sécurité, mais l’organisation d’une cohabitation entre toutes les pratiques de nature. C’est un changement de logique : on ne gère plus une relation binaire chasseurs contre randonneurs, mais un espace partagé par quatre usages différents, auxquels s’ajoutent les promeneurs et les familles.

Les mécanismes concrets, et c’est là que ça devient intéressant

Le point remarquable de cette démarche est qu’elle ne repose pas sur de bonnes intentions. Elle est outillée.

Le Schéma départemental de gestion cynégétique 2024-2030 prévoit plusieurs dispositifs :

La commission de médiation est probablement le dispositif le plus utile. Elle permet de traiter un incident localisé sans qu’il devienne un conflit départemental. Un différent sur une battue, un randonneur qui ne savait pas, un organisateur qui n’avait pas prévenu : le dossier trouve un interlocuteur au lieu de rester en suspens.

Autre piste évoquée, plus technique : croiser les données cartographiques des circuits de randonnée avec celles des secteurs concernés par l’activité cynégétique, dans le respect du cadre réglementaire. Si ce croisement se concrétise, un randonneur pourrait savoir, avant de partir, qu’un secteur est chassé ce jour-là. L’idée n’est pas isolée : nous avons déjà consacré un article à l’application qui affiche les zones de chasse en temps réel, et un autre à l’accord qui sécurise les sorties en nature.

Les consignes diffusées aux pratiquants

Les recommandations restent volontairement simples, et cette simplicité fait leur efficacité.

Pour les randonneurs :

Pour les chasseurs :

La Fédération des chasseurs de l’Aube résume cette philosophie depuis plusieurs années par une formule : « Tout commence par la courtoisie ». On peut trouver la formule légère, mais elle décrit une réalité : dans la majorité des cas, un incident sur un sentier part d’une information qui n’est pas passée, pas d’une intention de nuire.

Septembre 2026 : le tourisme entre dans la boucle

La réunion du 21 septembre 2026 apporte une nouvelle dimension. Les responsables des randonneurs ont échangé avec Bruno Baudoux, pour la Fédération des chasseurs de l’Aube, et Christelle Sundermann-Taillardat, pour Aube en Champagne Attractivité.

Le raisonnement est simple : le partage de la nature ne concerne plus seulement les pratiquants réguliers. Il faut aussi toucher le promeneur occasionnel, le touriste de passage, la famille venue en forêt pour une journée, le vacancier qui découvre le département. Ces publics ne connaissent ni les périodes d’ouverture, ni les codes, ni les usages.

Cinq pistes ont été évoquées :

La dernière piste est la plus astucieuse. Un camping qui remet une fiche au moment de la clé touche le randonneur occasionnel au bon moment, avant sa sortie, quand il est encore réceptif. Nos repères sur la lecture du balisage et notre article sur randonnée et chasseurs vont dans le même sens : l’information en amont évite l’incident sur le terrain.

Pourquoi cette méthode est transposable

L’intérêt du cas aubois dépasse le département. Il montre qu’un conflit d’usage sur les chemins peut être traité sans attendre qu’il dégénère, à condition d’accepter trois principes.

Premièrement, la réciprocité. Les randonneurs transmettent leurs dates, les chasseurs transmettent les leurs. Chacun donne une information, personne ne subit.

Deuxièmement, l’outillage. Une convention, un schéma départemental, une commission de médiation : la bonne volonté seule ne survit pas au premier désaccord.

Troisièmement, l’élargissement progressif. On a commencé à deux structures en 2018, on est passé à quatre en 2023, on intègre le tourisme en 2026. Chaque étape ajoute des usagers sans remettre en cause l’acquis.

Ce type de démarche existe ailleurs, sur d’autres sujets. Notre article sur les patous en montagne décrit la même logique de cohabitation entre randonneurs et éleveurs : comprendre l’autre pratique, adapter son comportement, éviter l’escalade. Et notre dossier sur la loi sur l’engrillagement montre qu’en matière d’accès aux espaces naturels, le cadre juridique évolue aussi.

Ce que le randonneur doit retenir

Trois réflexes valables partout en France, pas seulement dans l’Aube.

Avant de partir :

Sur le terrain :

En cas de doute, faire demi-tour est la seule décision qui ne coûte rien. Notre article sur randonner en période de chasse développe ces situations de terrain, et nos repères pour ne pas se perdre en forêt complètent utilement la préparation.

L’idée à retenir

Dans l’Aube, chasseurs, randonneurs, cyclistes, cavaliers et désormais professionnels du tourisme ont compris que la meilleure façon d’éviter les conflits n’est pas d’attendre qu’ils surviennent. Depuis 2018, ils échangent leurs calendriers, leurs dates et leurs informations, avec une commission de médiation de huit représentants pour traiter les incidents et un projet de croisement des cartes de randonnée et des zones de chasse. Rien de spectaculaire, mais une méthode qui porte : informer, anticiper, dialoguer. Pour un randonneur, la leçon est simple et immédiate : se renseigner avant de partir vaut mieux que de découvrir une battue en cours de route.

Questions fréquentes

Peut-on randonner pendant la période de chasse ?

Oui, la chasse ne ferme pas les sentiers. Mais il faut se renseigner sur les périodes et les secteurs concernés, rester attentif, porter des vêtements visibles et éviter toute zone de battue en cours.

Où vérifier si un secteur est chassé ?

Auprès de la mairie concernée, de la fédération départementale des chasseurs ou du comité local de randonnée. Dans l’Aube, les dates sont échangées entre fédérations et une commission de médiation permet de traiter les difficultés.

Que faire si l’on croise une battue ?

Ne pas traverser la zone, reculer et faire demi-tour. Signalez votre présence si vous êtes vu, sans crier ni courir, et tenez votre chien en laisse courte.

Qu’est-ce que l’application MaRando ?

Une application gratuite qui répertorie les itinéraires de randonnée homologués. Elle est promue dans le cadre de la convention auboise comme outil de sécurité et d’information en amont.

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