Il existe en Chine une montagne dont les falaises verticales s’élèvent si droit dans le ciel qu’elles laissent penser qu’aucun humain ne peut la gravir. Et pourtant, au sommet du Mont Huashan, il y a des hordes de touristes. Le reportage diffusé par franceinfo plonge dans ce lieu où l’un des sentiers les plus exposés du monde se conjugue avec une fréquentation de masse.
Le contraste est vertigineux, au sens propre comme au figuré : une montagne sacrée accessible par téléphérique jusqu’à mi-hauteur, un escalier monumental taillé dans le rocher, et un passage final accroché à la falaise au-dessus du vide, que beaucoup renoncent à franchir.
12 kilomètres et 4 000 marches
Pour rejoindre le sommet, deux solutions existent. La première est mécanique : un téléphérique mène à mi-hauteur. La seconde, beaucoup plus exigeante, consiste à emprunter l’escalier de 12 kilomètres, avec 4 000 marches taillées dans la roche.
Les chiffres donnent la mesure du site :
- plus de 3 millions de visiteurs par an ;
- jusqu’à 110 000 personnes en une seule journée ;
- 4 000 marches taillées dans le rocher pour la voie piétonne ;
- une grotte fermée par une porte, où des moines venaient se recueillir.
Le Mont Huashan n’est pas un simple objectif sportif. C’est une montagne sacrée, ponctuée de vieux temples perchés, que les Chinois associent à la réussite matérielle. C’est cette dimension symbolique qui explique l’ampleur de la fréquentation, bien au-delà de la seule curiosité touristique.
Le passage accroché à la falaise
Le premier pic n’est qu’une étape. Au-delà, il reste un passage bien plus périlleux, et c’est là que le reportage s’attarde. Ce tronçon est accroché à la falaise, au-dessus du vide, et beaucoup de visiteurs préfèrent y renoncer. « Moi, je n’irai jamais. Il n’y a même pas de véritable chemin », confie une femme au micro de franceinfo.
Le groupe de journalistes a choisi de passer par cette faille. C’est l’unique passage. Très vite, la progression se grippe : quelques personnes peinent à avancer, et tout le monde attend, sécurisé par des filins.
« Deux ou trois personnes peinent à avancer, alors on attend, sécurisés grâce à ces filins ici, sur ce chemin qui est unique en Chine », explique Arnaud Boutet, envoyé spécial sur place. Les marcheurs suivent les découpes de la roche, dans un environnement qui impressionne même les habitués. « C’est la première fois que je viens ici. J’ai un peu le vertige », confie une autre femme.
Ce type de passage, avec filins et progression en file, ne se négocie pas comme une randonnée classique. Si vous êtes sujet au vertige, nos repères sur la randonnée et le vertige et notre sélection de balcons et itinéraires vertigineux aident à évaluer son seuil avant de s’engager.
Des planches posées par des moines taoïstes il y a près de 200 ans
C’est l’autre grande particularité du site. Le groupe emprunte des planches de bois disposées en un long couloir très étroit, posé il y a près de deux siècles par des moines taoïstes pour rejoindre la montagne sacrée. Aujourd’hui, plusieurs milliers de touristes l’empruntent chaque jour.
Le chiffre mérite d’être répété, car il dit tout du paradoxe du lieu. Ces planches ont été installées pour quelques religieux. Elles supportent aujourd’hui une fréquentation quotidienne de plusieurs milliers de personnes.
Cette ancienneté, associée à l’exposition du parcours, explique la réputation du Mont Huashan comme l’un des itinéraires les plus dangereux du monde. Le sujet n’est pas anodin pour une randonnée en France : la question de l’usure d’un aménagement ancien soumis à une forte fréquentation se pose partout. Notre dossier sur les sentiers de randonnée dangereux revient sur ces situations où l’équipement lui-même devient un facteur de risque.
Un espace sauvage au cœur de la Chine
Malgré la foule, le Mont Huashan demeure une curiosité géographique. Le reportage le décrit comme l’une des montagnes les plus visitées, mais aussi comme un espace qui reste sauvage. La verticalité du site a protégé une partie de son caractère, là où la fréquentation a envahi les accès.
Le détail le plus frappant concerne peut-être la fin du périple. En fin de journée, des dizaines de porteurs descendent à dos d’homme les déchets et le matériel laissés sur la montagne. « Là, je porte 60 kilos », indique l’un d’eux.
Ce sont des éléments que l’on retrouve sur d’autres sites très exposés, comme le montre notre dossier sur les dangers de l’Everest, où le portage, les déchets et la gestion des flux posent les mêmes questions. Pour prolonger la comparaison, notre article sur la Grande Muraille présente un autre site chinois où l’aménagement ancien cohabite avec un tourisme de masse.
Ce qui rend ce lieu unique
Trois éléments distinguent le Mont Huashan des autres itinéraires spectaculaires dans le monde :
- la verticalité : il ne s’agit pas d’un chemin de crête ni d’un balcon, mais d’une progression sur une paroi quasi verticale, ce qui est rare à cette échelle et avec cette fréquentation ;
- la continuité des usages : le passage n’a pas été construit pour le tourisme, il répondait à un besoin religieux et il est encore utilisé aujourd’hui, pour d’autres raisons ;
- l’accès mixte : le téléphérique permet à un très grand nombre de personnes d’atteindre la mi-hauteur, ce qui concentre la foule sur les sections finales et rend le passage étroit d’autant plus saturé.
Pour un randonneur européen, la comparaison la plus utile concerne les passerelles et sentiers exposés que l’on trouve en France. Notre sélection de passerelles spectaculaires montre qu’il est possible de trouver des sensations fortes sans franchir la planète, et notre dossier sur les plus longs treks permet de situer les grandes itinérances.
L’idée à retenir
Le Mont Huashan, en Chine, cumule deux extrêmes : une verticalité qui en fait l’une des randonnées les plus exposées du monde, et une fréquentation de masse portée par un téléphérique et un symbole culturel très fort. On y accède par un escalier de 12 kilomètres et 4 000 marches, mais le passage décisif reste ce couloir de planches posé il y a près de 200 ans par des moines taoïstes, accroché à la falaise au-dessus du vide, où plusieurs milliers de personnes s’engagent chaque jour. Plus de 3 millions de visiteurs par an, jusqu’à 110 000 en une journée, et des porteurs qui redescendent 60 kilos sur le dos. Un lieu à part, qui rappelle que ce sont souvent les hommes qui fabriquent les passages, et que ce sont eux aussi qui finissent par les saturer.
Questions fréquentes
Où se trouve le Mont Huashan ?
En Chine. La montagne est considérée comme sacrée et ponctuée de temples anciens. Elle accueille plus de 3 millions de visiteurs par an, avec des pics à 110 000 personnes sur une seule journée.
Comment accéder au sommet ?
Deux options. Un téléphérique mène à mi-hauteur pour la majorité des visiteurs. Les plus courageux empruntent l’escalier de 12 kilomètres et 4 000 marches taillées dans la roche.
Le passage est-il sécurisé ?
Il est équipé de filins auxquels les visiteurs se tiennent, et la progression se fait en file. La fréquentation peut ralentir fortement le passage, et une partie des visiteurs renonce au vu de l’exposition.
Pourquoi des planches de bois ?
Elles ont été posées il y a près de 200 ans par des moines taoïstes pour rejoindre la montagne sacrée. Elles forment un long couloir très étroit accroché à la falaise, aujourd’hui emprunté par plusieurs milliers de touristes chaque jour.





