São Miguel, la plus grande île de l’archipel des Açores, accumule les surnoms flatteurs, mais ce qui frappe vraiment le randonneur, c’est l’absence totale de monde sur les sentiers.
Des cascades glacées, des lacs de cratère bicolores, une végétation jurassique : autant d’arguments pour chausser les boots et partir explorer ce bout de Portugal perdu dans l’Atlantique, avant que la foule ne découvre ce que les amateurs de spots encore préservés ont toujours su.
São Miguel, l’île verte des Açores : pourquoi les randonneurs s’y retrouvent seuls
L’archipel des Açores comptait 1,3 million de visiteurs en 2025, soit une hausse de 3,8 % par rapport à 2024. C’est significatif, mais sans commune mesure avec Madeira, qui a accueilli à elle seule 1,9 million de touristes sur les neuf premiers mois de 2025. La comparaison est parlante : pendant que les croisières s’entassent sur les pontons madériens, São Miguel reste un terrain de jeu quasi exclusif pour les aventuriers qui savent où chercher.
L’île porte le surnom d’Ilha Verde, l’Île Verte, et il suffit d’arriver au premier belvédère pour comprendre pourquoi. Un quart du territoire de São Miguel est classé en zone protégée, avec deux réserves naturelles, trois monuments naturels, et des sites aussi spectaculaires que la Lagoa do Fogo, la zone de Sete Cidades ou le secteur du Pico da Vara. Ici, la nature reprend ses droits à la moindre occasion : les boardwalks en bois se font absorber par la boue, les chemins s’effritent sur des flancs abrupts, les troncs tombés en travers des sentiers témoignent des tempêtes fréquentes. Tout cela contribue à une sensation de terrain vierge, rare en Europe.
Les sentiers de São Miguel : ce que la rando réserve concrètement
La journaliste à l’origine de ce reportage a consacré quatre jours à explorer l’île, voiture de location à disposition, ce qui est présenté comme une nécessité plutôt qu’une option : les bus sont rares et ne permettent pas d’atteindre les recoins les plus sauvages, ces petites routes bordées de haies d’hortensias violets, bleus et blancs qui fleurissent en été.
Le clou de la randonnée se joue autour du Salto do Cagarrão, une cascade dont le grondement assourdissant couvre tous les autres sons. Y accéder demande deux heures de marche : traversées de ruisseaux sur des pierres glissantes, chemins de terre qui s’effritent vers des dénivelés vertigineux, passages sous des troncs déracinés par les tempêtes. La récompense, c’est une baignade dans le bassin au pied de la chute, dans une eau glaciale entourée de mousses émeraude et d’un canyon tapissé de fougères sombres. Le tout sans croisement avec un seul autre randonneur.
La Lagoa das Sete Cidades : le belvédère qui justifie à lui seul le déplacement
À l’ouest de l’île, le miradouro qui surplombe la Lagoa das Sete Cidades (Lagune des Sept Villes) offre une vue sur deux lacs de cratère logés au fond d’un volcan endormi : l’un est d’un bleu céruléen, l’autre d’un vert bouteille profond. Depuis le belvédère, pas un bâtiment ne vient encombrer les rives, pas une embarcation ne coupe la surface de l’eau. Ce n’est pas une image de carte postale retouchée, c’est simplement l’état naturel des lieux.
Ce type de paysage volcanique, avec ses teintes quasi irréelles, rappelle les comparaisons régulièrement faites avec Hawaï. La végétation macaronésienne, les côtes de roche noire et la lumière atlantique achèvent de brouiller les repères géographiques.
Saison, logistique et ce qu’il faut savoir avant de partir
La période idéale pour randonner à São Miguel court du printemps à l’été. C’est aussi la saison de migration des cétacés : baleines bleues, cachalots et orques sont régulièrement observés au large de Ponta Delgada, la capitale de l’archipel. Le port se trouve à quelques minutes à pied d’un hébergement en centre-ville, et les sorties en bateau pour l’observation des baleines partent de là directement.
À noter : en 2024, le gouvernement açoréen a approuvé la création du plus grand réseau d’aires marines protégées de l’Atlantique Nord, couvrant 30 % des eaux azoriques. De quoi garantir la pérennité d’un écosystème marin remarquable, en plus des zones terrestres déjà classées.




