Des tongs, pas d’eau, et la conviction que ça va bien se passer : chaque saison, les pompiers des calanques marseillaises multiplient les interventions pour des promeneurs qui ont sous-estimé le terrain.
Le commandant Gilles Agopian et ses équipes s’entraînent à l’année pour sortir ces randonneurs du pétrin, parfois au rappel. Un rappel utile, aussi, pour ceux qui pensent que les accidents en montagne n’arrivent qu’aux autres.
Le sentier des douaniers de Méjean, c’est plus dur qu’il n’y paraît
La calanque de Méjean, près de Marseille, ne ressemble pas à un itinéraire qui fait peur. Panorama superbe, pins parasols, vagues qui s’écrasent sur les rochers. Et pourtant, le sentier des douaniers qui longe ce coin de littoral est escarpé, physiquement exigeant, et mal connu des visiteurs de passage.
Marie, une habitante qui connaît les lieux, le dit sans détours : « Il ne faut pas des baskets de ville mais des chaussures de marche. Les gens sous-estiment et ils sont en claquettes et ne savent pas où ils vont. »
Ce n’est pas une formule. Michel Illac, le maire d’Ensuès-la-Redonne, confirme avoir vu des promeneurs arriver en tongs sur ce sentier, sans eau, et parfois avec une belle assurance en prime. « Il m’arrive d’avoir des mots un peu forts, de me mettre en colère parce que quand je vois des gens mal équipés.
Parfois, ils n’ont pas d’eau. Des chaussures, n’en parlons même pas. Des fois, ils sont en tongs. C’est une réalité. Et en plus, ils insistent, ils ont l’air de dire ‘Mais non, mais ne vous inquiétez pas’. »
Ce que ça coûte aux pompiers quand ça tourne mal
Quand un randonneur mal préparé se blesse, se perd ou fait un malaise, c’est le Service de Médecine et de Plongée de Marseille (SMPM) qui intervient. Et ces interventions ne sont pas de tout repos.
Le commandant Gilles Agopian explique que ses équipes s’entraînent tout au long de l’année, dans des conditions parfois difficiles : travail sur cordes, baudrier, mousquetons, descentes en rappel. « Les techniques que nous utilisons proviennent de la montagne », précise-t-il.
Ce point mérite qu’on s’y arrête. Une imprudence individuelle ne reste jamais individuelle. Elle mobilise des équipes entières, expose les secouristes à des risques réels, et peut mettre en danger ceux qui viennent vous chercher. Les pompiers ne cessent de le répéter : les imprudences des promeneurs mettent aussi leurs équipes en danger.
Chaussures de marche avec une semelle crantée, au minimum. Un litre d’eau par heure d’effort par temps chaud. Un itinéraire connu à l’avance, avec le dénivelé et la durée estimée. Et, idéalement, prévenir quelqu’un de votre trajet.
Pourquoi ce type d’accident se répète chaque été
Le problème n’est pas propre aux calanques. Partout en France, les sentiers côtiers et les itinéraires de moyenne montagne attirent des promeneurs qui les confondent avec des balades familiales aménagées. Le terrain est escarpé, la chaleur s’installe vite en mai et juin, et l’absence de points d’eau sur plusieurs kilomètres transforme une sortie mal préparée en galère sérieuse, voire en urgence médicale.
La saison printanière est particulièrement risquée : les températures paraissent clémentes au départ, mais grimpent rapidement sur des sentiers exposés au sud. Comme on le rappelait dans notre article sur les mythes de survie en rando, la déshydratation commence bien avant qu’on ait soif. Sur un sentier escarpé en bord de mer, avec des tongs et sans eau, la marge d’erreur est quasi nulle.
Le réflexe à prendre avant toute sortie inconnue reste le même : renseigner le dénivelé positif, estimer honnêtement son niveau physique, et adapter l’équipement au terrain réel, pas au terrain imaginé depuis la voiture.




