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« Je ne savais pas si je partais une semaine ou un mois » : elle a traversé Compostelle seule, 1 500 km en 80 jours

Arnaud Houde par Arnaud Houde
Publié le 1 octobre 2026
Lecture 6 min
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Elle ne savait pas si elle partirait une semaine, quinze jours ou un mois. Anne Pons est finalement restée partie 80 jours, sur 1 500 kilomètres à pied, du Puy-en-Velay jusqu’à Saint-Jacques-de-Compostelle. Une quinquagénaire de Cahors qui a traversé la France et l’Espagne seule, et qui aide aujourd’hui d’autres personnes à oser partir. Son histoire est racontée par La Dépêche du Midi.

Et le détail le plus intéressant n’est pas la distance. C’est ce qui a déclenché son départ : une vidéo.

Le déclic : une femme de 65 ans sur la Meseta

Anne Pons marche depuis bientôt vingt ans, mais elle a commencé tard : à 36 ans. Le chemin de Saint-Jacques, elle y pensait sans se lancer. Jusqu’au jour où elle tombe sur une vidéo qui change tout.

« C’était une femme de 65 ans qui se filmait sur la Meseta. Elle était partie marcher depuis deux mois », se souvient-elle. Le plateau espagnol, ces étendues immenses et monotones qui découragent tant de marcheurs, et cette femme de 65 ans qui y avance depuis des semaines.

Sa réaction tient en une phrase : « Si elle peut le faire, moi aussi, je peux le faire. »

Ce mécanisme est peut-être l’enseignement le plus utile de son histoire. Ce n’est pas un guide, ni une préparation physique, ni un compte en banque bien garni qui a déclenché son départ. C’est le fait d’avoir vu quelqu’un comme elle le faire. Notre article sur un marcheur de 80 ans qui a bouclé 1 600 km jusqu’à Compostelle raconte exactement le même ressort, et notre dossier pourquoi arrêter d’attendre la retraite pour se lancer développe cette idée : on repousse rarement un tel projet pour des raisons logistiques.

Partir seule quand on est une femme : ce qu’elle a surmonté

Son récit est franc sur un point : la peur était là. Et elle l’assume.

Après son retour, elle reçoit des messages qui reviennent tous au même mot : « J’aimerais tellement, mais j’ai peur. » Les motifs cités sont concrets : peur de croiser un chien, peur de se faire attaquer, peur de se perdre.

Elle a connu ces mêmes inquiétudes. « J’ai eu des peurs quand j’ai commencé à marcher seule, signale-t-elle. Et j’ai transmuté ces peurs-là en me disant que, si je devais attendre la disponibilité d’une copine, probablement que je ne marcherais pas autant de fois que je le souhaiterais. »

La phrase mérite d’être relue, parce qu’elle dit quelque chose d’assez juste sur la marche en solo : la contrainte principale n’est souvent pas le danger, mais la dépendance à l’agenda des autres. Notre guide pour randonner en solo après 60 ans détaille la préparation qui permet de partir sereinement, et notre article sur les abandons dans les quatre premiers jours montre que les difficultés du début sont souvent mal anticipées plutôt qu’insurmontables.

Les 80 jours : ce qu’elle a trouvé sur le chemin

Interrogée sur son expérience, Anne Pons ne parle ni de performance ni de défi personnel. Elle parle de deux choses.

« Ce que j’ai trouvé, c’est un esprit de vagabondage et puis il y a le lien humain », explique-t-elle. Puis elle précise : « On rencontre quelqu’un, on se parle sans embûches. Et du coup, j’étais bien sur ce chemin, je n’avais pas envie de rentrer. »

C’est un point qui revient systématiquement dans les témoignages de longue marche : la dimension relationnelle surprend ceux qui partaient pour la solitude. Sur Compostelle, la conversation s’engage sans les codes sociaux habituels, parce que tout le monde partage la même journée, les mêmes étapes et les mêmes questions. Notre article sur le chemin de Saint-Jacques détaille ce fonctionnement, et notre enquête sur la face moins reluisante du pèlerinage rappelle qu’il faut aussi connaître les réalités du parcours, entre fréquentation, hébergement et coût.

Détail plus intime : c’est sur ce chemin qu’elle a rencontré son conjoint.

Du chemin au gîte : la reconversion

Le retour n’a pas été une fin. Avec son conjoint, elle refait le chemin l’année suivante, avec un objectif précis : trouver une maison ou un gîte sur la voie du Célé, une variante du GR65, l’une des voies principales vers Saint-Jacques.

Le couple tombe sous le charme d’une demeure à Sauliac-sur-Célé, dans le Lot. Leur gîte ouvre ses portes en avril. Ancienne formatrice dans le Var, Anne Pons décide alors de lancer une activité d’accompagnement.

Son constat de départ : quand elle marchait, des personnes venaient vers elle en disant qu’elles n’osaient pas se lancer. Surtout des femmes.

Son offre est aujourd’hui cadrée :

  • des groupes de cinq personnes, soit six avec elle ;
  • un accompagnement d’une semaine ;
  • un tarif de 550 euros la semaine ;
  • les hébergements, la logistique et les credenciales inclus.

Elle alterne les jours de marche et la gestion de son hébergement. Et elle avance un objectif qui n’a rien de commercial : que les participants comprennent que faire le chemin seule n’a rien d’insurmontable. Elle cite même une stagiaire récente qui lui a annoncé vouloir repartir du Puy-en-Velay en autonomie complète.

Cette bascule, du marcheur au professionnel de l’accueil, est fréquente sur les grands itinéraires. Elle transforme en activité ce qui était une passion : ce phénomène est décrit dans notre article sur le profil type du marcheur de Compostelle, et notre dossier sur les chemins de Compostelle méconnus montre qu’il existe des itinéraires bien moins fréquentés que le camino français.

Ce qu’il faut retenir de son expérience

Trois leçons applicables à quiconque envisage une longue itinérance.

Première leçon : le départ se décide plus qu’il ne se prépare. Anne Pons est partie sans savoir si elle tiendrait une semaine ou un mois. Elle a tout simplement continué.

  • on peut partir sans avoir tout planifié, à condition d’accepter de décider en route ;
  • la distance totale n’a pas à être un objectif affiché au départ ;
  • ce qui a débloqué son passage à l’acte, c’est un exemple concret, pas une méthode.

Deuxième leçon : la peur ne disparaît pas, elle se traverse. Elle a marché avec ses inquiétudes, pas après les avoir éliminées.

Troisième leçon : le chemin transforme plus souvent la vie quotidienne que la condition physique. Anne Pons est aujourd’hui installée dans le Lot, avec un gîte et une activité qui n’existaient pas avant son départ.

Pour ceux qui envisagent l’aventure, deux ressources de notre site complètent utilement ce témoignage : notre dossier sur Compostelle à l’automne, saison de plus en plus prisée, et notre article sur le passeport du pèlerin et la credenciale, document indispensable pour l’hébergement en gîte municipal.

Sa conclusion, elle, tient en une phrase, lâchée avec un rire discret : « Je continuerai jusqu’à ce que je ne puisse plus marcher. »

L’idée à retenir

Anne Pons, quinquagénaire originaire de Cahors, a traversé seule le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle depuis Le Puy-en-Velay : 1 500 kilomètres en 80 jours, en 2024. Son déclencheur ? La vidéo d’une femme de 65 ans marchant sur la Meseta. Ce qui a débloqué sa décision n’est ni un plan d’entraînement ni une organisation parfaite, mais un exemple auquel elle pouvait s’identifier. Elle a depuis ouvert un gîte à Sauliac-sur-Célé, dans le Lot, et accompagne des groupes de cinq personnes sur la voie du Célé pour 550 euros la semaine. Sa leçon la plus utile pour quiconque hésite encore : le principal obstacle au départ n’est presque jamais la distance.

Questions fréquentes

Combien de temps faut-il pour faire Compostelle depuis Le Puy-en-Velay ?

Anne Pons a mis 80 jours pour parcourir les 1 500 kilomètres qui séparent Le Puy-en-Velay de Saint-Jacques-de-Compostelle. Les durées varient selon le rythme, les étapes et la forme de chacun.

Peut-on faire Compostelle seule quand on est une femme ?

Oui, et c’est un parcours très pratiqué en solo. Les craintes exprimées portent surtout sur les chiens, les mauvaises rencontres et l’orientation, et se traitent par la préparation. Comme le rappelle Anne Pons, attendre la disponibilité d’un accompagnant revient souvent à retarder longtemps son départ.

Qu’est-ce qu’une credenciale et à quoi ça sert ?

C’est le passeport du pèlerin. Ce document permet d’être hébergé en gîte municipal sur le chemin et de faire tamponner ses étapes. Il est indispensable sur les itinéraires classiques.

Que fait-on sur la voie du Célé ?

La voie du Célé est une variante du GR65, l’une des voies principales du chemin de Saint-Jacques. Elle traverse le Lot, avec un patrimoine et des paysages différents du camino classique.

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Arnaud Houde

Passionné d’activités de plein-air et d’aventures, la randonnée a été pour moi une révélation il y a quelques années, raison pour laquelle j'ai décidé de lancer mapetiterando.fr afin de partager et faire découvrir au plus grand nombre la pratique de la randonnée.

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