2810 mètres d’altitude, 64 kilomètres de randonnée, 1900 mètres de dénivelé positif. Ces chiffres impressionnants dessinent les contours d’une aventure hors du commun : l’ascension du Mont Roraima.
Ce tepuy majestueux, à cheval sur le Venezuela, le Brésil et le Guyana, n’est pas seulement un défi physique. C’est un voyage dans le temps, sur les traces des premiers explorateurs, au cœur d’un écosystème unique au monde.
Ici, la brume enveloppe des formations rocheuses vieilles de deux milliards d’années, et des plantes carnivores côtoient des espèces endémiques dans un décor digne du « Monde perdu » d’Arthur Conan Doyle.
Sur les pas des pionniers : l’héritage d’Everard im Thurn
L’histoire du Mont Roraima est indissociable de celle de ses premiers explorateurs.
Découvert par les Européens en 1595, ce n’est qu’en 1884 qu’Everard im Thurn et Harry Perkins réussissent la première ascension. Leur exploit ouvre la voie à des générations d’aventuriers et de scientifiques fascinés par ce plateau isolé.
Aujourd’hui, le sentier principal suit en grande partie l’itinéraire de ces pionniers. Il débute à Paraitepuy (5°12’14″N, 60°44’07″W), un village pemón qui sert de porte d’entrée à cette aventure.
C’est ici que les randonneurs s’enregistrent auprès des autorités du parc national Canaima avant de s’élancer vers l’inconnu.
La Gran Sabana : 20 km de savane entre mythe et réalité
Les deux premiers jours de marche traversent la Gran Sabana, un paysage de savane parsemé de tepuys lointains.
Cette étendue, balayée par les vents, est chargée de légendes pemón. Pour ce peuple indigène, le Roraima est « la grande maison verte des esprits », le tronc d’un arbre cosmique abattu.
Le sentier, bien marqué mais parfois boueux, serpente entre les hautes herbes.
Il franchit les rivières Tek et Kukenan, dont les eaux cristallines offrent des points de ravitaillement bienvenus. Ces traversées peuvent devenir délicates en saison des pluies (mai à novembre), nécessitant parfois l’aide des guides locaux.
« Quand nous traversons la Gran Sabana, je rappelle toujours aux randonneurs de lever les yeux. C’est ici, dans ce ciel immense, qu’on peut apercevoir les majestueux aigles harpies. Ils sont les gardiens de ces terres, tout comme nos ancêtres l’étaient. »
– Carlos Perez, guide pemón depuis 25 ans
Le camp de base Roraima : la dernière étape avant l’ascension
Après environ 20 km de marche, le camp de base Roraima (5°09’15″N, 60°46’30″W) marque une étape cruciale.
Situé à 1900 mètres d’altitude, il offre une vue vertigineuse sur les parois du tepuy qui semblent toucher le ciel. C’est le dernier point d’eau fiable avant le sommet, il est donc impératif de bien se ravitailler ici.
Le camp de base est aussi le lieu idéal pour observer la faune locale. Les colibris et les toucans sont fréquents, et avec un peu de chance, on peut apercevoir des singes hurleurs dans les arbres environnants.
C’est également le moment de vérifier son équipement avant l’ascension finale.
La rampe : 1000 mètres de dénivelé et d’adrénaline
L’ascension proprement dite commence au pied de la « rampe » (5°10’12″N, 60°45’36″W), une faille naturelle dans la paroi qui permet d’accéder au sommet. Cette section de 1000 mètres de dénivelé sur environ 3 km est la plus technique et la plus exigeante du parcours.
Le sentier, étroit et escarpé, serpente entre les rochers.
Le sol, souvent humide et glissant, exige une attention constante. Des passages exposés nécessitent l’usage des mains pour progresser. L’équipement adéquat est crucial : chaussures de randonnée à semelles adhérentes, bâtons de marche et, en saison des pluies, des vêtements imperméables.
Malgré la difficulté, chaque pas vers le sommet dévoile des panoramas à couper le souffle sur la Gran Sabana en contrebas. Les nuages, souvent au niveau des randonneurs, ajoutent une dimension presque mystique à l’ascension.
Le plateau sommital : un monde hors du temps
Après 4 à 6 heures d’effort intense, le plateau sommital du Roraima (5°12’08″N, 60°44’07″W) s’ouvre comme un autre monde. À 2810 mètres d’altitude, ce paysage lunaire de roche noire, sculpté par des milliards d’années d’érosion, est un véritable paradis pour les géologues et les botanistes.
Le plateau, d’une superficie d’environ 31 km², est un labyrinthe de formations rocheuses, de canyons cristallins et de lacs glaciaires. La végétation, adaptée à ces conditions extrêmes, comprend des espèces uniques comme les plantes carnivores Heliamphora et des orchidées endémiques.
« Chaque fois que j’atteins le sommet du Roraima, je suis émerveillé. Ce paysage, figé dans le temps, nous rappelle la fragilité et la beauté de notre planète. C’est un sanctuaire naturel que nous devons préserver à tout prix. »
– Dr. Maria Sanchez, botaniste à l’Université de Caracas
La Ventana : une fenêtre sur l’infini
Parmi les nombreux points d’intérêt du plateau, La Ventana (La Fenêtre) est incontournable. Ce promontoire naturel offre une vue vertigineuse sur la Gran Sabana, 1000 mètres plus bas. Par temps clair, on peut apercevoir d’autres tepuys au loin, comme le Kukenan.
La Ventana est aussi le lieu idéal pour observer le lever et le coucher du soleil. Ces moments magiques, où la lumière joue avec les nuages et les falaises, sont souvent décrits comme l’apogée de l’expérience Roraima.
Le triple point : une curiosité géopolitique
Un autre point d’intérêt unique est le triple point frontalier entre le Venezuela, le Brésil et le Guyana. Marqué par une borne, ce lieu permet littéralement de poser le pied dans trois pays à la fois. C’est un rappel de la position stratégique du Roraima et de son importance dans l’histoire de l’exploration de l’Amérique du Sud.
La faune et la flore : un écosystème unique au monde
Le plateau du Roraima abrite un écosystème unique, résultat de millions d’années d’évolution isolée. La faune, bien que discrète, comprend des espèces endémiques comme le crapaud Oreophrynella quelchii, qui ne se trouve nulle part ailleurs sur Terre.
La flore est tout aussi remarquable. Outre les plantes carnivores, on trouve des broméliacées et des orchidées adaptées à ce climat rude. Les lichens, omniprésents, donnent aux rochers leurs teintes variées.
L’observation de cette biodiversité requiert patience et respect de l’environnement. Les guides locaux sont une source précieuse d’informations sur cet écosystème fragile.
Logistique et préparation : les clés d’une ascension réussie
L’ascension du Roraima nécessite une préparation minutieuse. La durée moyenne de l’expédition est de 6 jours : 2 jours d’approche, 1 jour d’ascension, 2 jours sur le plateau, et 1 jour de descente.
L’équipement doit être adapté aux conditions extrêmes : vêtements techniques, sac de couchage chaud, tente imperméable. La nourriture et l’eau pour tout le séjour doivent être transportées, bien que des ruisseaux sur le plateau permettent de se réapprovisionner en eau (à traiter impérativement).
Il est obligatoire de s’enregistrer auprès des autorités du parc national Canaima et d’être accompagné par un guide agréé. Ces guides, souvent issus des communautés pemón locales, sont indispensables pour la sécurité et l’enrichissement culturel de l’expédition.
Quel avenir pour le « monde perdu » du Roraima ?
L’ascension du Mont Roraima est bien plus qu’une simple randonnée. C’est un voyage dans le temps, une immersion dans un écosystème unique et une rencontre avec des cultures ancestrales. Cependant, cet environnement fragile fait face à des défis croissants : changement climatique, pression touristique, instabilité politique régionale.
L’avenir du Roraima dépendra de notre capacité à concilier exploration et préservation. Chaque randonneur qui foule ces sentiers devient, à sa manière, un gardien de ce patrimoine naturel exceptionnel. Alors, êtes-vous prêt à relever le défi du Mont Roraima, tout en contribuant à sa protection pour les générations futures ?
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