Des bâtons de marche nordique dont la tige n’est pas droite : l’idée peut surprendre, tant la silhouette classique du bâton nordique est ancrée dans les esprits. C’est pourtant le pari de la marque Monarc, dont les premiers modèles incurvés sont conçus dans le Nord-Sarthe, comme le rapporte Ouest-France.
Selon le fabricant, la courbure apporte « plus de poussée, de confort, d’accroche ». Une promesse intéressante pour qui pratique déjà la marche nordique, et intrigante pour qui envisage de s’y mettre. Reste à comprendre ce qu’un bâton courbé change réellement dans la pratique.
Une invention drômoise, une fabrication sarthoise
Le projet ne vient pas d’un grand groupe, mais d’un pratiquant. Les premiers bâtons de marche nordique incurvés ont été inventés en 2023 par un marcheur dans la Drôme.
La fabrication, elle, s’est fixée dans le Nord-Sarthe :
- la conception est assurée par la société AMS (Advanced Mold Solutions), dont le siège se situe à Saint-Rigomer-des-Bois ;
- l’assemblage final est confié à un Esat d’Alençon, structure d’insertion par le travail ;
- la marque commerciale est Monarc.
Le choix de l’Esat n’est pas anecdotique : il permet d’assembler un produit technique en France, avec une petite équipe, ce qui reste rare dans le matériel outdoor. C’est aussi un argument de traçabilité, à l’heure où beaucoup de bâtons arrivent de l’autre bout du monde sans information claire sur leur fabrication.
Ce que fait un bâton de marche nordique
Pour comprendre l’enjeu de la courbure, il faut revenir à la technique. La marche nordique se distingue de la randonnée avec bâtons par un principe précis : on n’utilise pas les bâtons pour se stabiliser, on les utilise pour se propulser.
Le cycle est simple :
- le bâton est planté derrière le corps, pas devant ;
- on pousse dessus pour accompagner l’avancée, bras tendu vers l’arrière ;
- la main relâche la poignée en fin de poussée, puis la ressaisit ;
- les bras travaillent de façon opposée aux jambes, comme en marche naturelle.
Ce mouvement engage fortement le haut du corps : épaules, dorsaux, pectoraux, triceps. C’est ce qui donne à la marche nordique sa dépense énergétique supérieure à la marche classique. Nous détaillons ces bienfaits dans notre article sur les avantages des bâtons d’un point de vue physiologique.
Or ce moteur repose sur un angle : celui formé par le bâton, le bras et le sol au moment de la poussée. C’est précisément là que la courbure intervient.
Ce que la courbure peut changer, sur le papier
Un bâton droit impose une ligne d’appui unique. La tige transmet la poussée en direct, ce qui est efficace mais concentre l’effort. En courbant la tige, on modifie plusieurs paramètres simultanément.
Sur le plan mécanique, trois effets sont plausibles :
- l’angle de poussée peut être modifié, ce qui change la direction de la force appliquée au sol ;
- la position du poignet peut être moins contrainte en fin de poussée, d’où l’argument du confort ;
- la zone de contact avec le sol peut être mieux engagée, ce qui rejoint l’argument de l’accroche.
Il faut être clair sur un point : ces effets relèvent du raisonnement mécanique et de l’argumentaire du fabricant. Nous n’avons pas testé ces bâtons sur le terrain, et nous ne disposons d’aucune mesure comparant la poussée d’un bâton droit et d’un bâton courbé. La formule « plus de poussée, de confort, d’accroche » est celle de Monarc, pas une donnée vérifiée indépendamment.
Ce que la courbure ne change pas
Un bâton courbé ne transforme pas la pratique. Quelques points restent identiques, quelle que soit la forme de la tige.
Ce qui ne change pas :
- la longueur du bâton doit rester adaptée à votre taille, généralement autour de 0,68 fois votre hauteur pour la marche nordique ;
- la technique de poussée doit rester correcte, sinon aucun gain n’est possible ;
- la régularité compte plus que le matériel : deux sorties par semaine valent mieux qu’un bâton high-tech utilisé une fois par mois ;
- un bâton courbé ne remplace pas un travail de renforcement, en particulier des jambes et du gainage.
Rappelons aussi que la marche nordique n’est pas la même discipline que la randonnée avec bâtons. Si vous cherchez d’abord à soulager vos appuis en descente, notre guide sur le choix d’un bâton de randonnée répond à une autre question que celle du bâton nordique, et notre article sur l’utilisation correcte du bâton de marche détaille les réglages de base.
Sur ce dernier point, un rappel utile : la longueur et la dragonne se règlent avant de partir, pas en cours de route. Notre article sur le bâton de marche donne les repères de hauteur, et celui consacré aux frottements de bâtons traite les désagréments les plus fréquents, souvent liés à un mauvais réglage plutôt qu’au matériel.
Faut-il acheter un bâton courbé ?
La réponse honnête dépend de votre pratique actuelle.
Si vous débutez la marche nordique, la question ne se pose pas encore. Apprenez d’abord la technique avec des bâtons droits, souvent disponibles à la location ou prêtés par les clubs. C’est la coordination qui fait la différence, pas la géométrie de la tige.
Si vous pratiquez depuis plusieurs années et que vous ressentez une gêne au poignet en fin de poussée, ou si vous cherchez un gain de propulsion sur du plat, un modèle courbé mérite d’être essayé. Testez-le sur une sortie longue avant d’envisager l’achat : c’est le seul moyen de savoir si l’angle modifié vous convient, car la morphologie de chacun joue beaucoup.
Si vous êtes randonneur avant d’être marcheur nordique, l’intérêt est plus limité. Votre priorité reste la fiabilité, la légèreté et la solidité des pointes, davantage que la courbure. Notre sélection pour les randonneurs seniors insiste d’ailleurs sur l’amorti et la stabilité, deux critères plus déterminants que la forme de la tige.
L’idée à retenir
Les premiers bâtons de marche nordique incurvés sont nés d’une idée de pratiquant dans la Drôme en 2023, conçus dans le Nord-Sarthe par AMS et assemblés en France. Leur promesse, « plus de poussée, de confort, d’accroche », reste un argument de fabricant, non un résultat mesuré. Sur le plan mécanique, une tige courbée modifie bien l’angle de poussée et la position du poignet. Mais aucune courbure ne remplace une bonne technique, un réglage correct et de la régularité. Si vous débutez, commencez par des bâtons droits. Si vous pratiquez depuis des années, essayez avant d’acheter.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre un bâton de marche nordique et un bâton de randonnée ?
Le bâton nordique sert à se propulser, avec une poussée vers l’arrière et un travail actif des bras. Le bâton de randonnée sert surtout à stabiliser et à soulager les appuis, notamment en descente.
Comment choisir la longueur d’un bâton de marche nordique ?
La règle courante consiste à multiplier sa taille en centimètres par environ 0,68. Un réglage mal adapté provoque des tensions aux épaules et aux poignets, indépendamment de la forme de la tige.
Un bâton courbé est-il plus efficace ?
Le fabricant avance « plus de poussée, de confort, d’accroche ». Ces effets sont plausibles mécaniquement, mais nous ne disposons pas de mesure indépendante. L’essai personnel reste la meilleure évaluation.
Faut-il des bâtons incurvés pour débuter ?
Non. Il vaut mieux maîtriser la technique de poussée sur des bâtons droits avant d’envisager un modèle spécifique, dont l’intérêt dépend de la morphologie et de la pratique.





