La France compte 35 000 communes. La plupart des étés se concentrent sur la même poignée de stations balnéaires, de villes médiévales saturées et de cols alpins emboutis.
Voici dix villes qui sortent du circuit, réparties dans dix régions différentes, et qui valent l’effort du détour.
Chacune a son angle : montagne, mer, vignoble, volcan, fleuve, sentier de Compostelle. À choisir selon le type d’été que vous cherchez.
1. Briançon (Hautes-Alpes) : pour la haute montagne
Plus haute ville d’Europe à 1326 m d’altitude, Briançon coche les cases que peu d’autres villes alpines françaises cumulent. La cité Vauban, classée à l’UNESCO depuis 2008, offre une enceinte fortifiée presque intacte avec ses bastions, ses portes et son fort du Château surplombant la vieille ville.
Côté outdoor, Briançon est la base idéale pour les Écrins, le Queyras et la Clarée.
Le Glacier Blanc en demi-journée, le lac de l’Eychauda en boucle, le Tour des Cerces en quatre jours. Le secteur des Cerces propose plus de 200 km de sentiers balisés en libre accès. Pour les jours de mauvais temps, la collégiale, les remparts et les forts permettent de remplir une journée entière sans s’ennuyer. Les soirées d’été se passent sur la place du Temple, point de ralliement des Briançonnais et des marcheurs en transit.
2. Cauterets (Hautes-Pyrénées) : pour les Pyrénées sauvages
Station thermale à 932 m d’altitude, Cauterets est la porte d’entrée historique du Parc National des Pyrénées. Le Pont d’Espagne, à quinze minutes de la ville, donne accès à l’un des plus beaux secteurs des Pyrénées centrales : cascades de la Reine Hortense et du Pas de l’Ours, lac de Gaube avec sa vue parfaite sur le Vignemale (3298 m), refuge des Oulettes.
Le GR10 traverse la commune. Côté ville, l’architecture Belle Époque des bains thermaux et des hôtels du Boulevard Latapie-Flurin témoigne de l’âge d’or de la cure thermale au XIXe siècle.
Pour les jours d’orage en altitude, les thermes des Bains du Rocher offrent une alternative parfaite. La descente sur Pierrefitte-Nestalas par les vallons sauvages des Cambasque ferme la boucle d’un séjour réussi.
3. Le Puy-en-Velay (Haute-Loire) : pour le Chemin de Compostelle
Le Puy est le point de départ historique de la Via Podiensis, plus connue sous le nom de GR65, l’une des quatre grandes routes françaises vers Saint-Jacques-de-Compostelle. Chaque matin d’été, les pèlerins reçoivent la bénédiction à la cathédrale Notre-Dame avant de prendre le sentier qui mène vers Conques à 200 km de là. La cathédrale romane et son cloître, classés à l’UNESCO, méritent à eux seuls le déplacement.
Au-dessus de la ville, la statue Notre-Dame de France de 22 m de haut, fondue à partir des canons pris à Sébastopol en 1855, domine les toits. Pour ceux qui ne partent pas vers Compostelle, le Velay offre un terrain de moyenne montagne magnifique : Mont Mézenc, gorges de la Loire, plateau du Devès. Les lentilles vertes du Puy AOP et la verveine produite localement clôturent les soirées en terrasse.
4. Moustiers-Sainte-Marie (Alpes-de-Haute-Provence) : pour le Verdon
Adossé aux falaises calcaires à l’entrée des Gorges du Verdon, Moustiers est sans doute le plus photogénique des villages provençaux, avec son étoile suspendue entre deux falaises depuis le XIIIe siècle. La tradition de la faïence remonte au XVIIe et plusieurs ateliers travaillent encore le grand feu sur place. Mais la vraie raison de venir, c’est le Verdon. Le lac de Sainte-Croix juste en contrebas offre la baignade, le pédalo, le kayak. Le canyon proprement dit se descend en sentier Blanc-Martel sur la rive droite (14 km, 6 à 8 h) ou se contourne par la route des Crêtes côté Aiguines. La grotte de la Baume Bonne, occupée depuis 400 000 ans, est l’un des sites préhistoriques majeurs de la région. Évitez juillet-août à Moustiers même (saturation totale), privilégiez juin ou septembre.
5. Locronan (Finistère) : pour la Bretagne intérieure et la presqu’île
Locronan est classé parmi les Plus Beaux Villages de France pour de bonnes raisons : sa place centrale pavée et bordée de maisons en granite des XVIe et XVIIe siècles forme l’un des ensembles architecturaux les plus intacts de Bretagne. La ville a servi de décor à plusieurs grands films, dont le Tess de Polanski. Mais Locronan est aussi une base pratique pour la presqu’île de Crozon, à 30 minutes en voiture : pointes de Pen-Hir et du Toulinguet, plages sauvages de l’Anse de Pen-Hat, sentier côtier GR34 qui suit les falaises de granite rose. La Tromenie, pèlerinage qui dure une journée, parcourt 12 km entre Locronan et les chapelles de la commune. Édition petite chaque année, grande Tromenie tous les six ans, attire des milliers de pèlerins.
6. Salins-les-Bains (Jura) : pour le sel, le thermalisme et le vélo
La Grande Saline de Salins-les-Bains, dont l’exploitation remonte au Moyen Âge, est classée à l’UNESCO depuis 2009 en extension de la Saline royale d’Arc-et-Senans à 20 km de là. La visite des galeries souterraines, des poêles à sel et du musée vaut largement le déplacement. La ville est aussi une station thermale active, alimentée par la même eau salée qui a fait sa fortune. Côté outdoor, le secteur est idéal pour le vélo : voies vertes du Doubs et du Loue, route des vins du Jura jusqu’à Arbois (16 km, ville natale de Pasteur). La cuisine jurassienne mérite à elle seule un séjour : Comté, Morbier, Mont d’Or, vin jaune, vin de paille. Les reculées du Jura (Baume-les-Messieurs notamment) sont à moins d’une heure de route.
7. Espelette (Pyrénées-Atlantiques) : pour le Pays Basque intérieur
Connue dans le monde entier pour son piment AOP, Espelette est plus qu’une étiquette gastronomique. Le village basque traditionnel, avec ses maisons à colombages rouge et blanc et ses guirlandes de piments séchant sur les façades à partir de septembre, est un concentré d’identité régionale. La fête du Piment fin octobre est l’événement de l’année. Mais l’été, Espelette sert surtout de base pour le Pays Basque intérieur : Sare et ses grottes, Saint-Pée-sur-Nivelle et son lac, Aïnhoa autre village classé, le mont La Rhune (905 m) accessible par petit train à crémaillère ou en rando depuis le col de Saint-Ignace. La côte basque et Saint-Jean-de-Luz sont à moins de 30 minutes. Les chambres d’hôtes en ferme familiale, qui ont fleuri ces dernières années dans le secteur, restent abordables comparées à la côte.
8. Salers (Cantal) : pour les volcans d’Auvergne
Village médiéval entièrement bâti en pierre volcanique noire, perché à 950 m d’altitude sur un éperon basaltique au cœur du Parc Naturel Régional des Volcans d’Auvergne. Salers est classé parmi les Plus Beaux Villages de France et n’a quasiment pas changé depuis le XVIe siècle. La place Tyssandier d’Escous, bordée d’hôtels particuliers en lave et de tours médiévales, est l’une des plus belles places villageoises de France. Le pays alentour est un terrain de jeu pour le randonneur : Puy Mary (1783 m) à 25 minutes en voiture, l’un des grands sites de France avec ses sentiers en crête, panorama à 360° sur les anciens volcans du Cantal. La vache Salers (la race), la viande Salers et la Tomme de Salers AOP font le complément gastronomique. Pour les amateurs de cyclo, le col du Pas de Peyrol (1588 m) est l’une des grandes montées du Massif Central.
9. Riquewihr (Haut-Rhin) : pour la route des vins d’Alsace
Encore un Plus Beau Village de France, Riquewihr est sans doute le plus emblématique de la route des vins d’Alsace. Le bourg médiéval, fortifié et resté quasiment intact depuis le XVIe siècle, est entouré de vignobles en pente douce qui produisent Riesling, Gewurztraminer et Pinot Gris parmi les plus réputés d’Alsace. L’été, le village est saturé en milieu de journée. La parade : venir tôt le matin, partir randonner dans les vignes et les forêts du Hohnack, redescendre en fin d’après-midi quand les bus de touristes ont quitté la place. La piste cyclable de la Véloroute du Vignoble traverse Riquewihr et relie tous les villages classés du secteur (Kaysersberg, Hunawihr, Ribeauvillé, Bergheim). Comptez 3 à 5 jours pour boucler une vraie semaine de découverte gastronomique et viticole.
10. Corte (Haute-Corse) : pour la montagne corse
Corte fut, sous Pasquale Paoli entre 1755 et 1769, la capitale de la République corse indépendante. La citadelle qui domine la ville en garde la mémoire, tout comme l’université de Corte rouverte en 1981 (la seule de l’île). Mais ce qui fait venir le randonneur, c’est la montagne. La vallée de la Restonica, qui s’enfonce dans le massif du Rotondo juste derrière la ville, mène en une heure et demie de marche au lac de Melo (1711 m) puis au lac de Capitello (1930 m), deux des plus beaux lacs glaciaires de l’île. Le GR20, considéré comme la plus difficile des grandes randonnées européennes balisées, passe à proximité immédiate. Pour ceux qui ne veulent pas du GR20 entier, la section de Vizzavona à Corte, ou les variantes par les lacs du secteur, offrent un avant-goût concret. Corte sert aussi de base pour explorer le Niolu, le plateau d’Asco, et le golfe de Porto à l’ouest.
La règle commune à ces dix destinations :
Évitez le creux de juillet-août et privilégiez juin, début juillet ou tout septembre. Les températures sont plus clémentes, les hébergements moins chers, les sentiers moins encombrés. Septembre est notamment idéal pour les Pyrénées, la Corse, l’Auvergne et les Alpes. L’Alsace est plus belle en septembre-octobre avec les vendanges.
La sélection en une phrase
Briançon pour la haute montagne et l’UNESCO Vauban. Cauterets pour les Pyrénées sauvages. Le Puy-en-Velay pour le Chemin et le Velay. Moustiers-Sainte-Marie pour le Verdon. Locronan pour la Bretagne intérieure et la presqu’île de Crozon. Salins-les-Bains pour le sel UNESCO et le Jura gastronomique. Espelette pour le Pays Basque intérieur. Salers pour les volcans d’Auvergne. Riquewihr pour la route des vins. Corte pour la montagne corse. Dix régions, dix angles, et pas une seule grande ville saturée.
Ce qu’il faut retenir pour bien choisir
Le critère le plus utile pour départager ces destinations est le type d’effort que vous voulez fournir. Si l’objectif est la rando engagée en altitude, partez sur Briançon, Cauterets ou Corte. Pour de la moyenne montagne avec patrimoine fort, Le Puy, Salers ou Moustiers. Pour des vacances vélo-vignoble-gastronomie, Salins, Riquewihr ou Espelette. Pour la côte sauvage, Locronan et la presqu’île de Crozon. Chacune permet à la fois de bouger et de se reposer, ce qui est rare dans une même destination.
Tous ces villages et villes ont en commun une chose : ils sont restés à taille humaine, n’ont pas vendu leur âme au tourisme de masse, et leur économie ne dépend pas uniquement de juillet-août. C’est ce qui fait qu’ils valent le détour, plutôt que les destinations vedettes saturées dont les noms reviennent en boucle dans les guides.
Sources et références :
- Les Plus Beaux Villages de France, association officielle (Locronan, Salers, Riquewihr)
- Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO (Briançon, Salins-les-Bains, cathédrale du Puy)
- Fédération des Parcs Naturels Régionaux de France
- Parcs Nationaux de France (Écrins, Pyrénées, Mercantour, Calanques)
- Fédération Française de la Randonnée Pédestre (GR10, GR20, GR65)




