Ils s’appellent Olivier, Léon, Béranger ou Laurent. Cet été, ils ont parcouru à pied le parc naturel régional du massif des Bauges, entre Savoie et Haute-Savoie, avec 25 kilos de ciment, une pioche et parfois une tronçonneuse sur le dos. Leur métier n’a rien de spectaculaire et pourtant, sans eux, une bonne partie des sentiers que nous empruntons n’existerait plus. France 3 Régions leur a consacré un reportage, et le sujet mérite qu’on s’y arrête : qui entretient réellement les sentiers de randonnée en France ?
La réponse tient en une équipe, un massif et une organisation très concrète. Mais elle dit aussi quelque chose de plus large sur l’état de nos chemins, sur la pression qu’ils subissent et sur ce que les randonneurs peuvent faire pour ne pas aggraver la situation.
Une « task force » dédiée dans le massif des Bauges
Le parc naturel régional du massif des Bauges couvre environ 900 kilomètres carrés et compte quelque 475 kilomètres de sentiers. Pour les entretenir, il s’est doté il y a plus de dix ans d’une équipe spécialisée, décrite par ses membres comme une véritable « force d’intervention rapide ».
Leur terrain d’action se déploie sur toute la largeur du massif :
- des portes d’Annecy jusqu’à Montmélian ;
- de Chambéry jusqu’à Faverges ;
- d’Alby-sur-Chéran jusqu’à Grésy-sur-Isère.
Olivier Treille, responsable de l’équipe, explique que la collaboration avec les communes n’a pas disparu pour autant. Comme le parc gère une grande mixité de sentiers, entre les GR (sentiers de grande randonnée), les GRP (sentiers de grande randonnée de pays) et les PR (promenade et randonnée), la coordination avec les services municipaux reste permanente, tant sur l’entretien que sur la signalétique au départ des communes.
25 kilos de ciment, une pioche et une tronçonneuse dans le sac
Léon Charlaix, agent d’entretien du parc, parcourt le massif d’avril à fin septembre depuis quatre ans. Sa journée type donne la mesure du travail : porter le matériel sur le dos, creuser, sceller, débroussailler, couper.
L’été 2026 a été particulièrement chargé. Les chablis, ces arbres déracinés ou arrachés qui tombent sur les sentiers, ont mobilisé l’équipe de façon continue. « J’ai pris l’habitude de marcher souvent avec ma tronçonneuse dans le sac », raconte-t-il. S’y ajoute une visseuse, pour fixer les pictogrammes à bandes colorées qui indiquent aux randonneurs sur quel sentier ils se trouvent.
Ce jour-là, l’équipe intervenait sur un « totem directionnel », autrement dit un poteau indicateur, au col d’Orgeval. Barre à mine, pioches pour creuser, béton pour sceller : le travail se fait à la main, sur place, avec les moyens du bord. Le tout en mangeant le dénivelé quotidien avec le matériel sur le dos.
Avant, ce travail reposait sur les communes et les bénévoles
La création de cette équipe spécialisée n’est pas un choix de confort. Auparavant, l’entretien des sentiers du massif était assuré par les 75 communes concernées, 7 intercommunalités et environ 94 000 résidents volontaires, issus des associations, des alpagistes ou simplement des randonneurs eux-mêmes. Un modèle qui existe encore ailleurs en France, où des retraités entretiennent les chemins de randonnée de leur commune.
Ce modèle a ses limites. L’afflux de marcheurs ces dernières années a rendu nécessaire la création d’une force d’intervention rapide, capable de traiter les urgences et d’absorber un volume de travail que le bénévolat seul ne pouvait plus couvrir.
L’équipe continue toutefois de s’appuyer sur les acteurs locaux :
- les mairies et leurs services techniques ;
- les associations de randonneurs, sollicitées ponctuellement ;
- les agriculteurs et les particuliers, qui appellent parfois en urgence pour un chablis à couper ou un passage à débroussailler ;
- les alpagistes, avec qui le parc travaille pour canaliser les points de passage des randonneurs et concevoir des franchissements de clôtures, portillons ou chicanes.
Cette dernière coopération est essentielle : elle évite que les marcheurs traversent n’importe où les zones de pâturage, ce qui dégrade à la fois le terrain et le travail des éleveurs.
Ce qui abîme le plus les sentiers aujourd’hui
Contrairement à ce qu’on imagine parfois, l’usure principale ne vient pas d’un randonneur isolé. Elle vient de la répétition, sur des itinéraires de plus en plus fréquentés.
Les facteurs qui pèsent le plus :
- la fréquentation en hausse, qui élargit les sentiers par piétinement latéral ;
- les passages hors trace, qui créent des sentes parallèles et accélèrent l’érosion ;
- les événements météo, tempêtes et coups de vent, qui multiplient les chablis ;
- le ruissellement, qui ravine les portions en pente lorsque la végétation disparaît.
Le phénomène est documenté ailleurs aussi. Notre article sur la montagne victime de son succès revient sur la façon dont la fréquentation modifie les milieux, et notre dossier sur les sentiers populaires auxquels il faut faire attention détaille les points de vigilance.
Ce que les randonneurs peuvent faire pour aider
Personne n’attend d’un randonneur qu’il porte du ciment sur un sentier. En revanche, quelques gestes réduisent réellement la charge de travail des équipes d’entretien.
Rester sur le tracé :
- ne pas couper les lacets, même quand ils semblent rallonger le chemin ;
- ne pas contourner une flaque ou un obstacle par l’extérieur, ce qui élargit le sentier à chaque passage ;
- marcher en file indienne dans les zones fragiles, prairies et tourbières.
Signaler plutôt que réparer :
- un poteau indicateur cassé, un balisage effacé ou un arbre en travers se signalent à la mairie, à l’office de tourisme ou au parc ;
- ne pas déplacer soi-même un panneau ou retoucher une marque de peinture, cela peut créer une confusion dangereuse.
Comprendre le balisage aide aussi à ne pas se tromper de chemin, ce qui limite les passages hors trace. Notre guide pour lire le balisage d’une randonnée détaille les codes utilisés en France, des traits de peinture aux bornes, et complète utilement la lecture d’un poteau directionnel.
Pour celles et ceux qui cherchent des itinéraires moins sollicités, notre sélection de chemins cachés de France propose des alternatives intéressantes, souvent mieux préservées parce que moins courues.
Un métier invisible, une utilité publique
Ce qui frappe dans le reportage de France 3, c’est la façon dont les membres de l’équipe parlent de leur travail. Aucun d’entre eux ne se plaint de la charge. Léon Charlaix résume la situation avec une formule qui en dit long : « On mange notre dénivelé quotidien avec tout ça sur le dos. Mais on ne se plaint pas : le bureau est assez sympa ! »
Derrière l’humour, il y a une réalité économique et écologique. Un sentier entretenu, c’est un accès sûr pour les randonneurs, mais aussi une protection contre l’érosion, un soutien à l’économie locale et un outil de canalisation des flux dans les zones sensibles. Entretenir un chemin coûte moins cher que de le laisser se dégrader puis le fermer.
L’idée à retenir
Les sentiers de randonnée ne s’entretiennent pas tout seuls. Dans les Bauges, une équipe dédiée parcourt chaque année 475 kilomètres de chemins avec du matériel sur le dos, épaulée par les communes, les associations et les habitants. Ce travail invisible conditionne la qualité de nos sorties. Pour un randonneur, la meilleure façon de les remercier tient en trois réflexes : rester sur le tracé, signaler les dégradations au bon interlocuteur, et ne jamais retoucher soi-même un balisage.
Questions fréquentes
Qui entretient les sentiers de randonnée en France ?
Les responsabilités sont partagées : communes et intercommunalités, départements, parcs naturels régionaux et nationaux, associations de randonneurs et bénévoles. Sur certains massifs très fréquentés, des équipes spécialisées ont été créées pour absorber la charge.
Comment signaler un sentier dégradé ?
Adressez-vous à la mairie de la commune concernée, à l’office de tourisme ou directement au parc naturel s’il gère le secteur. Décrivez la localisation précise et le problème constaté.
Peut-on aider bénévolement à l’entretien ?
Oui. De nombreuses associations organisent des chantiers de débroussaillage et de remise en état. Le plus simple est de se rapprocher d’un club de randonnée local ou du parc du secteur.





