Au cœur du Queyras, à deux pas de la frontière italienne, un 3000 reste largement dans l’ombre des sommets vedettes du massif. Le Pic de la Farnéiréta culmine à 3134 m et se gravit en randonnée classique depuis Saint-Véran. Pas de corde, pas de piolet, pas de crampons. Juste une bonne paire de jambes, l’envie de poser les mains sur le rocher de temps en temps, et la quasi-certitude d’être seul au sommet.
Un 3000 sans crampons ni corde, pour randonneurs aguerris
Soyons clairs d’entrée : ce n’est pas une rando de promenade dominicale. Le Pic de la Farnéiréta demande environ 850 à 1000 m de dénivelé positif selon le point de départ, une bonne tolérance à l’altitude, et la capacité à progresser sur une crête où il faut occasionnellement utiliser les mains pour se rétablir. Mais aucun pas d’escalade, aucun passage exposé qui requiert une corde. C’est le profil idéal pour quiconque veut décrocher son premier vrai 3000 sans passer par l’alpinisme.
Le second avantage, c’est l’isolement. Là où le Pic de Caramantran voisin, ou le Mont Viso un peu plus loin, drainent les foules, la Farnéiréta reste largement boudée. Les rares randonneurs croisés vont au col de la Noire et redescendent. Très peu poussent sur la crête vers le sommet.
Le topo : de Saint-Véran au col de la Noire
Le départ se fait depuis Saint-Véran, la plus haute commune habitée d’Europe (2042 m), au cœur du Queyras. En juillet et août, le véhicule reste obligatoirement au parking du village et une navette monte jusqu’à la chapelle de Clausis (2340 m). Hors saison, on rejoint le secteur en voiture par la piste qui remonte le vallon de l’Aigue Blanche.
De la chapelle de Clausis, le sentier remonte tranquillement sur une piste large à travers des alpages, dans un décor qui pose immédiatement l’ambiance : torrents, prairies fleuries, vues sur les Aiguilles de Chambeyron côté Ubaye. On atteint le refuge de la Blanche et son lac (2499 m) après environ une heure de marche très progressive. C’est le moment de boire un coup et de remplir les gourdes. La vraie montée commence ensuite.
Juste avant le refuge, un panneau indique le sentier qui part sur la droite vers le col de la Noire. C’est cette bifurcation qu’on prend. Le sentier devient nettement plus raide. Compter environ 450 m de dénivelé positif en un peu plus d’une heure pour atteindre le col à 2955 m. Sans difficulté technique, mais avec un effort soutenu qui ne pardonne pas la chaleur de midi.
L’astuce qui fait la différence :
Partez de Saint-Véran au plus tard à 7 h en haute saison, pour avoir attaqué la montée du col de la Noire avant que le soleil ne tape sur le versant exposé sud. Une fois au col, l’orientation change et la fraîcheur revient sur la crête.
Sur la crête vers le sommet : mettre les mains de temps en temps
Au col de la Noire, la vue justifie déjà tout l’effort. En face, la Tête des Toillies dresse sa pyramide rocheuse caractéristique, l’un des sommets les plus emblématiques du Queyras (réservé aux alpinistes pour l’ascension véritable). En contrebas plein sud, le petit lac de la Noire scintille côté Ubaye, à 200 m sous le col. Plein nord, le panorama plonge sur le vallon de Clausis et le Pic de Château-Renard avec ses dômes d’observatoire.
Pour rejoindre le sommet, on bifurque plein ouest et on suit la crête. Le sentier est marqué, mais discret. Quelques passages demandent de poser les mains sur le rocher pour se rétablir, sans jamais devenir techniques. Comptez 30 à 45 minutes pour basculer du col au sommet à 3134 m.
Là-haut, le panorama est de ceux qu’on n’oublie pas. Le Mont Viso plein est, la barre des Écrins au nord-ouest, le Pain de Sucre et la Taillante au nord, l’Ubaye au sud, et toujours en face cette Tête des Toillies qui dévore le regard. Vous serez probablement seul, ou avec un ou deux randonneurs au maximum, même en plein mois d’août.
La variante par la Petite Tête Noire : se rapprocher de la Tête des Toillies
Pour ceux qui veulent prolonger, une variante prolonge la journée d’une heure ou deux. Du sommet de la Farnéiréta, on redescend une portion de crête vers l’est et on remonte sur la Petite Tête Noire à 2989 m. Pas tout à fait un second 3000 (il manque 11 m pour cocher la case), mais le panorama vaut le détour.
Surtout, on arrive littéralement au pied de la Tête des Toillies, cette pyramide rocheuse qu’on contemplait de loin. La vue plongeante sur ses parois de basalte (anciennes coulées de lave en coussins, témoins d’un fond océanique fossile), vaut largement le détour de 200 m de dénivelé supplémentaires. Pour la photo, c’est le spot du jour.
Retour ensuite par le même itinéraire : redescente sur le col de la Noire, puis sur le refuge de la Blanche.
Le retour et l’arrêt au refuge de la Blanche
La descente est rapide depuis le col, environ une heure jusqu’au refuge. C’est exactement le moment où une bière fraîche ou une omelette à la terrasse du refuge devient un acte spirituel. Le refuge de la Blanche est tenu en saison et propose restauration, nuitée et accueil chaleureux. Le lac juste à côté est un classique pour piquer une tête après l’effort, à condition d’avoir le souffle court d’eau à 8°C.
De là, retour à la chapelle de Clausis par la piste, soit à pied (45 min), soit en navette si vous avez timé l’horaire. Du parking, redescente classique à Saint-Véran.
Infos pratiques : saison, accès, navette
La fenêtre praticable s’étend de mi-juillet à mi-septembre. Avant mi-juillet, la neige résiduelle peut être présente sur la crête du sommet et sous le col de la Noire (le secteur conserve la neige tard dans la saison à cause de l’orientation et de l’altitude). Après mi-septembre, météo capricieuse et fermeture du refuge. La période optimale est fin juillet et tout le mois d’août pour la sécurité, septembre pour la tranquillité.
Pour rejoindre Saint-Véran, on passe par Guillestre, Ville-Vieille et Molines-en-Queyras. Le village dispose de plusieurs parkings à l’entrée (P1 quartier Beauregard est le plus pratique). En juillet et août, la circulation des véhicules personnels au-delà du village est interdite : on prend la navette payante qui monte jusqu’à Clausis. Hors saison, on monte directement en voiture jusqu’à proximité de la chapelle de Clausis.
Compter au total entre 6 et 8 heures de marche selon le rythme et les variantes, avec environ 1100 m de dénivelé positif cumulé depuis Saint-Véran village, ou 850 m si vous démarrez de la chapelle de Clausis.
Ce qu’il faut emporter pour ce 3000 sans technique
Même sans matériel d’alpinisme, ce sommet impose un équipement sérieux. Chaussures de rando montantes avec une accroche correcte, bâtons (très utiles pour la montée raide au col), polaire et veste coupe-vent obligatoires (au sommet la température peut chuter brutalement), casquette et crème solaire (à 3000 m, le rayonnement est intense), au moins 2 litres d’eau par personne, et de quoi manger sérieusement. Le téléphone passe par intermittence, prévoyez de prévenir quelqu’un de votre itinéraire avant de partir.
Pour qui veut décrocher son premier 3000 sans s’attaquer à l’alpinisme, la Farnéiréta est l’objectif idéal. Sommet esthétique, montée exigeante mais non technique, panorama de très haut vol, et cette sensation rare aujourd’hui d’être seul au-dessus de 3000 m dans les Alpes françaises.
Sources :
- Envie de Queyras, topo Col de la Noire et secteur Lac de la Blanche
- Envie de Queyras, fiche Lac de la Blanche
- Office de tourisme PACA, itinéraire Lac et refuge de la Blanche
- Refuge de la Blanche, FFCAM (réservation, horaires)
- Carte IGN 3637 OT Mont Viso





