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Dans cette forêt française, les rues sont toujours là… mais les maisons ont disparu

Arnaud Houde par Arnaud Houde
Publié le 24 octobre 2026
Lecture 6 min
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Vous marchez dans une forêt. Le sentier est balisé, la forêt est propre, les arbres sont beaux. Et puis vous arrivez sur des panneaux de signalisation. Des noms de rues. Des trottoirs. Un tracé d’îlot. Parfois l’emplacement d’une maison, marqué au sol.

Et autour : aucune maison. Rien qu’une forêt.

Ce n’est pas une ruine, ni un décor, ni une reconstitution. Ce sont les rues et les fondations d’un village qui a existé. Et il y en a neuf comme ça en Meuse, autour de Verdun.

Ce qu’on y voit exactement

Dans la forêt domaniale de Verdun, le sol a été stabilisé et le réseau viaire des villages détruits, lui, a été matérialisé. Ce qui signifie que vous pouvez suivre à pied le tracé exact des rues d’une commune qui n’existe plus.

Concrètement, on trouve :

  • des bornes et des panneaux avec les noms des rues
  • le tracé des voies et des emplacements de parcelles
  • les vestiges des fondations des maisons
  • l’emplacement des édifices publics, dont l’église
  • parfois des puits et des éléments de voirie

Le contraste est ce qui frappe : tout vous dit que des gens ont vécu ici, et personne n’y vit.

L’explication : neuf villages rayés de la carte en 1916

Pendant la bataille de Verdun, en 1916, neuf villages ont été complètement détruits par les combats. Pas endommagés : détruits.

Certains ont été reconstruits plus tard, ailleurs ou sur place. Mais d’autres ne l’ont jamais été. Et l’État a pris une décision qui explique tout ce qu’on voit aujourd’hui.

Ces communes ont été maintenues en tant que communes, malgré leur disparition physique. Elles portent depuis un statut spécifique, celui de communes « mortes pour la France ».

Le cas de Fleury-devant-Douaumont résume la situation. Le village est détruit en 1916 et n’est pas reconstruit. En 1918, il est déclaré « mort pour la France ». Et pourtant :

« Bien que détruit et sans habitant, comme les huit autres villages détruits autour de Verdun, la « Nation reconnaissante » a conservé son statut de commune à Fleury après la guerre. Il a donc un maire, nommé par le préfet, et un conseil municipal. »

Relisez cette phrase. Une commune sans un seul habitant, mais avec un maire nommé par l’État. Administrativement, ces villages continuent d’exister.

Les chiffres de population racontent la même histoire à leur façon. Beaumont-en-Verdunois comptait 186 habitants en 1911, et il est inhabité depuis 1918. Bezonvaux en comptait 149 en 1911, et il est inhabité depuis 1918. Deux communes, deux maires, zéro habitant.

C’est pour cette raison que les bornes de rues sont encore là. Personne n’a jamais eu à les retirer, parce que personne n’a jamais cessé de considérer que ces rues existaient.

Pourquoi la forêt, et pas un champ

C’est la question qu’on se pose en marchant. Pourquoi ces villages sont-ils devenus des bois et non des cultures ?

La réponse est liée à l’état du sol après la bataille. Les terrains ont été tellement bouleversés, et tellement chargés de munitions non explosées et de restes humains, qu’ils ont été classés en zone rouge après la guerre : des zones jugées impropres à l’agriculture et à la construction.

Ces terres ont donc été reboisées, et c’est cette forêt qui recouvre aujourd’hui les villages. Ce qui explique aussi pourquoi les sentiers sont balisés et pourquoi il est demandé de ne pas quitter les chemins : le sol de la forêt de Verdun contient encore des munitions.

C’est un point important, et ce n’est pas un avertissement de principe. Le danger est réel et documenté, et il justifie à lui seul de rester sur les itinéraires balisés.

Comment y randonner

Les villages détruits sont accessibles par des sentiers entretenus dans la forêt domaniale. On peut les parcourir à pied, en enchaînant plusieurs sites sur une même sortie, et la plupart disposent d’un circuit d’interprétation avec des panneaux explicatifs.

Quelques repères pratiques :

  • le Mémorial de Verdun, à Fleury, est le point de départ le plus logique pour comprendre le site avant de marcher
  • l’ossuaire de Douaumont et la nécropole voisine sont classés monuments historiques depuis 1996
  • le Circuit du Souvenir relie les principaux points du champ de bataille
  • les distances entre villages se parcourent en quelques kilomètres, ce qui permet une sortie de demi-journée ou d’une journée

Prévoyez de l’eau et un peu de temps : ces marches sont courtes en distance mais chargées en émotion, et on avance moins vite qu’on ne l’imagine.

Le ton à adopter sur place

Ce n’est pas un site de randonnée ordinaire, et il faut le dire clairement. Des dizaines de milliers d’hommes sont morts sur ce terrain, et beaucoup y reposent encore.

Concrètement, cela veut dire : rester sur les sentiers, ne rien ramasser, ne rien déplacer, ne jamais toucher un objet métallique suspect, et garder une tenue et une voix adaptées. Ce ne sont pas des consignes de confort, ce sont des consignes de respect et de sécurité.

C’est aussi ce qui rend ces marches différentes de tout le reste. On ne vient pas y chercher une performance. Notre dossier sur la randonnée en montagne traite du même thème sous un autre angle : celui du sentier qui porte une mémoire.

Ce qu’on ne peut pas affirmer

  • Ne pas confondre « détruit » et « abandonné ». Ces villages n’ont pas été délaissés : ils ont été détruits par des combats, et neuf d’entre eux à Verdun.
  • Ne pas écrire que ces communes n’existent plus. Le contraire est vrai : elles existent administrativement, avec un maire et un conseil municipal, mais sans habitant.
  • Ne pas avancer un nombre d’habitants actuel pour ces communes : la donnée pertinente est qu’elles sont inhabitées depuis 1918, pas un chiffre de recensement.
  • Ne pas présenter la zone rouge comme une simple forêt domaniale. Le classement est lié à la contamination du sol par les munitions et aux restes humains.
  • Ne pas minimiser le risque lié aux munitions non explosées. Il est réel, documenté, et justifie de ne pas quitter les sentiers.
  • Ne pas traiter le lieu comme une attraction. C’est un site de mémoire, et le traitement éditorial doit rester sobre.
  • Ne pas confondre les villages détruits avec la notion de « village abandonné » que l’on rencontre ailleurs en France, où la cause est économique ou démographique, jamais militaire.

L’idée à retenir

Si vous randonnez dans la forêt de Verdun et que vous tombez sur des panneaux de rues, des trottoirs et des emplacements de maisons sans une seule maison autour, vous êtes dans l’un des neuf villages complètement détruits pendant la bataille de 1916. Ce qui explique leur disparition physique n’est pas ce qui explique ce qu’on y voit aujourd’hui : c’est le fait que l’État a maintenu ces communes en existence, avec le statut de communes « mortes pour la France ». Fleury-devant-Douaumont, déclaré tel en 1918, possède toujours un maire nommé par le préfet et un conseil municipal, sans un seul habitant. Beaumont-en-Verdunois comptait 186 habitants en 1911, et aucun depuis 1918. La forêt qui recouvre les villages vient du classement des terres en zone rouge, jugées impropres à la culture et à la construction après guerre, ce qui explique aussi pourquoi les sentiers sont balisés et pourquoi il faut y rester : le sol contient encore des munitions. C’est un lieu de mémoire avant d’être un itinéraire de randonnée.

Sources

  • Fleury-devant-Douaumont : destruction en 1916, déclaration « mort pour la France » en 1918, statut communal maintenu
  • Les villages français détruits durant la Première Guerre mondiale, dont les neuf villages de la Meuse
  • Beaumont-en-Verdunois : 186 habitants en 1911, inhabité depuis 1918
  • Bezonvaux : 149 habitants en 1911, inhabité depuis 1918
  • Ministère de l’Intérieur, dossier sur les communes « mortes pour la France »
  • Mémorial de Verdun, à Fleury-devant-Douaumont
  • Base Mérimée, ossuaire de Douaumont, classé monument historique en 1996
  • Forêt domaniale de Verdun et zone rouge
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Arnaud Houde

Passionné d’activités de plein-air et d’aventures, la randonnée a été pour moi une révélation il y a quelques années, raison pour laquelle j'ai décidé de lancer mapetiterando.fr afin de partager et faire découvrir au plus grand nombre la pratique de la randonnée.

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