Il y a des sentiers récents, aménagés, fléchés au millimètre. Et puis il y a le Ridgeway : 140 kilomètres de craie blanche traversant les collines du sud de l’Angleterre, sur un tracé emprunté sans interruption depuis plus de 5 000 ans. Les bottes des éleveurs, des marchands, des pèlerins et des druides y ont laissé des empreintes invisibles mais palpables, et aujourd’hui, n’importe quel randonneur peut les suivre, d’Avebury jusqu’à Ivinghoe Beacon.
Le plus vieux chemin d’Europe, concrètement
Le Ridgeway est officiellement classé National Trail en Grande-Bretagne. Il part d’Overton Hill, à deux pas du village d’Avebury dans le Wiltshire, et arrive à Ivinghoe Beacon dans le Buckinghamshire, soit 87 miles, environ 140 kilomètres. La section occidentale, de Avebury à Uffington, concentre l’essentiel des sites préhistoriques. C’est elle que la plupart des randonneurs font en priorité, et elle se parcourt en deux jours tranquilles.
Le sentier suit les crêtes crayeuses des North Wessex Downs. Pas de forêt dense, pas de vallée encaissée : on marche à découvert, sur un ruban blanc qui déchire la terre comme une arête. Les champs d’orge brillent sur les flancs, des orchidées roses ponctuent les talus, et le ciel n’est qu’un fond sonore de macareux et d’alouettes. Le balisage du National Trail (acorn, le gland stylisé) est clair et régulier ; pas besoin de carte IGN ici, même si une bonne carte OS (Ordnance Survey) reste conseillée pour les embranchements vers les sites annexes.
Avebury : un départ qui donne le ton
Avant même de poser le pied sur le sentier, Avebury s’impose. Le cercle de pierres levées qui entoure le village est 14 fois plus grand que Stonehenge, et vieux de 4 600 ans. Les menhirs, certains hauts de 3,5 mètres, percent la pelouse comme les dents d’un géant assoupi. C’est l’un des sites néolithiques les plus importants de Grande-Bretagne, et c’est gratuit d’accès, contrairement à son célèbre cousin du Wiltshire.
À trente minutes à pied du cercle principal, vers l’ouest, le West Kennet Long Barrow mérite un détour absolu. Ce cairn funéraire de l’âge du Bronze était déjà millénaire quand Avebury fut construit. On entre dans la chambre mortuaire en se courbant entre deux grands blocs. À l’intérieur, il fait frais, les pierres sont lisses, et des herbes séchées coincées dans les fissures témoignent que le lieu reste sacré pour plusieurs communautés néopaïennes contemporaines.
En reprenant l’Avenue, une double rangée de pierres sarsen qui part vers le sud, on croise parfois des gens avec des baguettes de sourcellerie ou des bâtons sculptés. L’atmosphère peut surprendre un randonneur habitué aux Alpes, mais elle fait partie intégrante de l’expérience du Ridgeway, ce mélange de rando concrète et de passé qui remonte à la surface à chaque pas.
Vers Uffington : orchidées, chevaux et cerfs-volants géants
La section entre Avebury et Uffington est la plus spectaculaire en termes de densité de sites anciens. Le chemin monte et descend doucement sur les crêtes, sans jamais vraiment plonger dans les vallées. L’effort physique est modeste, le dénivelé cumulé reste limité sur cette section, et le sentier est rarement technique. Ce qui fatigue, c’est le vent et la distance, pas la pente.
Uffington abrite l’une des images les plus énigmatiques de la préhistoire britannique : le Cheval Blanc, une figure de 110 mètres taillée dans la craie à flanc de colline. On y accède depuis le sentier par un courte montée. Vue d’en haut, la silhouette est abstraite, presque moderne, ce qui a longtemps étonné les archéologues. Elle daterait de l’âge du Bronze, soit environ 3 000 ans. Depuis le Ridgeway, on l’aperçoit en contre-bas ; pour la voir dans son entièreté, il faut s’éloigner dans la vallée.
Les randonneurs qui aiment aussi les paysages taillés dans la roche et le minéral brut trouveront dans ce paysage de craie une esthétique austère mais envoûtante, surtout en début de matinée quand la lumière rasante fait ressortir chaque creux du terrain.
Ce qu’il faut emporter et savoir avant de partir
Le Ridgeway est accessible à tout randonneur en bonne condition physique. Pas besoin de matériel technique. Quelques points à anticiper :
L’eau est le principal problème sur la section ouest. Les points de ravitaillement sont rares sur les crêtes, et les villages en contrebas nécessitent des détours. Partir avec minimum 2 litres est prudent. Les villages comme Avebury, Ogbourne St George ou Wantage permettent de ravitailler entre les étapes.
L’hébergement en chemin existe sous forme de B&B dans les villages proches, et quelques campings sont autorisés. Rien n’est aménagé sur le sentier lui-même, il faut organiser les nuits à l’avance, surtout en juillet-août. Le guide officiel du National Trail (disponible sur nationaltrail.co.uk) détaille chaque étape avec les hébergements, les distances et les points d’eau.
Pour le matos, une bonne paire de chaussures de randonnée polyvalentes suffit. Le terrain n’exige pas de semelle crampon, sauf après de fortes pluies où la craie détrempée devient glissante. Si vous hésitez encore sur votre équipement de bâtons, cet article sur les règles de sécurité avec les bâtons vaut la lecture avant de partir.
Le Ridgeway s’emprunte de mars à novembre. L’hiver le rend boueux et venté, mais pas impossible. Les mois de mai et juin offrent la floraison des orchidées sauvages et les journées les plus longues. Septembre, avec ses lumières dorées sur les champs récoltés, est probablement le moment le plus photogénique.





