428 mètres de dénivelé positif. C’est le chiffre qui résume l’ascension progressive du Sentier des Coteaux du Vaucluse.
Dès les premiers pas sur ce chemin sinueux, l’odeur entêtante du thym et du romarin emplit l’air. Entre les villages perchés de Gordes et Roussillon, ce circuit de 12 km dévoile un condensé saisissant des trésors du Luberon.
Ici, chaque virage révèle un nouveau panorama où se mêlent falaises ocre, cyprès élancés et oliveraies centenaires. Une randonnée où l’histoire millénaire de la Provence se lit à chaque pierre.
L’éveil des sens au départ de Gordes : les premiers kilomètres d’une épopée provençale
Le parcours débute au pied du village de Gordes, classé parmi les plus beaux de France.
Dès les 500 premiers mètres, le sentier s’élève doucement, offrant une vue imprenable sur les façades de pierre blonde qui semblent jaillir de la roche.
Le balisage jaune et rouge du GR6 guide les pas des randonneurs vers l’ouest, à travers un paysage de garrigue odorante.
Au kilomètre 2, le chemin s’enfonce dans une forêt de chênes verts. L’ombre bienvenue des arbres offre un répit apprécié, surtout en été.
Le sol, tapissé d’aiguilles de pin, amortit les pas. C’est ici, dans ce sous-bois, que les plus chanceux pourront apercevoir l’éclair roux d’un écureuil ou entendre le tambourinage caractéristique d’un pic épeiche.
L’abbaye de Sénanque : 800 ans d’histoire cistercienne au creux du vallon
Après 3,5 km de marche, le sentier débouche sur un spectacle saisissant : l’abbaye de Sénanque. Nichée dans son écrin de verdure, ses murs de pierre grise contrastent avec le bleu intense du ciel provençal. En été, les champs de lavande qui l’entourent offrent un camaïeu de violet enivrant.
Un détour s’impose pour visiter ce joyau de l’architecture cistercienne. Fondée en 1148, l’abbaye a traversé les siècles, résistant aux guerres de religion et à la Révolution française. Aujourd’hui encore, une communauté de moines y perpétue la tradition monastique.
« Quand les premiers rayons du soleil frappent les murs de l’abbaye, c’est comme si le temps s’arrêtait. La lumière dorée sur la pierre, le chant des cigales, l’odeur de la lavande… C’est un moment de grâce que je redécouvre chaque matin depuis 40 ans. »
– Frère Jean-Marie, moine cistercien à Sénanque depuis 1983
La montée vers le plateau des Claparèdes : quand le dénivelé se fait sentir
Au sortir de l’abbaye, le sentier s’élève plus franchement. Sur 2 km, le dénivelé atteint 150 mètres. Le chemin, parfois rocailleux, demande une attention soutenue. Des chaussures de randonnée à tige montante sont ici indispensables pour prévenir les entorses.
À mi-pente, un point de vue offre une dernière vision de Sénanque, désormais minuscule dans son vallon. C’est l’occasion de reprendre son souffle et de s’hydrater. Attention, il n’y a pas de point d’eau sur cette portion du sentier. Il est crucial d’avoir prévu au moins 1,5 litre par personne.
Le plateau des Claparèdes : 360° de Provence à perte de vue
Après l’effort, la récompense. Le plateau des Claparèdes s’étend à perte de vue, offrant un panorama à couper le souffle. Au nord, les dentelles de Montmirail découpent l’horizon. À l’est, par temps clair, on devine les contreforts du mont Ventoux. Au sud, la chaîne du Luberon déroule ses collines boisées.
Le sentier serpente entre les champs de lavande et les parcelles d’oliviers. En juin, le violet de la lavande en fleur contraste magnifiquement avec le vert argenté des oliviers. C’est le moment idéal pour une pause photo, mais attention à ne pas piétiner les cultures.
Roussillon et ses ocres : quand la terre s’embrase
À l’approche de Roussillon, au kilomètre 10, le paysage change radicalement. Les falaises d’ocre surgissent, embrasant le paysage de leurs teintes flamboyantes. Du jaune pâle au rouge profond, en passant par l’orange vif, c’est tout un nuancier qui s’offre aux yeux des randonneurs.
Le sentier longe d’anciennes carrières d’ocre, témoins d’une activité intense au XIXe siècle. Les formations géologiques, sculptées par l’érosion, prennent des formes fantasmagoriques. On comprend mieux pourquoi ce site a inspiré tant d’artistes, de Cézanne à Nicolas de Staël.
« L’ocre de Roussillon, ce n’est pas juste une couleur, c’est une histoire. Chaque nuance raconte un chapitre : le jaune pâle des débuts de l’exploitation, le rouge intense des grandes heures industrielles, l’orangé vibrant du renouveau artistique. Pour moi, ces falaises sont un livre ouvert sur notre passé. »
– Mathilde Desvaux, guide au Conservatoire des ocres et pigments appliqués de Roussillon
La descente vers Gordes : le retour par les calades historiques
Les 5 derniers kilomètres ramènent les randonneurs vers Gordes. Le sentier emprunte d’anciennes calades, ces chemins pavés typiques de la région. Certains tronçons, datant du Moyen Âge, demandent une attention particulière. Les pierres, polies par des siècles de passage, peuvent être glissantes, surtout après la pluie.
Cette dernière portion offre une vue imprenable sur Gordes. Le village semble surgir de la roche, ses maisons s’étagent en un dédale pittoresque. La lumière rasante de fin d’après-midi dore les façades, créant un spectacle magique qui justifie à lui seul les efforts de la journée.
Conseils pratiques pour une randonnée réussie sur le Sentier des Coteaux
Équipement indispensable
- Chaussures de randonnée à tige montante
- Minimum 2 litres d’eau par personne
- Chapeau et crème solaire (le soleil provençal est intense)
- Bâtons de marche pour les passages techniques
- Veste coupe-vent (le mistral peut se lever brusquement)
Meilleures périodes
Le printemps (avril-mai) et l’automne (septembre-octobre) offrent les conditions idéales. Les températures sont douces et la nature est particulièrement belle. Évitez l’été, où la chaleur peut être écrasante, surtout sur les portions sans ombre.
Accès et parking
Un parking gratuit est disponible à l’entrée de Gordes. Arrivez tôt, surtout en haute saison, car les places sont limitées. Une navette relie le parking au centre du village, point de départ de la randonnée.
Faune et flore : un condensé de biodiversité méditerranéenne
Le Sentier des Coteaux traverse plusieurs écosystèmes, offrant une diversité remarquable de faune et de flore. Au printemps, les orchidées sauvages parsèment les sous-bois. Parmi elles, l’Ophrys de Provence, une espèce endémique, mérite une attention particulière.
Côté faune, les randonneurs attentifs pourront observer des lézards ocellés se prélassant sur les murets de pierre. Dans les zones boisées, le chant flûté du loriot d’Europe résonne souvent. Au crépuscule, il n’est pas rare d’apercevoir des sangliers en lisière de forêt.
Variantes et extensions : pour les randonneurs en quête de défis
Pour ceux qui souhaitent prolonger l’aventure, le Sentier des Coteaux peut se connecter au GR97. Cette extension ajoute environ 8 km au parcours et permet de découvrir le village de Lioux et ses impressionnantes falaises.
Une variante plus courte (12 km) est possible en empruntant le sentier des Ocres à partir de Roussillon. Cette option offre une immersion encore plus poussée dans le monde fascinant des carrières d’ocre.
Et après ? Les trésors cachés du Luberon à explorer
Le Sentier des Coteaux du Vaucluse n’est qu’une mise en bouche des merveilles du Luberon. Pourquoi ne pas poursuivre l’aventure en explorant les gorges de la Nesque ou en gravissant le mont Ventoux ? Chaque vallée, chaque village de cette région recèle des trésors insoupçonnés. Le Luberon, c’est une invitation permanente à la découverte, un livre d’histoire et de nature dont on ne se lasse jamais de tourner les pages.
Alors, chaussures aux pieds et sac sur le dos, êtes-vous prêt à écrire votre propre chapitre sur les sentiers du Vaucluse ?





