Pendant que le monde entier teint ses bières en vert le 17 mars, une poignée de marcheurs arpente les 132 km du Saint Patrick’s Way en Irlande du Nord.
Un itinéraire qui remet le personnage historique au centre d’une fête qui l’a presque oublié, à travers des paysages de vergers, de canaux et de cathédrales.
Un trail de 132 km inspiré du Camino de Santiago
Le Saint Patrick’s Way relie Armagh à Downpatrick, du point de départ de la mission du saint jusqu’à son lieu de sépulture.
L’itinéraire a été créé en 2015 à l’initiative d’Al Graham, un homme qui avait parcouru le Camino de Santiago et voulu transposer l’idée en Irlande du Nord.
Tim Campbell, directeur du Saint Patrick’s Centre à Downpatrick, résume l’intention :
« La Saint Patrick est l’un des plus grands événements culturels du monde, mais souvent Patrick lui-même se perd dans les festivités. Notre objectif est de replacer Saint Patrick dans la Saint-Patrick, de reconnecter la célébration avec l’histoire. »
L’itinéraire couvre 82 miles, soit environ 132 km.
Aucune donnée officielle de dénivelé n’est communiquée dans les sources disponibles, mais le terrain est décrit comme varié, avec une longue portion facile le long du canal de Newry.
Comptez plusieurs jours de marche, à l’image d’un Camino classique, plutôt qu’une sortie à la journée.
Patrick, bien loin des clichés du trèfle et du serpent
Première surprise pour qui s’engage sur ce chemin : Patrick n’était pas irlandais.
Né en Bretagne romaine à la fin du IVe siècle, il fut enlevé adolescent par des raiders irlandais et réduit en esclavage. Il s’échappa ensuite en France avant de revenir en Irlande comme missionnaire.
Un parcours de vie que Martina Purdy, ancienne correspondante de la BBC devenue religieuse et guide de marches contemplatives sur le Saint Patrick’s Way, juge parfaitement actuel : « Patrick était un jeune homme réduit en esclavage, déplacé, victime de traite.
Quand les gens entendent ses propres mots, ‘Je ne suis pas parfait, j’ai fait des erreurs’, ils se reconnaissent en lui. Son histoire ne reste pas dans les livres d’histoire, elle rejoint les gens là où ils en sont. »
Ce que le sentier traverse concrètement
Le départ se fait à Armagh, petite ville où deux cathédrales Saint-Patrick se font face à moins d’un kilomètre l’une de l’autre, sur deux collines opposées : une catholique romaine, une Church of Ireland.
Un rappel architectural immédiat de l’histoire divisée de l’île et de son héritage partagé. Le chieftain Daire avait accordé à Patrick une parcelle de terrain sur une colline juste à l’extérieur d’Armagh pour y bâtir une église, et c’est là que le tracé prend son départ.
Le sentier descend ensuite vers le sud à travers un pays de vergers réputés pour leurs cidres acidulés et leurs tartes aux pommes, puis traverse Banbridge, ancienne ville du tissage du lin.
Suit une longue section facile le long du canal de Newry jusqu’à la ville du même nom, dont les armoiries représentent Patrick encadré de deux ifs qu’il aurait plantés au bord de la Clanrye.
Une bonne partie du tracé longe la frontière avec la République d’Irlande, dans des zones qui étaient considérées comme inaccessibles durant les Troubles.
Tim Campbell souligne que le sentier est devenu « l’un des piliers du tourisme en Irlande du Nord depuis la signature des accords de paix », dans une région où le tourisme était tout simplement impossible pendant des décennies.
Un itinéraire qui prend encore plus de sens le 17 mars
Marcher le Saint Patrick’s Way le 17 mars, ou autour de cette date, n’a rien d’une idée farfelue. L’itinéraire a précisément été pensé comme une alternative à la fête de masse, une façon de renouer avec l’histoire réelle du personnage plutôt qu’avec ses caricatures festives.
Et contrairement à la Saint Patrick célébrée à Chicago ou New York, ici le paysage est irlandais pour de vrai, les collines aussi, et personne ne vous vendra un leprechaun en plastique au bord du chemin.





