Le soleil brille, les parkings sont bondés, et pourtant deux trailers de 23 et 28 ans ont perdu la vie sur le même névé à la mi-mai. Le printemps en montagne ressemble à l’été depuis la vallée, mais dès 1 700 mètres d’altitude, la neige change tout. Le commandant Guy Le Névé, patron du PGHM d’Annecy, livre sans filtre ce que trop de randonneurs ignorent encore. Si vous préparez vos prochaines sorties, relisez aussi les 10 erreurs de marche les plus courantes : certaines deviennent carrément mortelles sur un névé compact.
Depuis le parking, tout semble parfait. Là-haut, c’est une autre histoire
C’est le piège classique du printemps en montagne : les conditions au départ paraissent idéales. Ciel bleu, températures douces, sentiers dégagés jusqu’à mi-pente. Puis on monte. Et à partir de 1 700 à 2 000 mètres selon les secteurs, la neige est encore bien là, compacte, souvent glacée le matin, ramollie et traître l’après-midi.
« On pense que c’est l’été, que les sentiers sont nickels, mais non », insiste Guy Le Névé, commandant du peloton de gendarmerie de haute montagne d’Annecy. Ce décalage de perception entre la vallée et le haut du versant est précisément ce qui conduit aux accidents : le randonneur est parti équipé pour une balade estivale et se retrouve en terrain alpinistique sans l’avoir anticipé.
Les variations sont importantes d’un massif à l’autre, d’un versant à l’autre, d’une exposition à l’autre. En face sud, on peut encore chausser les skis au-dessus de 2 000 mètres. En face nord, dès 1 600 mètres. Ce n’est pas une métaphore : c’est encore l’hiver au-dessus d’une certaine ligne, même début mai.
La glissade sur névé : le danger numéro un, et le plus sous-estimé
En randonnée printanière, le risque majeur n’est pas l’avalanche mais la glissade. « Quand on perd l’équilibre sur la neige, on ne commande plus rien et cela peut se terminer sur des blocs de pierre ou au pied d’une barre rocheuse », explique le commandant Le Névé.
L’accident de la Tournette, à la mi-mai de l’an dernier, illustre ce risque avec une brutalité rare. Deux trailers chevronnés, 23 et 28 ans, ont dévalé à 24 heures d’intervalle le même névé se terminant sur un à-pic. La veille, deux traileuses avaient réchappé de justesse au même endroit, parvenant à stopper leur glissade au bord du vide. Quatre personnes, le même névé, en moins de 48 heures. Le fait qu’ils étaient aguerris n’a rien changé.
Trois autres pièges à ne pas négliger
Les écroulements de pans de neige
On marche sur ce qui ressemble à un sol stable, et dessous se cache un ruisseau en crue ou un lapiaz karstique. La neige de printemps forme parfois des ponts creux au-dessus du vide. « On ne sait pas toujours au-dessus de quoi on marche », rappelle le commandant. Un simple pas peut suffire à traverser.
Les avalanches de névés
La fonte favorisée par les beaux jours déstabilise des plaques et des névés qui ont tenu tout l’hiver. Ces avalanches de printemps arrivent souvent en milieu ou fin de journée, quand la neige est la plus humide et la plus lourde. Elles ne préviennent pas, et leurs trajectoires ne correspondent pas forcément aux couloirs habituellement identifiés comme dangereux en hiver.
Le changement de pratique que personne n’anticipe
C’est peut-être le point le plus important, et le moins discuté. « Quand on marche dans la neige, ce n’est plus de la randonnée, on se rapproche davantage de l’alpinisme », dit clairement Guy Le Névé. Cela implique piolet et crampons, mais surtout de savoir s’en servir. Avoir le matériel dans le sac sans la technique pour l’utiliser ne protège pas, voire donne une fausse assurance. Évoluer entre 1 800 et 2 000 mètres au printemps, c’est changer de discipline sans forcément s’en rendre compte.
Préparation, lucidité, équipement : les trois fondamentaux que le PGHM répète
Le message du PGHM d’Annecy ne cherche pas à décourager les randonneurs. Il cherche à ce qu’ils arrivent en haut et qu’ils redescendent. « Randonneurs aguerris ou non, les piqûres de rappel sauvent des vies », résume Guy Le Névé. L’expérience ne protège pas automatiquement, comme le prouve l’accident de la Tournette.
Concrètement, cela passe par quelques réflexes avant de partir :
- Vérifier le bulletin météo des massifs et pas seulement la météo de la vallée.
- Se renseigner sur le bulletin nivologique local (Météo-France publie des bulletins de risques en montagne même hors saison hivernale).
- Adapter l’itinéraire à l’altitude réelle enneigée, pas à l’itinéraire estival connu.
- Emporter les bons équipements et savoir les utiliser avant d’en avoir besoin.
- Fixer un horaire de retour cohérent avec le ramollissement de la neige en après-midi.
Au printemps, les sommets au-dessus de 2 000 mètres restent déconseillés si l’on n’est pas formé aux techniques alpines. Ce n’est pas une interdiction, c’est un seuil à intégrer dans sa propre évaluation du risque. Et si un doute subsiste sur votre équipement de départ, pensez aussi à vérifier ce que vous mettez dans votre sac : deux accessoires simples peuvent parfois faire une vraie différence en conditions changeantes.




