Son surnom ? « Poireau du diable ». Son nom officiel ? L’asphodèle. Ses hampes blanches grimpent à 1,5 mètre et fleurissent en ce moment sur les sentiers côtiers du Finistère. On peut la photographier, l’admirer, la montrer aux enfants. On ne peut surtout pas la cueillir.
Un bâton blanc sur les landes littorales
L’asphodèle est actuellement en pleine floraison sur les landes et les sentiers littoraux bretons, notamment du côté de Trégunc, Névez et Concarneau. Ses fleurs blanches étoilées, souvent striées de brun, forment de longues hampes qu’on repère à des dizaines de mètres. Difficile de passer à côté quand elle s’invite au bord du GR 34.
Cette vivace aime ce que d’autres fuient : les sols pauvres, les milieux ouverts, les friches littorales battues par le vent. Elle est même classée pyrophile par l’association Bretagne Vivante. Traduction : elle profite du passage du feu ou des débroussaillages, qui éliminent ses concurrentes végétales. C’est dire si elle est taillée pour ces paysages côtiers rudes.
D’où vient ce surnom de « poireau du diable » ?
Le nom vient probablement de son allure dressée et d’une méfiance ancienne envers cette plante chargée de croyances. Car l’asphodèle n’est pas anodine dans l’imaginaire européen. Loin de là.
Dans la mythologie grecque, la plaine des asphodèles désignait les Enfers, là où erraient les âmes ordinaires après la mort. Rien de franchement rassurant. Selon Bretagne Vivante, la fleur était aussi considérée comme protectrice des maisons, utilisée comme talisman contre les sortilèges, les serpents et les espèces venimeuses.
On la plantait même près des tombes pour que ses racines profondes et comestibles nourrissent les défunts. Un usage culinaire posthume qui en dit long sur la symbolique.
L’asphodèle est inscrit en Préoccupation mineure sur la liste rouge nationale de la flore. Il est protégé sur l’ensemble du territoire français : interdiction de cueillir, d’arracher ou de détruire. L’observation reste le seul geste autorisé.
Protégé sur tout le territoire français
En Bretagne comme partout ailleurs en France, les asphodèles sont intégralement protégés. Cueillir, arracher ou détruire la plante est formellement interdit. Le statut « Préoccupation mineure » sur la liste rouge nationale ne veut pas dire que tout va bien : l’espèce recule avec la disparition progressive de ses habitats, grignotés par l’urbanisation et l’enfrichement du littoral.
Bretagne Vivante suit son état de conservation région par région pour ajuster les mesures de protection. Concrètement, face à une asphodèle sur un sentier : on sort l’appareil photo, on raconte aux gamins le surnom qui va les faire rire, on la pointe du doigt. Mais le sécateur reste au fond du sac.
La règle vaut pour toutes les plantes protégées croisées en chemin : l’oeil, l’objectif, mais jamais la main. C’est comme ça qu’on entretient la biodiversité des sentiers qu’on aime. Et la prochaine fois qu’un promeneur plus pressé tend la main vers ces hampes blanches, vous saurez quoi lui dire.





