Peut-on vraiment mourir de chaud en randonnée ? La réponse est malheureusement oui, et le phénomène ne concerne pas seulement les personnes fragiles ou âgées. Il touche l’ensemble des pratiquants, y compris les sportifs entraînés de 25-35 ans en excellente santé apparente. On parle alors de coup de chaud à l’effort, ou plus techniquement d’hyperthermie d’effort (en anglais exertional heat stroke), une urgence médicale vitale qui peut provoquer un arrêt cardiaque en quelques dizaines de minutes seulement si elle n’est pas prise en charge à temps.
En 2026, alors que la France traverse sa quatrième canicule consécutive et que les températures dépassent régulièrement 40°C dans plusieurs régions, plusieurs randonneurs et sportifs jeunes ont malheureusement perdu la vie faute d’avoir reconnu les symptômes à temps ou d’avoir bénéficié d’une prise en charge adaptée. Un phénomène qui reste étrangement méconnu du grand public randonneur francophone, malgré sa gravité extrême.
Voici l’analyse complète du coup de chaud à l’effort en 2026 : de quoi parle-t-on exactement, quels sont les facteurs déclenchants, comment reconnaître les quatre symptômes vitaux, quel protocole de secours appliquer en attendant les professionnels, et surtout comment prévenir ce risque dramatique par des règles simples et efficaces.
Le coup de chaud à l’effort : de quoi parle-t-on exactement ?
Le coup de chaud à l’effort désigne une élévation critique de la température corporelle centrale au-delà de 40°C, provoquée par une incapacité de l’organisme à évacuer la chaleur produite par l’effort physique combinée à des conditions environnementales défavorables.
À ce seuil de 40°C mesurés à l’intérieur du corps (température rectale ou tympanique, jamais la température cutanée qui reste toujours plus basse), les cellules commencent à subir des dommages irréversibles qui peuvent affecter tous les organes vitaux : cerveau, cœur, reins, foie, système nerveux central.
Il faut absolument distinguer deux tableaux cliniques différents qui se succèdent chronologiquement mais présentent une gravité radicalement différente.
Le premier stade, l’épuisement à la chaleur (heat exhaustion en anglais), correspond à une élévation modérée de la température corporelle (entre 38 et 40°C) avec fatigue intense, transpiration abondante, malaise, mais conscience préservée et sudation encore fonctionnelle. Ce stade constitue une alerte importante mais reste rarement mortel s’il est pris en charge rapidement. Le second stade, le vrai coup de chaud à l’effort (heat stroke), correspond au dépassement critique des 40°C avec potentielle défaillance de plusieurs organes et pronostic vital engagé.
Statistiquement, le taux de mortalité du coup de chaud à l’effort non traité approche 30 à 40 % selon les études internationales, en faisant l’une des urgences médicales les plus graves du sport.
À l’inverse, une prise en charge très rapide (moins de 30 minutes après l’apparition des symptômes) avec refroidissement immédiat et transfert en réanimation ramène ce taux à moins de 5 %. La rapidité de l’action de secours constitue donc probablement le facteur pronostique le plus important, plus encore que la sévérité initiale de l’épisode.
Contrairement à une idée reçue tenace, le coup de chaud à l’effort peut toucher n’importe qui, y compris les jeunes adultes sportifs entraînés en excellente santé apparente.
Chaque année, plusieurs marathons, trails, courses d’obstacles et randonnées organisées se soldent malheureusement par des décès de participants âgés de 25 à 40 ans, sans antécédent médical connu. Le phénomène est particulièrement bien documenté dans le sport universitaire américain (football américain notamment) et dans les épreuves de résistance extrême (Marathon des Sables, Barkley Marathons).
Pourquoi le coup de chaud tue en 2026 (contexte canicule)
Le contexte français de 2026 rend la question du coup de chaud particulièrement critique. Depuis 2019, la France subit chaque été des vagues de chaleur d’intensité et de durée croissantes, avec plusieurs records absolus battus successivement. L’été 2026 s’inscrit dans cette tendance avec plusieurs épisodes caniculaires marquants dans le sud-est, le centre, et jusqu’en Bretagne pour certaines vagues.
Cette évolution climatique modifie profondément les conditions de pratique de la randonnée en France.
Les températures atteintes en montagne ne sont plus celles des décennies passées : les 25-30°C à 2 000 mètres d’altitude sont devenus fréquents en juillet-août, contre 15-20°C historiquement. Les nuits en refuge d’altitude n’apportent plus le rafraîchissement compensateur qui permettait autrefois à l’organisme de se régénérer avant la journée suivante.
L’accumulation de chaleur devient une problématique quotidienne qui touche même les randonneurs habitués aux pratiques classiques.
La sur-fréquentation de certains itinéraires emblématiques amplifie encore le problème, comme nous le mentionnions dans notre récent article sur les cinq stratégies pour randonner peinard face à la surfréquentation. Les départs tardifs en fin de matinée, provoqués par les difficultés d’accès aux parkings et aux départs de sentiers, exposent de plus en plus de randonneurs aux heures les plus chaudes de la journée. Les files d’attente aux points d’eau des refuges ralentissent l’hydratation.
Les hébergements bondés perturbent la récupération nocturne.
Ce cocktail environnemental et logistique explique pourquoi le nombre d’interventions pour hyperthermie d’effort des services de secours en montagne (PGHM, CRS Montagne) a considérablement augmenté depuis 2020, avec plusieurs décès annuels désormais documentés.
Comme nous l’évoquions dans notre récent article sur les cinq règles d’or pour randonner à 35°C, l’adaptation aux nouvelles conditions climatiques constitue probablement l’enjeu de sécurité numéro un des randonneurs francophones en 2026.
Les 3 facteurs environnementaux qui déclenchent le coup de chaud
La compréhension du coup de chaud à l’effort passe par l’identification des trois facteurs environnementaux qui combinés amplifient massivement le risque.
Aucun de ces facteurs pris isolément ne suffit généralement à déclencher un épisode grave, mais leur combinaison crée les conditions parfaites de l’accident.
Facteur 1 : La température extérieure élevée. Le seuil critique se situe à partir de 25°C ressentis, avec une aggravation progressive au-delà. À 30°C, le risque devient significatif pour un randonneur mal préparé. À 35°C et plus, le risque devient majeur même pour un sportif entraîné. Point important : la température à prendre en compte n’est pas celle des bulletins météo urbains (station Météo France en zone dégagée) mais la température ressentie sur le sentier, qui peut être considérablement supérieure sur les portions minérales exposées au sud, dans les gorges qui piègent la chaleur, ou sur les crêtes sans ombre.
Facteur 2 : Le vent ou son absence. Ce facteur est probablement le plus contre-intuitif. Un vent chaud (comme le foehn dans les Alpes, le sirocco en Corse et Méditerranée, le vent d’Autan dans le Sud-Ouest) augmente considérablement le risque en apportant de l’air à température supérieure à celle du corps, ce qui inverse le sens normal des échanges thermiques.
À l’inverse, l’absence totale de vent supprime l’un des principaux mécanismes d’évacuation de la chaleur par convection. Les vallons fermés, les gorges profondes, les zones abritées entre deux versants créent des microclimats où l’air stagne et où la température ressentie peut être 5-10°C supérieure à celle mesurée en zone ventée.
Facteur 3 : Le taux d’humidité. C’est probablement le facteur le plus dangereux et le plus sous-estimé par les randonneurs. La sueur ne refroidit le corps qu’au moment où elle s’évapore de la peau. Dans un air très humide, la sueur reste en surface sans s’évaporer, ne produisant plus l’effet rafraîchissant attendu. Un air à 30°C avec 80 % d’humidité est infiniment plus dangereux qu’un air à 35°C avec 30 % d’humidité. Les zones littorales (rando côtière méditerranéenne ou atlantique en été), les zones de forêts denses après une pluie, les jours d’orage imminents avec air chargé, présentent tous ce risque accru.
L’indice canadien humidex, disponible sur plusieurs applications météo, combine température et humidité pour donner une « température ressentie » plus proche de la réalité physiologique.
Point pratique : quand ces trois facteurs se combinent (température supérieure à 30°C, absence de vent ou vent chaud, humidité supérieure à 70 %), le risque de coup de chaud à l’effort devient probablement critique même pour un randonneur entraîné et bien hydraté. La règle simple : dans ces conditions, reporter la sortie ou choisir une altitude significativement plus élevée où les températures et l’humidité restent modérées.
Les 4 symptômes à reconnaître d’urgence
La reconnaissance précoce des symptômes constitue probablement la compétence de sécurité la plus critique en randonnée estivale en 2026. Chaque minute de retard dans la prise en charge aggrave le pronostic vital. Voici les quatre signes d’alerte à identifier absolument, aussi bien pour soi-même que pour ses compagnons de randonnée.
Symptôme 1 : Confusion et vertige. La victime commence à répondre lentement, avec des propos incohérents ou décalés. Elle peut avoir du mal à se rappeler ce qu’elle vient de faire, à répondre à des questions simples (« Quel jour sommes-nous ? », « Où sommes-nous ? »), à suivre le fil d’une conversation. Des vertiges apparaissent, avec sensation d’instabilité, difficulté à marcher droit, éventuellement chute inexpliquée. Ces signes neurologiques indiquent probablement une souffrance cérébrale précoce liée à l’hyperthermie.
Symptôme 2 : Fatigue soudaine et intense. Contrairement à la fatigue progressive normale d’une randonnée classique, l’épuisement de l’hyperthermie s’installe brutalement, en quelques minutes. Le randonneur qui avançait normalement se retrouve incapable de faire un pas de plus, avec une sensation d’écrasement extrême. Cette fatigue anormale doit systématiquement alerter, particulièrement si elle survient sur un tronçon qui ne devrait pas justifier un tel épuisement compte tenu du niveau habituel de la personne.
Symptôme 3 : Nausées et vomissements. Perte d’appétit soudain, sensation de nausée, éventuellement vomissements. Ce symptôme, souvent négligé ou attribué à un mauvais repas, constitue en réalité un signe important d’atteinte du système digestif par l’hyperthermie. Il s’accompagne fréquemment de crampes abdominales et d’une sensation générale de malaise.
Symptôme 4 (le plus critique) : Peau très chaude et parfois sèche. Toucher la peau du randonneur (front, cou, avant-bras) et constater une chaleur anormale au toucher, dépassant nettement les températures habituelles pendant l’effort. Encore plus grave : si la peau est sèche malgré la chaleur extrême, cela signifie que la sudation a cessé de fonctionner, ce qui constitue un signe d’urgence absolue. L’arrêt de la sudation indique que l’organisme a épuisé ses capacités de refroidissement, et l’hyperthermie va progresser rapidement vers des seuils critiques. Ce symptôme demande une intervention d’urgence immédiate.
Point crucial : ces symptômes peuvent apparaître individuellement ou de manière combinée, avec une progression parfois très rapide (10 à 20 minutes entre le premier symptôme et l’aggravation critique). Ne jamais minimiser un seul de ces signes, même s’il paraît isolé ou modéré. Comme nous le mentionnions dans notre récent article sur les neuf essentiels sécurité pour randonneur solo, l’écoute active de son propre corps et de celui de ses compagnons constitue probablement la meilleure protection contre les urgences en montagne.
Le protocole de secours en 6 gestes
Face à une suspicion de coup de chaud à l’effort, l’action doit être immédiate et méthodique. La fenêtre thérapeutique optimale se situe dans les 30 premières minutes après l’apparition des symptômes graves, ce qui rend chaque geste crucial. Voici le protocole en 6 étapes à mémoriser absolument.
Étape 1 : Arrêter immédiatement l’effort. La victime doit s’asseoir puis s’allonger, sans négociation. Continuer à marcher, même vers un point de secours plus proche, aggravera irrémédiablement l’hyperthermie. Ne jamais céder à la pression d’atteindre un objectif quelconque : la vie de la victime se joue dans les minutes qui suivent.
Étape 2 : Mettre à l’ombre et desserrer les vêtements. Chercher l’ombre la plus proche (rocher, arbre, abri improvisé avec une couverture de survie tendue). Desserrer ou retirer les vêtements techniques (t-shirt, coupe-vent, casquette), conserver éventuellement un sous-vêtement pour la pudeur mais dégager au maximum la peau pour permettre les échanges thermiques.
Étape 3 : Refroidir par tous les moyens. C’est probablement l’étape la plus critique du protocole. Verser immédiatement l’eau disponible (gourdes, poches à eau, éventuellement rivière ou source proche) sur la victime, en insistant sur les gros axes vasculaires : cou, aisselles, aine, faces internes des cuisses, poignets. Si un ruisseau ou un lac se trouve à proximité et que le transport est possible sans aggraver l’état, immerger la victime dans l’eau froide en maintenant la tête hors de l’eau. L’immersion en eau froide constitue probablement la méthode de refroidissement la plus efficace connue à ce jour.
Étape 4 : Ventiler pour créer un courant d’air. Utiliser tout ce qui est disponible (t-shirt secoué, carte pliée, veste agitée) pour créer un courant d’air sur la peau mouillée de la victime. L’évaporation forcée de l’eau produit un refroidissement intense qui complète l’effet des vêtements mouillés. Cette combinaison de mouillage et de ventilation constitue probablement le meilleur protocole de refroidissement possible en milieu isolé sans matériel dédié.
Étape 5 : Appliquer du froid sur les gros axes vasculaires si possible. Si vous disposez d’objets froids (bouteille d’eau conservée fraîche, pierres immergées dans un ruisseau), les appliquer sur les zones du corps où le sang circule près de la peau : cou (carotides), aisselles, plis de l’aine, faces internes des poignets. Le refroidissement de ces zones permet un impact direct sur la température sanguine centrale, particulièrement efficace.
Étape 6 : Appeler les secours au 15 (SAMU) ou 112 (numéro européen). Une fois les premiers gestes engagés (ne pas perdre de temps précieux en appelant en premier), contacter les secours en fournissant les informations essentielles : nature de la blessure (suspicion de coup de chaud à l’effort), position GPS précise transmise depuis l’application IGN Rando ou Iphigénie, âge et sexe de la victime, symptômes constatés, gestes déjà entrepris. Les secours pourront décider d’une évacuation héliportée dans les cas graves. La position GPS précise fait probablement gagner 15-30 minutes cruciales dans l’intervention.
Ce qu’il ne faut SURTOUT pas faire
Plusieurs erreurs classiques peuvent aggraver dramatiquement une situation de coup de chaud à l’effort. Les identifier permet de les éviter systématiquement, même sous le stress de l’urgence.
Ne pas faire boire la victime si elle est inconsciente ou confuse. Le réflexe naturel de « lui donner à boire » peut être catastrophique. Une personne dont l’état de conscience est altéré risque une fausse route (passage du liquide dans les poumons au lieu de l’œsophage), qui peut provoquer une inhalation grave voire un arrêt respiratoire. Si la victime est parfaitement consciente et capable d’avaler normalement, lui proposer de petites gorgées d’eau tiède (pas froide, qui peut provoquer un choc thermique digestif). Sinon, s’abstenir complètement et attendre les secours.
Ne pas continuer à marcher pour rejoindre un point de secours plus proche. Certaines victimes ou leurs compagnons paniqués décident de continuer à marcher pour rejoindre un refuge, un parking, une route accessible aux secours. C’est probablement l’une des pires décisions possibles : la production de chaleur par la marche annule tous les efforts de refroidissement et aggrave rapidement l’hyperthermie. Attendre les secours sur place constitue toujours la meilleure option.
Ne pas administrer de médicaments antipyrétiques (paracétamol, ibuprofène). Contrairement à une fièvre infectieuse classique, l’hyperthermie d’effort ne répond pas aux médicaments habituels qui réduisent la température corporelle. Pire, ces médicaments peuvent aggraver l’atteinte hépatique déjà provoquée par la chaleur. L’attente des secours et l’application du protocole de refroidissement mécanique restent probablement les seules mesures appropriées.
Ne pas envelopper la victime dans une couverture de survie face argentée vers l’extérieur. Cette erreur classique inverse l’effet recherché : la face argentée réfléchit vers l’intérieur la chaleur produite par le corps, aggravant l’hyperthermie. En cas d’utilisation de couverture de survie, positionner la face argentée vers l’extérieur pour renvoyer la chaleur solaire, ou mieux encore, ne pas envelopper mais utiliser la couverture comme abri tendu au-dessus de la victime.
Ne pas ignorer la persistance des symptômes après refroidissement. Même si la victime semble aller mieux après application du protocole de refroidissement, elle doit impérativement être évacuée en milieu médical. L’hyperthermie d’effort peut provoquer des lésions internes différées (hépatiques, rénales, musculaires) qui n’apparaissent qu’après plusieurs heures. La consultation médicale est obligatoire dans tous les cas suspectés.
La prévention : les 5 règles à respecter absolument
Comme dans toute urgence médicale grave, la prévention reste probablement infiniment plus efficace que la meilleure prise en charge après survenue. Cinq règles simples permettent de réduire considérablement le risque de coup de chaud à l’effort en 2026.
Règle 1 : Adapter les horaires de sortie. Comme nous le détaillions dans notre récent article sur les cinq règles d’or pour randonner à 35°C, le décalage des sorties aux heures fraîches constitue probablement la mesure préventive la plus efficace. Départ recommandé avant 7h du matin en période caniculaire, avec objectif de terminer les efforts intenses avant 11h. Reprise éventuelle en fin d’après-midi (après 17h) pour les portions restantes.
Règle 2 : Vérifier les conditions météorologiques avant chaque sortie. Consulter Météo France et Météo Blue les 24 heures précédant la sortie, avec attention particulière à la température ressentie (humidex), à l’humidité relative, à la présence de vent. Reporter la sortie en cas de combinaison défavorable (température supérieure à 30°C + humidité supérieure à 70 % + absence de vent). Choisir une altitude plus élevée si possible : gagner 500 mètres d’altitude réduit typiquement la température de 3-4°C.
Règle 3 : Hydrater très abondamment et régulièrement. Prévoir 1 litre d’eau par heure d’effort en conditions chaudes, avec ajout de sels minéraux (comprimés effervescents ou eau salée légère à 0,5-1 gramme par litre) pour compenser les pertes sudorales. Boire par petites gorgées toutes les 15-20 minutes plutôt qu’en grandes quantités espacées. Comme nous l’évoquions dans notre récent article sur l’importance du sel dans la gourde, l’apport en sodium est probablement aussi important que l’apport en eau elle-même.
Règle 4 : Adapter la difficulté à ses capacités du jour. Une randonnée exigeante après une nuit courte, une déshydratation matinale (alcool la veille), une maladie récente, une prise de médicaments diurétiques ou antihistaminiques, augmente considérablement le risque. En cas de doute sur sa forme, choisir un itinéraire modeste (moins de dénivelée, moins de distance, présence d’ombres régulières) plutôt qu’un objectif ambitieux.
Règle 5 : Écouter son corps et faire demi-tour sans culpabilité. Les premiers signes de fatigue anormale, de mal de tête, de perte d’appétit soudain, doivent alerter et déclencher un arrêt immédiat de l’effort. Comme nous le mentionnions dans notre récent article sur les six conseils pour randonner avec des enfants, l’acceptation du demi-tour reste probablement la meilleure preuve de maturité sportive en montagne.
Les randonneurs à risque particulier
Certaines catégories de randonneurs présentent un risque accru d’hyperthermie d’effort et doivent redoubler de prudence en conditions caniculaires. Identifier son profil personnel permet d’adapter la préparation en conséquence.
Les débutants et randonneurs occasionnels présentent un risque particulièrement élevé, car leur système de thermorégulation n’a pas eu le temps de s’adapter à l’effort régulier. Le processus d’acclimatation à la chaleur demande typiquement 10 à 14 jours d’exposition progressive pour être efficace. Un urbain sédentaire qui part directement en trek en juillet-août sans préparation préalable expose son organisme à une gestion thermique très difficile.
Les personnes en surpoids ou obèses présentent un risque augmenté en raison de l’isolation thermique supérieure du tissu adipeux, qui limite les échanges thermiques avec l’extérieur. Le rapport surface corporelle sur volume total étant moins favorable, la dissipation de chaleur est mécaniquement plus difficile. Ce facteur peut être compensé par une hydratation renforcée et une adaptation de l’intensité.
Les randonneurs sous médicaments doivent être particulièrement vigilants. Plusieurs classes médicamenteuses altèrent la thermorégulation : diurétiques (traitement hypertension, insuffisance cardiaque), antihistaminiques (allergies), certains antidépresseurs (ISRS, tricycliques), bêta-bloquants, neuroleptiques. Consulter son médecin traitant avant tout projet de randonnée estivale prolongée pour évaluer les précautions spécifiques nécessaires.
Les enfants et adolescents présentent une thermorégulation moins efficace que les adultes en raison de leur rapport surface/volume corporel différent et de leur moindre capacité de sudation. Comme nous le détaillions dans notre récent article sur les six conseils pour randonner avec des enfants, l’adaptation des randonnées aux capacités physiologiques de l’enfant devient particulièrement critique en été.
Les seniors de plus de 65 ans présentent également un risque accru en raison d’une diminution progressive de la capacité de sudation liée à l’âge, d’une thermorégulation moins efficace, et d’une possible prise de médicaments interférents. Adaptation des efforts, hydratation renforcée, sortie en groupe pour bénéficier d’une surveillance mutuelle : autant de mesures qui préservent la sécurité tout en conservant le plaisir de la pratique. Comme nous l’évoquions dans notre récent article sur les cinq villes européennes idéales pour la retraite d’un randonneur, plusieurs destinations proposent des conditions climatiques particulièrement adaptées aux pratiquants seniors.
1. Reconnaître les 4 symptômes : confusion/vertige, fatigue soudaine intense, nausées/vomissements, peau très chaude parfois sèche (arrêt de sudation = urgence absolue).
2. Arrêter immédiatement l’effort, allonger la victime à l’ombre.
3. Desserrer ou retirer les vêtements, dégager au maximum la peau.
4. Refroidir : eau sur cou/aisselles/aine, immersion dans un cours d’eau si possible.
5. Ventiler avec un t-shirt agité, une carte pliée, pour amplifier l’évaporation.
6. Appliquer du froid sur les gros axes vasculaires (cou, aisselles, aine, poignets).
7. Appeler le 15 (SAMU) ou 112 (numéro européen) avec position GPS précise.
8. NE JAMAIS faire boire une victime inconsciente ou confuse, NE JAMAIS continuer à marcher, NE PAS donner de paracétamol ou d’ibuprofène.
Rappel critique : la fenêtre thérapeutique optimale se situe dans les 30 premières minutes après l’apparition des symptômes graves. Chaque minute compte. Une prise en charge très rapide ramène le taux de mortalité de 30-40 % à moins de 5 %. Le refroidissement immédiat sur le terrain, avant même l’arrivée des secours, constitue probablement le geste qui sauve. En cas de doute sur l’état d’une personne en randonnée par temps chaud, ne jamais hésiter à appeler les secours. Un appel inutile est infiniment préférable à un décès évitable.
L’idée à retenir
Le coup de chaud à l’effort constitue probablement l’une des urgences vitales les plus graves et les plus méconnues du randonneur francophone en 2026. Contrairement aux accidents traumatiques (chutes, entorses, fractures) qui bénéficient d’une meilleure sensibilisation, l’hyperthermie d’effort reste largement sous-évaluée dans la culture rando française, alors qu’elle tue chaque année plusieurs sportifs et randonneurs en pleine santé apparente.
La connaissance des trois facteurs environnementaux déclenchants (chaleur, absence de vent ou vent chaud, humidité élevée), la reconnaissance précoce des quatre symptômes vitaux (confusion, fatigue soudaine, nausées, peau chaude et sèche), et l’application immédiate du protocole de secours en six gestes constituent probablement les compétences les plus importantes à acquérir avant tout projet de randonnée estivale prolongée en 2026 et dans les années à venir.
La prévention reste évidemment infiniment préférable au traitement d’urgence. Adaptation des horaires aux heures fraîches, vérification systématique des conditions météo, hydratation renforcée avec sels minéraux, choix de sorties adaptées à sa forme du jour, écoute attentive de son corps : autant de règles simples qui protègent efficacement contre le risque le plus grave de la randonnée estivale contemporaine.
Comme nous l’évoquions dans nos récents articles sur les cinq règles d’or pour randonner à 35°C, sur les neuf essentiels sécurité pour randonneur solo, et sur l’accident du randonneur empalé sur son bâton sur le Granite Peak, la sécurité en randonnée en 2026 exige une préparation plus rigoureuse que celle des décennies passées. Non pas parce que la montagne serait devenue plus dangereuse, mais parce que la compréhension scientifique des risques progresse et permet d’éviter des drames autrefois considérés comme inévitables. Bonne saison rando 2026, avec vigilance thermique renforcée, respect de son corps et prudence face à la canicule. Partagez cette information autour de vous, elle peut littéralement sauver des vies. Cet article n’a pas vocation médicale : en cas d’urgence réelle, contacter immédiatement le 15 (SAMU) ou le 112 (numéro européen), et suivre les instructions des professionnels de santé.
- Société Française de Médecine d’Urgence, recommandations sur la prise en charge de l’hyperthermie d’effort
- Santé publique France, épidémiologie des décès liés à la chaleur
- Météo France, bulletins canicule et températures ressenties
- Organisation mondiale de la santé, changement climatique et impacts sur la santé





