Les mots croisés pour garder la tête en forme, c’est bien. Mais une nouvelle étude publiée dans la revue Neurology pointe vers quelque chose d’encore plus efficace : marcher vite. Et pas à n’importe quel âge, mais passé 80 ans. Bonne nouvelle pour tous ceux qui enfilent encore leurs chaussures de rando chaque week-end, la France restant l’un des pays les plus actifs sur les sentiers au monde.
Les « super marcheurs » de 80 ans, c’est quoi exactement ?
Des chercheurs de l’Albert Einstein College of Medicine, dont la Dr Sofiya Milman, ont analysé les données de près de 4 000 adultes âgés inscrits dans une étude longitudinale sur le vieillissement. Chaque participant avait passé un test de marche chronométré. Les 9 % les plus rapides, ceux dont la vitesse de marche dépassait d’au moins 1,5 écart-type la moyenne de leurs pairs du même âge, ont reçu un nom : les « super movers », soit les super marcheurs.
Ces personnes ne se contentent pas d’être en forme physiquement. Elles affichent aussi une résistance remarquable face au déclin cognitif. Le chiffre clé de l’étude : les super marcheurs ont environ 50 % moins de risques de développer un déclin cognitif que leurs contemporains plus lents. « C’est très impressionnant », résume la Dr Milman.
Pourquoi marcher vite protège aussi le cerveau
La connexion entre jambes et neurones n’est pas une intuition, c’est de la biologie. Bonnie Tsui, auteure de On Muscle: The Stuff That Moves Us and Why It Matters, l’explique simplement : le muscle est un tissu endocrinien. Quand on se déplace, les muscles libèrent des molécules de signalisation qui agissent sur d’autres systèmes du corps, notamment en stimulant la croissance des cellules cérébrales et en régulant le métabolisme.
Parmi ces molécules, le BDNF (facteur neurotrophique dérivé du cerveau) joue un rôle central. Cette protéine aide à réguler le glucose et soutient la survie et le maintien des neurones, ce qui se traduit concrètement par une meilleure mémoire et une meilleure fonction cognitive. Des recherches antérieures avaient déjà établi un lien entre l’exercice régulier et un plus grand volume de l’hippocampe, la zone du cerveau dédiée à la mémoire et à la navigation spatiale. Cette nouvelle étude confirme que les super marcheurs tendent à préserver ce volume hippocampique en vieillissant.
Marcher vite mobilise aussi l’équilibre, la coordination et la force musculaire. Ce sont précisément ces capacités qui, combinées, forment le socle d’une bonne santé générale. Le Dr Amit Saini, gériatre chez Kaiser Permanente en Californie du Nord, le formule clairement : la capacité à bien marcher est un marqueur de santé globale, car elle engage simultanément de nombreux systèmes du corps.
Ce que ça change concrètement pour les randonneurs
Sur le sentier, on pense souvent que l’important est de tenir la distance ou le dénivelé. Cette étude invite à réfléchir autrement : le rythme compte aussi. Pas besoin de courir, ni de transformer chaque sortie en compétition. Mais maintenir une allure soutenue, ne pas traîner, garder un pas dynamique même sur les portions plates, c’est exactement ce type d’effort qui entretient les muscles et, par ricochet, le cerveau.
La rando est par nature une activité qui sollicite l’équilibre (terrain irrégulier, cailloux, racines), la coordination (poser le pied juste, anticiper la pente) et la puissance musculaire (montées, descentes avec charge). Elle coche donc toutes les cases identifiées par l’étude. Et si vous cherchez un terrain qui met tout ça à l’épreuve dès cet été, les gorges et cascades françaises offrent des sentiers techniques qui obligent naturellement à rester attentif et actif à chaque pas.





