Chaque été, près de 20 000 randonneurs s’élancent sur le GR 20 corse. Résultat : goulots d’étranglement sur les passages techniques, refuges bondés et écosystèmes sous pression. Le Parc Naturel Régional de Corse commence à serrer la vis, et un contingentement strict n’est plus à exclure. On vous explique ce qui se passe, et ce que ça change concrètement pour votre prochain projet insulaire. La question de la surfréquentation des sites naturels emblématiques touche désormais la haute montagne corse autant que les lacs pyrénéens.
Un sentier mythique qui déborde
Le GR 20 traverse la Corse du nord au sud sur environ 180 km, avec des dénivelés cumulés qui en font l’un des sentiers les plus exigeants d’Europe. Sa réputation n’est plus à faire, et c’est précisément là le problème. Avec un flux estimé à près de 20 000 randonneurs par saison, selon la Fédération Française de la Randonnée Pédestre, le sentier encaisse une pression considérable sur ses milieux de haute montagne, déjà fragiles par nature.
Les passages techniques les plus exposés se transforment en véritables bouchons dès le mois de juillet. Au-delà de l’inconfort, c’est une question de sécurité : quand trop de monde se retrouve simultanément sur une vire ou une crête, le risque d’accident augmente mécaniquement. L’érosion des sentiers suit la même logique, et certaines zones autrefois préservées montrent des signes visibles de dégradation.
Ce que le Parc Naturel Régional a déjà mis en place
Le Parc Naturel Régional de Corse, gestionnaire des refuges du GR 20, n’est pas resté les bras croisés. Plusieurs dispositifs ont été déployés pour tenter de canaliser le flux :
La réservation obligatoire dans les refuges constitue le premier levier. Elle impose désormais une préparation bien en amont de l’itinéraire : réservation anticipée, conditions d’annulation à respecter, gestion des reports d’étape en cas d’imprévu météo ou physique. Pour les habitués du bivouac sauvage et de l’improvisation, c’est un changement de culture.
Des patrouilles de gardes sillonnent le sentier pour contrôler le respect des règles et orienter les randonneurs. Le Parc a également expérimenté, à titre ponctuel, l’usage de drones pour surveiller certaines zones sensibles, notamment les secteurs difficiles d’accès à pied pour les agents.
À titre de comparaison, la réserve naturelle de Scandola applique déjà un système de quotas strict, avec QR codes et limitations quotidiennes pour les accès par la mer. Un modèle qui pourrait inspirer la gestion du GR 20 sur terre.
Faut-il instaurer des quotas stricts ?
La question divise. D’un côté, les partisans d’un contingentement strict avancent des arguments solides : la hausse continue du tourisme de randonnée, la fragilité avérée des écosystèmes alpins corses et la multiplication des incidents liés à l’affluence. Fixer un nombre maximal de randonneurs par jour et par étape, contrôlé par des réservations nominatives et des vérifications sur le terrain, permettrait de réduire l’érosion, de sécuriser les passages exposés et de préserver la qualité de l’expérience.
De l’autre côté, certains voient dans cette démarche une atteinte à la liberté de randonner. La FFRandonnée nuance ce débat en rappelant qu’un tel dispositif s’apparente davantage à une extension logique des conseils de sécurité qu’à une restriction liberticide. Les refuges imposent bien depuis longtemps un nombre de places limité : pourquoi l’approche serait-elle différente pour les sentiers eux-mêmes ?
Deux alternatives pour ceux qui veulent fuir la foule
Bonne nouvelle pour les randonneurs qui préfèrent le calme à la queue devant un couloir rocheux : la Corse recèle d’autres itinéraires de grande qualité, bien moins fréquentés.
Le Mare a Mare Nord (7 jours)
Cet itinéraire traverse la Corse d’est en ouest, entre mer et montagne, en sept jours de marche. Les dénivelés y sont plus modérés qu’au GR 20, ce qui le rend accessible à un plus large public. Il offre une immersion dans les villages corses de l’intérieur, loin des plateaux minéraux et des cohues estivales. À retrouver dans le topoguide FFRandonnée « Corse – Entre mer et montagne ».
Le Sentier des Douaniers (3 jours)
Tracé le long du Cap Corse sur trois jours de marche, ce sentier côtier propose une expérience radicalement différente du GR 20 : mer omniprésente, maquis odorant, petits villages perchés. Les dénivelés restent raisonnables et le sentier offre des points de vue constants sur la Méditerranée. Idéal en dehors du mois d’août pour profiter d’une atmosphère plus apaisée.
Face à une fréquentation record, ces alternatives méritent clairement d’être considérées, d’autant que les mesures de régulation du GR 20 vont vraisemblablement se durcir dans les prochaines saisons. Et si vous cherchez d’autres idées pour randonner à l’écart des circuits ultra-courus, notre sélection de 7 randos françaises fraîches même par forte chaleur pourrait aussi vous donner des pistes pour cet été.





