Le vendredi 2 mai 2025, le mont Dukono, sur l’île d’Halmahera en Indonésie, a explosé pendant qu’un groupe de 20 randonneurs se trouvait près du cratère.
Trois personnes ont perdu la vie, dont deux Singapouriens et un Indonésien.
Le guide Reza Selang, qui les accompagnait, a tout vécu de l’intérieur. Son témoignage pose des questions auxquelles chaque randonneur qui fréquente des zones à risque devrait s’arrêter, comme nous l’évoquions dans notre article sur Angels Landing et les sentiers dangereux que les randonneurs continuent de fréquenter malgré tout.
Un matin calme, une éruption en 60 secondes
Reza Selang gère une société de tours dans le Nord des Moluques. L’année précédente, un organisateur singapourien, Timothy Heng, l’avait contacté pour guider un groupe sur le Dukono et d’autres sommets de la région. Le jeudi, le groupe entame l’ascension dans l’après-midi : aucune activité volcanique visible, pas de fumée, pas de vibrations particulières.
Le lendemain matin, même constat au sommet. Reza envoie son drone au-dessus du cratère. Rien à signaler. Il autorise 14 membres du groupe à s’approcher du bord, lui restant en contrebas avec le reste des randonneurs.
À 07h40, il relance le drone pour surveiller la progression. Une minute plus tard, le Dukono entre en éruption.
« En l’espace d’une minute, deux éruptions. La première n’a libéré que de la fumée. Quinze à vingt secondes plus tard, la deuxième a tout craché », raconte-t-il à la BBC.
Les 14 randonneurs dévalent la pente. Reza repère via son drone un homme allongé près du cratère : Shahin Muhrez bin Abdul Hamid, un Singapourien, incapable de fuir seul. Reza remonte. Timothy Heng, qui s’était d’abord mis à l’abri avec le groupe, fait demi-tour lui aussi pour aider.
Les deux hommes traînent Shahin vers le bas pendant que des blocs volcaniques pleuvent autour d’eux. Puis le cratère projette un rocher d’environ 2 mètres de diamètre qui dévale la pente dans leur direction. « Timothy s’est retourné et, en une fraction de seconde, il a serré Shahin dans ses bras », décrit Reza. Le rocher les écrase tous les deux sur le coup. Reza reste figé une minute entière. Puis il descend en courant et alerte les secours, qui lancent immédiatement les opérations de recherche et d’évacuation.
Un volcan interdit depuis le 17 avril, mais le guide ne le savait pas
Ce détail change tout à la lecture de l’événement. Les autorités indonésiennes avaient suspendu les permis d’ascension du Dukono dès le 17 avril, soit deux semaines avant l’éruption mortelle. La zone dans un rayon de 4 km autour du cratère était officiellement interdite. Des avertissements avaient été diffusés sur les réseaux sociaux et des panneaux installés à l’entrée des sentiers.
Reza affirme n’avoir été informé de rien. Ni par les canaux officiels, ni par les villageois locaux qu’il emploie régulièrement comme assistants de randonnée. Le Dukono avait pourtant déjà connu plus de 200 éruptions depuis fin mars 2025. Cette accumulation d’alertes ignorées ou non transmises soulève une question concrète pour n’importe quel randonneur qui prépare un trek sur un volcan actif : à qui vérifier l’information, et comment.
Ce que ce drame dit des treks en zone volcanique
Le mont Dukono n’est pas un volcan anecdotique. Situé dans le nord de l’île d’Halmahera, en Indonésie, il figure parmi les volcans les plus actifs d’un archipel qui en compte des centaines. Les randonneurs qui partent en trek dans cette région, ou sur d’autres volcans actifs d’Asie du Sud-Est, comme le Merapi à Java ou le Rinjani à Lombok, le font souvent dans un flou réglementaire difficile à déchiffrer depuis l’Europe.
L’accident du Dukono illustre une mécanique bien connue des guides et des organisateurs de circuits : la pression du groupe, la météo favorable le matin J, l’absence de signal d’alarme immédiat peuvent conduire à la décision d’y aller alors que les conditions de fond restent dangereuses. Reza l’a lui-même dit : le calme apparent du cratère, confirmé par son drone, l’a rassuré. Une éruption peut ne donner aucun signe précurseur visible pendant plusieurs heures avant de se déclencher.
Pour les amateurs de rando qui rêvent de sommets volcaniques, l’équipement emporté joue aussi un rôle, même si aucun sac à dos ne protège d’un bloc de 2 mètres. Avoir les bons réflexes, connaître les voies de fuite, rester sous le vent, ne jamais descendre dans un cratère actif : autant de règles élémentaires que certains guides locaux intègrent et d’autres non. Si vous préparez un trek avec bivouac dans une région reculée, les retours d’expérience de randonneurs aguerris sur leur équipement de bivouac donnent de bonnes bases, mais la sécurité en zone volcanique dépend avant tout de l’information et de la décision de ne pas y aller quand le doute est là.
Reza Selang : « Je suis encore dévasté »
Trois jours après l’éruption, Reza a répondu au téléphone à la BBC depuis le Nord des Moluques.
« Il n’y a pas de mots. Encore maintenant je me sens déchiré, je n’arrive toujours pas à y croire. Je suis profondément dévasté. »
Le guide a survécu. Timothy Heng et Shahin Muhrez bin Abdul Hamid sont morts sur la montagne. Un troisième randonneur indonésien a également perdu la vie. Les 17 autres membres du groupe ont été évacués sains et saufs.
Les corps ont été récupérés par les secours le samedi suivant l’éruption. Les autorités indonésiennes ont ouvert une enquête pour comprendre comment le groupe a pu accéder au volcan malgré l’interdiction en vigueur depuis deux semaines.




