Il est un peu plus de 2 heures du matin. Le vent hurle au sommet du Mont Fuji. La visibilité est quasi nulle. Sur une civière, un randonneur est évacué en urgence par une équipe de sauveteurs épuisés. Sa faute ? Avoir tenté l’ascension hivernale du volcan le plus célèbre du Japon… une pratique pourtant strictement interdite.
Ces images, devenues tristement banales, illustrent un phénomène en pleine explosion : le « bullet climbing », une tendance aussi spectaculaire que dangereuse qui pousse les autorités japonaises à prendre des mesures radicales.
Bullet climbing : une tendance virale aux conséquences mortelles
Le bullet climbing pourrait se traduire par « gravir un sommet à toute vitesse ». L’objectif : monter et redescendre une montagne d’un seul trait, souvent de nuit, avec très peu de pauses, parfois sans dormir, pour être parmi les premiers à admirer le lever du soleil.
Sur le Mont Fuji, cette pratique est devenue incontrôlable. Certains randonneurs s’élancent en pleine nuit, hors saison, malgré des températures négatives, des vents pouvant dépasser 100 km/h et une visibilité souvent réduite à quelques mètres.
Les risques sont multiples : mal aigu des montagnes, épuisement extrême, déshydratation, chutes dues à la fatigue. En 2024, six personnes ont perdu la vie sur les pentes du volcan.
Des sauvetages à répétition qui mobilisent des moyens colossaux
Hors saison, chaque intervention relève de l’exploit. Les sauveteurs doivent progresser dans des conditions extrêmes, parfois toute la nuit, pour secourir des randonneurs mal équipés ou totalement inconscients des dangers.
En hiver 2026, malgré la fermeture officielle des sentiers, plusieurs personnes ont été interceptées en train de grimper clandestinement. Parmi elles, un étudiant chinois, emmitouflé dans une combinaison épaisse, a mobilisé une dizaine de secouristes jusqu’au petit matin après s’être cassé la jambe. Il expliquera vouloir simplement « profiter de la beauté des paysages enneigés ».
Un an plus tôt, en avril, un autre randonneur de 27 ans avait été secouru… deux fois en moins d’une semaine. D’abord en détresse respiratoire à 3 000 mètres d’altitude. Puis, à peine sorti de l’hôpital, il était remonté pour récupérer son téléphone perdu lors de la première ascension.
Le surtourisme menace le statut UNESCO du Mont Fuji
Derrière ces comportements à risque se cache un problème plus large : le surtourisme. Chaque année, des centaines de milliers de visiteurs affluent sur le volcan, mettant en péril son écosystème et son image.
Les autorités japonaises craignent même pour le maintien de son inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO. Sur certains points de vue, trop populaires sur les réseaux sociaux, des montagnes de déchets ont été laissées par les visiteurs.
Dans un geste très symbolique, une ville voisine a même installé un filet géant pour bloquer la vue sur le volcan et décourager les foules venues uniquement pour une photo.
Des mesures de plus en plus strictes pour freiner les comportements dangereux
Face à l’urgence, le Japon a durci sa réglementation. Depuis 2024, l’ascension du Mont Fuji est devenue payante. En 2025, le tarif a été doublé : plus de 20 euros pour accéder au sommet.
Le nombre de randonneurs est désormais limité à 4 000 personnes par jour sur le sentier principal. Mais ce n’est pas tout.
Grimper sur des sentiers fermés expose désormais les contrevenants à une amende pouvant atteindre 1 800 euros et jusqu’à six mois de prison. Une décision rare dans le monde de la randonnée, mais jugée nécessaire face à la multiplication des accidents.
Quand la quête de performance fait oublier la montagne
Le Mont Fuji n’est pas un simple décor Instagram. C’est un volcan actif, une montagne sacrée, et un environnement extrême qui ne pardonne pas l’erreur. Le phénomène du bullet climbing illustre une dérive plus globale : celle d’une randonnée transformée en défi de vitesse, au détriment de la sécurité et du respect du milieu naturel.
Au Japon, le message est désormais clair : la montagne n’est pas un terrain de jeu sans règles. Et ceux qui l’oublient risquent désormais bien plus qu’un lever de soleil manqué.




