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L’IA de Google leur prépare l’itinéraire : trois randonneurs finissent secourus à 4 000 m

Arnaud Houde par Arnaud Houde
Publié le 5 octobre 2026
Lecture 7 min
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Trois randonneurs novices ont demandé à l’intelligence artificielle de Google de leur préparer une ascension du mont Shasta, en Californie. Ils ont suivi le plan obtenu, et ils ont terminé la journée escortés par les secours, épuisés et presque à sec, après une descente de nuit sur un itinéraire qu’ils ont quitté. Le récit circule largement, relayé notamment par plusieurs médias.

L’affaire dépasse le fait divers, parce qu’elle pose une question que beaucoup de randonneurs se posent désormais concrètement : jusqu’où peut-on confier la préparation d’une sortie à un chatbot ?

Ce qui était prévu, et ce qui s’est passé

Le déroulé est documenté, et il est instructif dans le détail.

Les trois hommes venaient de Roseville, en Californie. Peu expérimentés en haute montagne, ils ont préparé leur sortie avec Google Gemini : itinéraire, durée de marche et rations d’eau.

  • le plan : un aller-retour au sommet évalué à huit heures ;
  • le départ : à 3 heures du matin, depuis un camp situé vers 2 560 mètres ;
  • la réalité : le sommet atteint seulement vers 19 heures, soit près de seize heures d’effort ;
  • la suite : descente de nuit, à court d’eau et de calories.

En descendant, ils ont quitté l’itinéraire balisé et se sont engagés dans le raide Mud Creek Canyon, où l’un d’eux s’est blessé au genou. Le shérif du comté de Siskiyou, cité par le Chicago Tribune, parle d’une « grave erreur » et précise que les randonneurs ont été « conseillés par Gemini d’emporter bien moins de nourriture et d’eau que nécessaire, surtout quand leur ascension prévue en huit heures s’est transformée en expédition de plusieurs jours ».

Le décalage entre le plan et la réalité n’a rien d’anecdotique. Une sortie qui double de durée ne double pas seulement la fatigue : elle change la nature du problème. Ce qui était une randonnée à la journée devient une situation de survie, avec une question qui n’avait jamais été posée au départ, celle de savoir où et comment passer la nuit.

Pourquoi un chatbot ne peut pas remplacer un topo

La raison technique est simple, et elle vaut pour tous les modèles de langage, pas seulement pour Gemini.

Un modèle de langage génère du texte. Il n’a aucune perception de la pente, de la neige ou de l’état réel des sentiers. Il peut combiner des données partielles, et parfois produire un itinéraire crédible sur le papier mais dangereux sur le terrain. C’est la différence fondamentale avec une application de cartographie dédiée, qui travaille sur des données géographiques structurées.

Le problème n’est donc pas que le chatbot se trompe parfois. C’est qu’il répond avec assurance à des questions qu’il ne peut pas vérifier : la durée réelle d’une montée, la quantité d’eau nécessaire pour un profil donné, l’état d’un sentier à une date précise. Autant d’éléments qui dépendent du terrain et du jour.

Nous avions déjà abordé ce sujet dans notre article sur pourquoi l’IA peut mettre les randonneurs en danger. Le cas du mont Shasta en donne une illustration concrète.

Ce ne sont pas des cas isolés

Le phénomène commence à être documenté, et les exemples se ressemblent.

  • l’an dernier, des randonneurs près de Vancouver se sont retrouvés en baskets dans la neige après avoir suivi les recommandations d’un chatbot ;
  • au Pérou, deux touristes ont cherché un « Sacred Canyon of Humantay » qui n’existait pas, avant d’être stoppés par un guide local.

Le point commun de ces trois affaires est frappant : dans aucun cas il ne s’agit d’un mauvais choix d’itinéraire au sens classique. Il s’agit d’une confiance excessive dans une réponse textuelle, appliquée à un milieu où l’erreur se paie en heures, en calories ou en sécurité. C’est un mécanisme que l’on retrouve aussi dans la façon dont les randonneurs utilisent les outils numériques, comme le montre notre article sur l’application qui signale les dangers en direct : l’outil aide, mais il ne décide pas.

Ce que les secouristes ont rappelé

Après le sauvetage, les rangers du US Forest Service et le shérif du comté de Siskiyou ont publié un rappel sur la difficulté du mont Shasta.

Leur recommandation tient en une phrase : « Il est toujours conseillé d’appeler le poste local des rangers du mont Shasta avant votre sortie pour obtenir les informations les plus fiables, et de ne jamais se fier uniquement à une IA pour planifier votre voyage. »

La formule mérite d’être retenue telle quelle. Elle ne dit pas que l’IA est inutile. Elle dit qu’elle ne peut pas être la source unique, et surtout pas la source principale, dès lors qu’il s’agit de sécurité.

La règle simple à garder en tête

On peut résumer la bonne pratique en une distinction nette entre ce qu’un chatbot peut faire et ce qu’il ne peut pas faire.

Ce qu’un chatbot peut aider à préparer :

  • définir des questions à poser à un office de tourisme ou à un poste de rangers ;
  • structurer une liste de matériel générique ;
  • expliquer une notion technique, un terme, un principe de progression.

Ce qu’il ne peut pas décider :

  • le choix de l’itinéraire, qui dépend de l’état du terrain à une date donnée ;
  • l’horaire de retour, qui dépend de votre rythme réel et des conditions ;
  • les rations d’eau et de nourriture, qui dépendent de la durée effective et de la chaleur ;
  • la faisabilité d’une sortie, qui dépend de la météo du jour et de votre expérience.

Autrement dit : un chatbot est un outil d’appoint, jamais la base d’une décision qui engage votre sécurité. Cette règle est la même que celle que nous appliquons aux outils numériques dans notre dossier sur les sentiers de randonnée dangereux : l’information la plus fiable reste locale et datée.

Comment préparer une sortie en montagne sans se tromper

Les bonnes pratiques sont anciennes, et elles n’ont pas changé. Elles se contentent de devenir plus nécessaires.

  • appeler le poste local : office de tourisme, maison du parc, poste de secours en montagne, refuge ;
  • utiliser un topo ou une application de cartographie dédiée, pas un dialogue en ligne ;
  • vérifier la météo le matin même, et renoncer si les prévisions se dégradent ;
  • prévoir large sur l’eau et les calories, en partant du principe que la sortie prendra plus de temps que prévu ;
  • annoncer son itinéraire et son horaire de retour à un proche, et le tenir informé.

Le quatrième point est celui qui a manqué aux trois randonneurs californiens, et c’est probablement le plus facile à corriger. Sur une sortie de plusieurs heures en montagne, une marge de sécurité sur la nourriture et l’eau coûte quelques centaines de grammes. L’erreur inverse se paie autrement.

Pour compléter la préparation, notre dossier sur préparer une sortie en montagne détaille la logistique, nos repères sur les signes d’alerte avant un orage aident à lire le ciel en direct, et notre article sur la fermeture d’une application de randonnée historique rappelle qu’un outil numérique peut aussi disparaître : d’où l’intérêt de garder une carte papier.

L’idée à retenir

Trois randonneurs novices ont laissé Google Gemini planifier leur ascension du mont Shasta : itinéraire, durée et rations. Le plan annonçait huit heures, la sortie en a duré seize, et elle s’est terminée par un sauvetage, une descente de nuit hors itinéraire et un genou blessé. Le shérif du comté de Siskiyou a parlé d’une « grave erreur » et rappelé, avec les rangers du US Forest Service, qu’il faut appeler le poste local avant une sortie et ne jamais se fier uniquement à une IA pour la planifier. La raison est structurelle : un modèle de langage n’a aucune perception de la pente, de la neige ou de l’état des sentiers. Il peut produire un itinéraire crédible sur le papier et dangereux sur le terrain. Un chatbot peut aider à préparer des questions. Il ne doit pas décider de l’itinéraire, de l’horaire de retour ni des rations.

Questions fréquentes

Peut-on utiliser une IA pour préparer une randonnée ?

Comme outil d’appoint, oui : pour comprendre une notion, structurer une liste de matériel ou préparer des questions. Pour décider d’un itinéraire, d’un horaire de retour ou de la quantité d’eau à emporter, non. Ces éléments dépendent de données que le modèle ne peut pas vérifier.

Pourquoi un chatbot se trompe-t-il sur une durée de marche ?

Parce qu’un modèle de langage génère du texte à partir de données partielles, sans perception du terrain. Il ne connaît ni la pente réelle, ni l’état du sentier, ni la neige présente au moment de la sortie.

Que s’est-il passé sur le mont Shasta ?

Trois randonneurs peu expérimentés ont suivi un plan préparé avec Google Gemini. L’ascension prévue en huit heures a duré près de seize heures. Ils sont descendus de nuit, ont quitté l’itinéraire balisé, l’un d’eux s’est blessé au genou, et ils ont été escortés par les secours.

Quelle est la source d’information la plus fiable avant une sortie en montagne ?

Le poste local des rangers, l’office de tourisme, la maison du parc ou le refuge. Ce sont les seuls interlocuteurs qui connaissent l’état réel du terrain à la date de votre sortie.

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Arnaud Houde

Passionné d’activités de plein-air et d’aventures, la randonnée a été pour moi une révélation il y a quelques années, raison pour laquelle j'ai décidé de lancer mapetiterando.fr afin de partager et faire découvrir au plus grand nombre la pratique de la randonnée.

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