Face à l’augmentation du nombre de morts et à la surfréquentation, le Népal s’apprête à durcir l’accès à l’Everest. Une nouvelle loi en préparation pourrait bientôt interdire aux grimpeurs novices de tenter l’ascension du plus haut sommet du monde sans expérience préalable en haute altitude.
Une ascension bientôt réservée aux alpinistes expérimentés
Selon le projet de loi examiné actuellement par le parlement népalais, seuls les grimpeurs ayant déjà réussi l’ascension d’un sommet de plus de 7 000 mètres au Népal pourront obtenir un permis pour gravir l’Everest (8 849 m). Ce nouveau critère vise à réduire les accidents mortels dus à l’inexpérience.
En plus de cette exigence, les alpinistes devront désormais fournir un certificat médical délivré par un hôpital ou une structure agréée par l’État népalais, preuve de leur aptitude physique à affronter les conditions extrêmes de l’Himalaya.
Un Everest devenu victime de son succès
Cette réforme fait suite à une série de mesures prises ces dernières années pour limiter les dangers sur l’Everest. En janvier, le gouvernement avait déjà annoncé une augmentation de 36 % des frais pour les alpinistes étrangers. L’ascension par la voie sud pendant la haute saison coûte désormais 15 000 dollars, contre 11 000 auparavant.
Depuis septembre, les ascensions en solitaire sont également interdites : tout grimpeur doit être accompagné d’un guide qualifié. Il reste toutefois à déterminer si les guides étrangers seront reconnus par les autorités népalaises.
Un sommet souillé et saturé
La période de mars à mai, très prisée pour les ascensions, entraîne une surpopulation dramatique sur la montagne. Les longues files d’attente près du sommet, les déchets abandonnés et même les excréments humains visibles sur les rochers posent désormais un problème sanitaire et environnemental majeur.
« Nos montagnes commencent à sentir mauvais. On reçoit des plaintes concernant des excréments humains visibles, et certains grimpeurs tombent malades », témoigne un sherpa auprès de la BBC.
Un projet de loi qui fait débat
Les agences de voyage spécialisées dans l’alpinisme craignent que cette nouvelle législation nuise à leur activité. Lukas Furtenbach, directeur de l’entreprise autrichienne Furtenbach Adventures, appelle les autorités népalaises à élargir les critères : « Il faudrait inclure d’autres sommets proches des 7 000 mètres, comme l’Ama Dablam, l’Aconcagua ou le Denali, qui servent souvent de préparation ».
Malgré ces critiques, le texte devrait être adopté sans difficulté : la coalition au pouvoir au Népal dispose de la majorité parlementaire nécessaire pour faire passer la réforme.
Une nouvelle ère pour l’alpinisme himalayen ?
Si la loi est adoptée, l’Everest pourrait bientôt devenir un objectif réservé aux alpinistes aguerris, dotés d’une solide expérience en haute montagne. Une évolution qui pourrait, à terme, améliorer la sécurité, limiter l’impact écologique et redonner au toit du monde sa part de majesté.



