En Italie, ce faux site antique de 5 000 m² a trompé des touristes pendant des années
À Arcugnano, près de Vicence, un vaste décor présenté comme un site antique a attiré des visiteurs, accueilli des événements et nourri une histoire spectaculaire avant que l’enquête ne mette en cause son authenticité. Les sources de presse décrivent des constructions récentes, une condamnation devenue définitive et une remise en état dont le calendrier et le coût restent incertains.
Au premier regard, le lieu avait tout d’un vestige impressionnant. Dans les collines de Vénétie, un amphithéâtre, des colonnes, des statues et un bassin composaient un décor assez évocateur pour donner l’impression d’une découverte exceptionnelle. L’ensemble n’était pas présenté comme un simple jardin à thème : il était associé à plusieurs civilisations et à des personnages célèbres de l’histoire.
Pendant plusieurs années, des voyageurs venus de différents pays ont franchi ses portes. Ils pouvaient venir pour une visite guidée, une conférence ou un concert, avec la promesse d’un face-à-face inhabituel avec l’Antiquité. Or cette Antiquité n’en était pas une : les éléments rapportés par la presse décrivent un complexe fabriqué de toutes pièces sur une colline d’Arcugnano.
Un amphithéâtre au milieu des collines de Vénétie
Le site portait le nom d’« Anfiteatro Marittimo Berico Porto degli Angeli ». Les articles consacrés à l’affaire le décrivent comme un ensemble d’environ 5 000 m², où se mêlaient des références au Néolithique, au monde grec et à la période romaine. Pierres, formes monumentales, sculptures et perspectives étaient disposées pour donner au visiteur le sentiment de pénétrer dans un passé enfoui.
Le récit proposé au public ne reposait pas uniquement sur les éléments visibles. Franco Malosso, qui se faisait aussi appeler « Frank von Rosenfranz », affirmait avoir découvert les vestiges en 2005, après un glissement de terrain. Cette version transformait un chantier en révélation archéologique et permettait de présenter les constructions comme les restes d’un lieu oublié, plutôt que comme un aménagement contemporain.
Les récits attribués au créateur ajoutaient des personnages et des époques prestigieuses. Le site aurait été fréquenté par les Romains, les Templiers, Jules César et Cléopâtre. Un lien était également établi avec Juliette Capulet, héroïne fictive imaginée par William Shakespeare dans Roméo et Juliette. Ce mélange de références historiques, religieuses et littéraires pouvait alimenter la curiosité, mais il faisait aussi apparaître des contradictions pour qui vérifiait la chronologie.
Des incohérences historiques derrière le décor
L’une des contradictions citées concerne la date de construction avancée dans le récit. Franco Malosso aurait situé sa fondation en 393 après Jésus-Christ, tout en évoquant la présence de Jules César. César est mort plusieurs siècles avant cette date. Cette incohérence ne suffit pas, à elle seule, à établir la nature récente des structures, mais elle montre combien l’histoire racontée aux visiteurs assemblait des références éloignées.
Le lieu aurait par ailleurs changé plusieurs fois d’appellation. Cette succession de noms pouvait entretenir une part de mystère, tout en rendant moins lisible ce que le public était réellement invité à visiter. Des plateformes consultées par les voyageurs auraient aussi recueilli des commentaires favorables, ce qui illustre la capacité d’une mise en scène cohérente à prendre le dessus sur une vérification historique détaillée.
Les tarifs rapportés par les articles renforçaient l’étrangeté de l’affaire. Les visiteurs étrangers auraient payé environ 14 euros, tandis que les habitants italiens auraient dû débourser 40 euros. Cette différence est présentée comme un choix destiné à limiter la venue de personnes susceptibles de reconnaître les lieux ou de relever plus vite les anomalies. Il s’agit de tarifs historiques rapportés dans le cadre de cette affaire, et non d’une indication valable pour une visite actuelle.
Visites guidées, conférences et concerts
L’affaire ne se résumait donc pas à quelques fausses pierres posées dans un jardin privé. Le site était intégré à une véritable expérience de visite. Des parcours guidés étaient proposés, avec des explications destinées à replacer les constructions dans une histoire ancienne. Des conférences et des concerts auraient également eu lieu dans l’amphithéâtre, donnant au complexe une programmation et une apparence d’institution culturelle.
Cette dimension explique en partie pourquoi le décor a pu attirer des touristes pendant plusieurs années. Une ruine isolée peut susciter le doute ; un lieu doté d’un nom, d’un récit, de billets et d’animations paraît plus facilement inscrit dans le paysage touristique. Le visiteur ne regarde plus seulement une structure : il suit une histoire, écoute un guide et repart avec l’impression d’avoir découvert une curiosité confidentielle.
Le mécanisme repose alors moins sur une seule affirmation que sur un ensemble d’indices concordants en apparence. Une appellation savante, des références à des périodes connues et un parcours organisé peuvent donner une impression d’ancienneté, même lorsque les éléments matériels ne sont pas documentés par des institutions patrimoniales. C’est cette combinaison qui rend une vérification extérieure particulièrement importante.
Le signalement de la municipalité en 2016
Les doutes sont apparus après l’ouverture du lieu. En 2016, la municipalité d’Arcugnano a effectué un signalement au sujet des travaux menés sur la colline et de l’absence d’autorisations nécessaires, selon les sources de presse consultées. Les investigations ont alors porté à la fois sur la légalité des constructions et sur l’histoire archéologique mise en avant auprès des visiteurs.
Des images satellites étudiées par les autorités auraient montré le déboisement progressif et les terrassements réalisés sur le terrain. Ces images ne suffisent pas à reconstituer tout le fonctionnement du complexe, mais elles apportaient un indice important : les formes monumentales n’étaient pas apparues simplement à la faveur d’un glissement de terrain. Elles étaient liées à des travaux modernes, menés par étapes sur la colline.
Les enquêteurs ont finalement retenu l’hypothèse d’une construction artificielle destinée notamment à accueillir un public payant. Le lieu ne correspondait donc pas au site archéologique découvert par hasard que son créateur décrivait. Cette conclusion, telle qu’elle est rapportée par les articles disponibles, a ouvert la voie à des poursuites portant sur plusieurs catégories d’infractions.
Une condamnation rapportée par la presse
Franco Malosso a été poursuivi pour des infractions liées à l’urbanisme, à la construction de structures sans autorisation et à la reproduction d’œuvres artistiques. L’Écho touristique rapporte une condamnation définitive à 28 mois de prison, 3 000 euros d’amende et 3 500 euros au titre des frais de justice. Le même article indique qu’il devait aussi remettre le terrain dans son état initial.
Les détails judiciaires cités ici proviennent de sources de presse, et non de la lecture directe d’un jugement italien. D’après le récit publié, le tribunal de Vicence avait condamné Franco Malosso en mai 2019, puis la Cour de cassation avait confirmé cette décision en décembre 2021, après le rejet de plusieurs arguments de défense, notamment ceux liés à la prescription et à l’impossibilité supposée de tromper les visiteurs avec un décor jugé rudimentaire.
L’incarcération est intervenue en 2026, plusieurs années après la décision définitive, à l’issue d’autres recours évoqués dans la presse et présentés comme propres à la procédure italienne. Cette chronologie rappelle qu’une condamnation et l’exécution concrète des mesures ordonnées ne se déroulent pas forcément au même moment. À Arcugnano, le décor était encore visible alors que la décision de remise en état était déjà ancienne.
Que va devenir le faux site d’Arcugnano ?
La disparition du complexe ne semble pas immédiate. Les sources indiquent que l’amphithéâtre et les autres structures sont toujours en place, tandis que la remise en état de la colline doit encore être préparée. Démonter les constructions, retirer les matériaux et rendre au terrain une apparence plus proche de son état initial ne consiste pas nécessairement à envoyer des engins sur place sans précaution.
La question environnementale entre aussi en jeu. Les travaux de déboisement et de terrassement ont modifié la colline ; une intervention mal préparée pourrait provoquer de nouveaux dommages ou déstabiliser le terrain. Le recours à des spécialistes, notamment pour déterminer la méthode de dépose et les éventuelles mesures de protection, est donc présenté comme un préalable à la remise en état.
Reste le financement. Qui paiera la démolition, l’évacuation des matériaux et la restauration du terrain ? Les informations disponibles ne donnent pas de réponse définitive. Le coût dépendra de l’ampleur réelle des installations, de leur accessibilité et des contraintes environnementales. Tant que ces éléments ne sont pas arrêtés, il est impossible d’annoncer une date de disparition ou un montant fiable.
Une leçon de prudence pour les voyageurs
L’histoire d’Arcugnano amuse par son accumulation de références improbables, mais elle dit quelque chose de très actuel sur la manière dont nous visitons. Un lieu photogénique, un nom à consonance ancienne et quelques explications bien racontées peuvent suffire à créer une impression d’authenticité. Lorsque les recommandations circulent rapidement sur les plateformes et les réseaux sociaux, cette impression peut se transformer en déplacement avant même que les informations essentielles aient été vérifiées.
Pour les voyageurs, le réflexe utile consiste à croiser les sources : consulter un organisme institutionnel, rechercher l’existence d’un classement patrimonial, vérifier la localisation exacte et se méfier des récits qui mélangent sans transition des personnages, des périodes et des traditions très éloignés. Un monument ancien n’a pas besoin d’une histoire plus spectaculaire que les faits pour être intéressant.
Le cas du faux amphithéâtre d’Arcugnano rappelle enfin que la curiosité touristique peut être une force, mais aussi une faille. Elle pousse à sortir des itinéraires classiques et à découvrir des lieux singuliers ; elle peut également rendre plus réceptif à une belle histoire. Ici, la justice italienne a été saisie après le signalement de la municipalité, et les sources de presse relatent désormais la chute d’un décor qui avait réussi à se faire passer, pendant des années, pour un morceau d’Antiquité.
Sources
- L’Écho touristique — « Italie : un homme condamné pour avoir construit un faux site archéologique pour arnaquer les touristes », publié le 26 août 2026.
- Franceinfo, publication relayant l’affaire, 26 août 2026.
- Cerfia, publication relayant la condamnation, 27 août 2026.
Crédit visuel : illustration générée, ne représentant pas fidèlement le site d’Arcugnano.





