Grimper l’Everest le plus vite possible, sans bouteille d’oxygène, sur la face la plus fréquentée au monde, parmi près de 900 personnes sur le même itinéraire : c’est le projet dingue que deux coureurs de montagne d’élite veulent concrétiser ce mois de mai 2026. Karl Egloff et Tyler Andrews n’ont jamais encore posé le pied au sommet, mais ils visent des chronos qui feraient pâlir des alpinistes chevronnés.
Deux profils opposés, un même objectif à 8 849 mètres
Karl Egloff a 45 ans, né en Équateur, installé en Suisse. Son père était guide de montagne, et lui trottait déjà sur les pentes des géants andins bien avant l’école primaire. Passé par le vélo de montagne de haut niveau, il est aujourd’hui l’un des meilleurs coureurs de montagne au monde. Tyler Andrews, lui, a 35 ans et vient de la banlieue de Boston.
Ancien passionné de musique au lycée, il est devenu marathonien de haut vol (2 h 15) et n’a basculé vers la haute montagne que pendant la pandémie, quand les courses sur route se sont toutes annulées. Il s’entraîne désormais à Quito, en Équateur, sur les mêmes volcans que ceux qui ont forgé Egloff. En 2021, il s’est fait tatouer en grand le Rucu Pichincha sur la poitrine.
Ni l’un ni l’autre n’a encore atteint le sommet de l’Everest. Les 7 500 personnes qui y sont montées depuis la première ascension de Sir Edmund Hillary en 1956 ne les comptent pas dans leurs rangs. Ce printemps, ils franchissent le pas, mais à leur façon : en cherchant à aller vite, très vite, sans oxygène en bouteille, en utilisant uniquement les cordes fixes déjà installées sur la voie.
Le tracé : de 5 364 m au sommet, avec tous les pièges classiques
Les deux hommes partiront du camp de base népalais, à 5 364 mètres (soit 17 598 pieds selon la source), et remonteront la face sud, la voie la plus empruntée du monde. L’itinéraire est connu, mais redoutable à chaque étape.
Premier obstacle : le Khumbu Icefall, un glacier en mouvement permanent, instable, imprévisible. Vient ensuite le Western Cwm, une vallée glaciaire relativement plane, avant l’ascension de la Lhotse Face, raide et verglacée. Puis arrivent les deux points noirs les plus redoutés : la Cornice Traverse, large de seulement 60 centimètres à certains endroits avec des vides de plusieurs centaines de mètres de chaque côté, et le Hillary Step, une pente de glace quasi verticale à 200 mètres verticaux du sommet. C’est là que se forment les célèbres « queues » de grimpeurs bloqués dans le froid.
Pour être clair sur ce que « courir » signifie ici : sauf dans les rares passages plats, il s’agit davantage de marche rapide en conditions extrêmes que de course à proprement parler. La mécanique reste celle du trail de haute altitude, pas du sprint.
Un « duel » que les deux hommes refusent d’appeler ainsi
La situation est piquante : Andrews voulait initialement attaquer le record de Jornet sur la face nord, un itinéraire qu’il jugeait plus adapté à son profil de coureur de fond (« l’approche plus longue et progressive joue en ma faveur, c’est plus dans l’esprit du trail-running », a-t-il confié à National Geographic). Mais la China-Tibet Mountaineering Association n’a pas délivré de permis côté nord cette année. Résultat : les deux hommes se retrouvent sur la même face, avec des objectifs proches, en même temps.
Officiellement, il n’y a pas de course. Andrews dit qu’Egloff est « une immense source d’inspiration » pour lui. Egloff répond qu’ils « se connaissent, ont partagé le camp de base l’année passée » et que chacun a ses propres objectifs. Ils ne partiront probablement pas ensemble du camp de base. Andrews se concentre sur le record de montée pure ; Egloff, lui, considère que l’aller-retour complet, descente comprise, fait partie intégrante de l’exploit. « Un alpiniste doit gravir la montagne et aussi la descendre », explique-t-il. « Trouver comment être en sécurité et conserver son énergie à la descente, c’est aussi une partie des échecs. »
Un contexte particulièrement chargé cette saison
La fermeture de la voie nord concentre cette année tous les grimpeurs sur la face népalaise. Le gouvernement du Népal a délivré 450 permis d’ascension, bien plus que lors des saisons habituelles. En ajoutant les guides sherpas qui n’ont pas besoin de permis, ce sont potentiellement jusqu’à 900 personnes qui pourraient se retrouver sur le même itinéraire en même temps que les deux recordmen. La saison d’ascension ne dure que deux semaines environ, ce qui rend la gestion des files encore plus critique.
La source mentionne également un nouveau danger lié aux Icefall Doctors, l’équipe légendaire qui installe et entretient les cordes et les échelles dans le Khumbu Icefall. Le texte s’interrompt sur ce point précis, mais la tension autour de la sécurité de cette section est clairement soulevée. Pour les deux recordmen comme pour tous les autres grimpeurs, naviguer parmi 900 personnes dans une zone aussi volatile ajoute une couche de complexité, voire de risque, que ni les chronos ni l’entraînement ne peuvent entièrement anticiper.
Pour replacer les choses dans une perspective plus accessible : la logique de gestion de l’effort en haute altitude, la maîtrise de l’énergie sur de longues sorties, c’est quelque chose que tout randonneur expérimenté connaît à son échelle. Comme le montrait notre article sur la méthode de marche en 20 minutes, même sans viser un record mondial, savoir doser son effort change tout.





