Déposer des enfants de 11 ans dans un endroit qu’ils ne connaissent pas, sans adulte et sans téléphone, et leur demander de rejoindre un point d’étape par leurs propres moyens. L’idée fait se dresser les cheveux de n’importe quel parent. Elle est pourtant une pratique courante du scoutisme belge…
Le sujet mérite qu’on le regarde de près, parce qu’il touche à une question que beaucoup de randonneurs se posent à un moment ou à un autre : à partir de quand un enfant est-il capable de se repérer seul dehors ?
Le « hike », un rituel du scoutisme
Dans le scoutisme, cette pratique porte un nom : le hike. Elle consiste en une randonnée de plusieurs jours en pleine nature, sans adulte et sans portable.
La version belge est encore plus marquée. Chaque été, des enfants âgés de 11 ans minimum sont déposés dans un lieu qu’ils ne connaissent pas, avec pour mission de retrouver leur chemin jusqu’à un autre point d’étape. Sans adulte. Sans smartphone.
Deux dénominations coexistent selon la région :
- le « hike de patrouille » en Wallonie ;
- le « dropping » du côté flamand.
Le mot « dropping » explique en partie la réaction viscérale qu’il provoque chez les parents qui le découvrent. L’article prend soin de lever une ambiguïté : il ne s’agit pas d’un abandon de mineurs, mais d’une pratique encadrée et répandue dans le scoutisme belge.
Pourquoi cette pratique existe
L’argument avancé par les structures qui la pratiquent n’est pas l’exploit sportif. Il est social.
Le scoutisme permet de créer des liens entre des jeunes qui manquent de plus en plus d’espaces de socialisation en extérieur. Une patrouille qui doit trouver sa route ensemble pendant deux jours développe des compétences qu’aucune activité encadrée ne produit de la même façon : décider collectivement, gérer un désaccord sous contrainte, se répartir une charge, renoncer à un chemin.
Ces compétences reposent sur des savoir-faire très concrets, qui sont précisément ceux qu’on apprend en randonnée :
- lire un balisage et s’y fier quand on doute ;
- orienter une carte et croiser plusieurs indices plutôt qu’en suivre un seul ;
- évaluer un itinéraire en fonction du terrain, de la fatigue et de l’heure ;
- s’organiser collectivement, du portage des vivres à la répartition des rôles.
Nos repères pour lire le balisage des sentiers couvrent la première compétence, et notre dossier sur l’observation de la faune montre comment un groupe apprend à regarder son environnement autrement qu’en avançant.
Le témoignage d’une mère qui a changé d’avis
L’article s’appuie sur un témoignage qui donne sa chair au sujet. Aoife White, journaliste irlandaise installée à Dublin, écrit pour The European Correspondent. Sa réaction initiale est sans ambiguïté :
« Lorsque j’ai entendu parler pour la première fois du dropping pratiqué par les groupes scouts en Belgique, j’ai été un poil horrifiée. Mais d’un autre côté, je suis contente que ma fille apprenne à devenir autonome. »
Sa fille est inscrite aux scouts. Comme beaucoup d’autres enfants en Belgique, elle a passé deux jours en pleine nature sans téléphone. Le verdict de l’intéressée tient en trois mots : « Elle a adoré ça ».
Le décalage entre l’horreur initiale et le résultat final mérite d’être examiné sans caricature. Il dit quelque chose sur la difficulté, pour un parent, à évaluer ce dont son enfant est capable. Et il dit aussi quelque chose sur l’écart entre l’inquiétude anticipée et le vécu réel.
Ce que cela change pour un randonneur adulte
Le sujet peut sembler éloigné de la randonnée pratiquée après 50 ans. Il ne l’est pas tant que ça, pour une raison simple : la compétence en question, celle de se repérer et de décider sur le terrain, est la même à 11 ans et à 60.
Ce que le hike met en évidence, c’est le poids de l’autonomie réelle. Un enfant qui a traversé deux jours de forêt sans GPS ne se perdra pas plus tard parce que son téléphone est déchargé. C’est un savoir qui reste.
Cela vaut pour les adultes qui préparent une sortie. Notre article sur les randonneurs qui se fient à une IA pour préparer leur itinéraire montre l’envers exact de cette logique : quand on délègue entièrement le repérage, on perd la capacité à décider quand l’outil fait défaut.
Pour les grands-parents qui randonnent avec leurs petits-enfants, la transposition est directe. Confier la carte, laisser l’enfant mener une portion de l’itinéraire, accepter un détour mal choisi : ce sont des façons de transmettre précisément ce que le hike développe. Notre dossier pour randonner avec de jeunes enfants donne des repères de distance adaptés, et notre article sur la préparation des repas en trek aide à calibrer les vivres d’une sortie de groupe.
Ce qu’il faut vérifier avant d’y envoyer un enfant
La pratique n’est pas transposable à n’importe quel contexte, et l’enthousiasme pour le principe ne doit pas faire oublier les conditions de sécurité.
- un encadrement identifiable : les enfants sont suivis, et les adultes connaissent l’itinéraire prévu ;
- un terrain connu des organisateurs, avec des points d’eau et des zones de repli ;
- un équipement adapté : vêtements de pluie, carte papier, sifflet, lampe, de quoi boire et manger ;
- un bilan météo avant le départ, et une procédure d’annulation ;
- l’accord éclairé des parents, informés de la nature exacte de l’activité.
Le matériel et la préparation météo ne relèvent pas de la précaution de principe. Nos repères sur les signes d’alerte avant un orage et notre dossier sur la préparation d’une sortie en montagne détaillent ce qu’il faut avoir en tête lorsqu’on n’est pas un adulte expérimenté.
Un point de prudence supplémentaire mérite d’être ajouté : le repérage s’apprend progressivement. Un enfant qui n’a jamais lu une carte ne devient pas autonome parce qu’on le dépose dans un bois. Notre article sur reconnaître les arbres et lire le paysage propose des exercices simples à faire en balade, du type de ceux qui construisent cette autonomie sur plusieurs années plutôt qu’en un été.
L’idée à retenir
En Belgique, le scoutisme pratique une randonnée appelée « hike » ou « dropping » : des enfants d’au moins 11 ans sont déposés dans un lieu inconnu et doivent rejoindre un point d’étape en plusieurs jours, sans adulte et sans téléphone. Il ne s’agit pas d’un abandon de mineurs mais d’une pratique encadrée, dont l’objectif assumé est de créer du lien entre des jeunes qui manquent d’espaces de socialisation en extérieur. Une journaliste irlandaise raconte son revirement : d’abord « un poil horrifiée » à l’idée, puis satisfaite que sa fille apprenne l’autonomie, cette dernière ayant « adoré » ses deux jours sans téléphone. Pour un randonneur adulte, le sujet rappelle une chose utile : la capacité à se repérer et à décider sur le terrain reste la première garantie de sécurité, à 11 ans comme à 60.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que le « hike » dans le scoutisme ?
Une randonnée de plusieurs jours en pleine nature, sans adulte et sans portable. Dans sa version belge, des enfants d’au moins 11 ans sont déposés dans un lieu qu’ils ne connaissent pas et doivent rejoindre un point d’étape par leurs propres moyens.
Est-ce légal et encadré ?
Il ne s’agit pas d’un abandon de mineurs, mais d’une pratique répandue et encadrée dans le scoutisme belge, connue sous le nom de « hike de patrouille » en Wallonie et de « dropping » en Flandre. Les organisateurs connaissent l’itinéraire et assurent un suivi.
À quel âge un enfant peut-il commencer à se repérer seul ?
Il n’y a pas d’âge unique. La compétence s’acquiert progressivement, en confiant d’abord des portions d’itinéraire en balade accompagnée, puis une carte, puis la conduite d’une étape courte. Le hike scout s’adresse à des enfants d’au moins 11 ans déjà familiarisés avec la marche en groupe.
Quel équipement prévoir pour une sortie sans adulte ?
Une carte papier et de quoi s’orienter, des vêtements de pluie, une lampe, un sifflet, de l’eau en quantité suffisante et des vivres. Le bilan météo avant le départ et une procédure d’annulation font partie intégrante de la préparation.
