Un homme condamné pour homicide involontaire après avoir laissé sa compagne mourir de froid sur le Grossglockner, le plus haut sommet d’Autriche. Ce fait divers a déclenché une vague de témoignages sur TikTok et Instagram : des milliers de femmes racontent avoir été abandonnées en pleine montagne par leur partenaire. On appelle ça l' »alpine divorce », et c’est plus répandu qu’on ne le croit. Avant de penser à la règle de priorité sur les sentiers, il y a une autre dynamique de groupe à connaître absolument.
Un drame sur le Grossglockner qui a tout déclenché
En début d’année 2026, un tribunal autrichien condamne Thomas P. pour homicide involontaire avec sursis. Les faits : il a abandonné sa compagne sur le Grossglockner, 3 798 mètres d’altitude, sommet le plus élevé d’Autriche. Elle est morte de froid. Selon les procureurs, il n’a pas répondu aux appels des secours malgré un téléphone en état de marche, et n’a pas déclenché les signaux de détresse à temps.
Ce qui frappe davantage encore, c’est le témoignage d’une ex-petite amie lors du procès : elle aussi avait été laissée seule sur ce même Grossglockner en 2023, parce qu’il la jugeait trop lente. Il devenait « grognon » dès qu’elle peinait à suivre, a-t-elle expliqué à la cour, d’après le journal allemand Bild. Deux femmes, deux abandons, même montagne, même homme.
Des millions de vues pour des témoignages glaçants
Le procès a provoqué un effet de libération sur les réseaux sociaux. Sur TikTok, une vidéo montre une femme seule sur un chemin de montagne isolé, avec cette légende : « POV : vous pars randonner avec lui en montagne mais il te laisse seule et vous réalises qu’il ne vous a jamais appréciée à ta juste valeur. » La vidéo cumule près de 5 millions de vues.
Sur X, une autre femme a posté un extrait de sa randonnée en solo dans les Highlands écossais, en écrivant qu’elle essayait de profiter du voyage pendant que le garçon avec qui elle était partie avançait à des kilomètres devant elle. 1,9 million de vues. Sous ces posts, les commentaires se remplissent de récits similaires : partenaire qui accélère sans se retourner, qui minimise les difficultés de l’autre, qui finit par disparaître dans le brouillard ou derrière un col.
Le terme « alpine divorce » n’est pas nouveau : il vient d’une nouvelle de 1893 écrite par l’auteur écossais-canadien Robert Barr, dans laquelle un mari planifiait d’abandonner sa femme en montagne. La fiction avait une longueur d’avance.
Ce que ce phénomène dit de la dynamique en rando à deux
L' »alpine divorce » pointe un déséquilibre fréquent mais rarement nommé dans les couples de randonneurs : l’un est plus expérimenté, plus entraîné, plus à l’aise avec l’altitude et l’effort ; l’autre suit, ou essaie de suivre. Tant que ça reste dans un cadre sécurisé, ce n’est pas forcément un problème. Ça le devient quand le partenaire le plus aguerri perd patience, accélère, et finit par couper le contact visuel avec l’autre, parfois en terrain exposé, parfois sans réseau, parfois par mauvais temps.
La montagne amplifie tout. Un écart de rythme qui paraît gérable sur un chemin de plaine devient critique à 2 500 mètres avec du vent, du brouillard et une température qui chute. Une personne seule, peu habituée, sans carte, avec un téléphone à 20 % de batterie, peut se retrouver en danger réel en moins d’une heure.
Quelques réflexes concrets avant de partir à deux
Si vous préparez une randonnée en montagne avec quelqu’un de moins expérimenté que vous, quelques points méritent d’être discutés avant le départ, pas au milieu du sentier quand la fatigue et la frustration s’installent.
Parlez du niveau réel de chacun sans enjoliver. Un D+ de 800 mètres sur 12 km, c’est une sortie confortable pour l’un et une épreuve pour l’autre selon l’entraînement, l’âge, l’équipement. Comme le souligne l’expérience de ce randonneur de 19 ans racontée dans cet article sur les 37 heures perdues en montagne, même des randonneurs autonomes peuvent se retrouver dépassés très vite.
Définissez un point de demi-tour clair si l’un des deux ne se sent pas en état de continuer. Vérifiez ensemble que les deux ont le numéro des secours montagne enregistré (en France : 15, 18 ou 112 ; en Autriche : 140 pour le secours alpin). Assurez-vous que les deux téléphones sont chargés et que l’un au moins a la carte IGN de la zone, en mode hors-ligne.
Et si vous êtes le randonneur le plus à l’aise du duo, une règle simple : ne jamais perdre de vue votre partenaire dans un terrain où il ne peut pas retrouver seul son chemin. Ce n’est pas une question de niveau, c’est une question de responsabilité partagée dès lors qu’on part ensemble.





