Invisible sous la neige, tendu sur des centaines de mètres et capable de tuer en une fraction de seconde… Ce risque bien réel menace de plus en plus de skieurs de randonnée chaque hiver.
La scène aurait pu virer au drame. Dimanche matin, à l’aube, un chauffeur de dameuse découvre un randonneur à ski allongé sous le câble de sa machine, sur une piste pourtant fermée à Val Thorens, en Savoie. Par miracle, aucun blessé. Mais pour les professionnels de la montagne, l’alerte est sérieuse.
Une rencontre qui aurait pu être fatale
La dameuse était équipée d’un treuil, un dispositif utilisé pour travailler les pistes très pentues. Reliée à un point d’ancrage situé parfois à plusieurs centaines de mètres, la machine est tractée par un câble métallique extrêmement résistant.
Ce matin-là, le chauffeur aperçoit le randonneur au dernier moment, alors que la signalisation était pourtant en place et que la piste était officiellement fermée.
« La situation aurait pu être dramatique », résume Benjamin Blanc, directeur du service des pistes des Belleville. Un constat partagé par de nombreux domaines skiables.
Un câble invisible… jusqu’à l’impact
Le danger est d’autant plus sournois qu’il est presque impossible à repérer. Le câble, fin de quelques millimètres seulement, est souvent enfoui sous la neige lorsque la dameuse est à distance de son point d’ancrage.
Mais une fois tendu, il devient un piège redoutable.
« Une fois en tension, c’est une véritable guillotine », alerte Eric Viallet, directeur du service des pistes de Valloire. « Un randonneur qui le heurte n’a pratiquement aucune chance. »
Le ski de randonnée explose… et les comportements à risque aussi
Depuis quelques années, le ski de randonnée connaît un essor spectaculaire. Plus accessible, plus silencieux, plus “libre” que le ski alpin, il attire de nouveaux pratiquants… parfois mal informés.
« On observe de plus en plus de personnes qui montent n’importe où, n’importe quand », constate Benjamin Blanc. Beaucoup s’engagent sur les domaines skiables en soirée ou de nuit, après le travail, sans mesurer les risques.
Pourtant, dans la majorité des stations, des arrêtés municipaux interdisent strictement l’accès aux pistes en dehors des heures d’ouverture, précisément à cause des dameuses.
Un danger qui hante les dameurs
Du côté des chauffeurs de dameuses, l’angoisse est permanente. « C’est notre hantise », confie Eric Viallet. « Imaginer qu’un randonneur puisse se trouver sur la trajectoire du câble sans qu’on le voie… »
Lors d’un récent événement de sensibilisation organisé dans la station, une démonstration grandeur nature a permis de montrer un câble de treuil en tension.
« Les gens ont été choqués. Et très réceptifs », explique le responsable des pistes. Car une fois le danger visible, le message passe.
Randonnée d’hiver : liberté oui, inconscience non
Les professionnels de la montagne le rappellent : la randonnée hivernale n’est pas un terrain de jeu sans règles. Si elle offre une formidable sensation de liberté, elle impose aussi une connaissance minimale des dangers spécifiques à la saison.
« Pour que tout le monde puisse continuer à profiter de cet espace, il faut respecter des règles de sécurité élémentaires », insiste Benjamin Blanc.
Et parmi elles, une règle simple mais vitale : ne jamais emprunter les pistes de ski la nuit, même si elles semblent calmes, désertes… ou tentantes.





