Ça fait des semaines que la rumeur circulait dans les forums de randonnée. Des pétitions avaient déjà commencé à circuler en catimini. Et voilà que ce matin, la Fédération Française de la Randonnée Pédestre (FFRandonnée) a officiellement confirmé l’information : les chiens seront interdits sur l’ensemble du réseau GR® de France à compter du 1er juillet 2026.
Une mesure radicale. Une mesure qui signe la fin d’une époque pour des centaines de milliers de randonneurs qui arpentent chaque année les sentiers balisés avec leur compagnon à quatre pattes.
Comment en est-on arrivé là ?
Tout est parti d’un rapport commandé en 2025 par le Ministère de la Transition Écologique, en partenariat avec l’Office Français de la Biodiversité (OFB). Ses conclusions, accablantes, ont mis le feu aux poudres.
Selon ce rapport, la présence de chiens sur les sentiers de grande randonnée aurait provoqué, en l’espace de dix ans, une diminution de 34 % des populations de tétras-lyre dans les secteurs alpins traversés par des GR, et une chute de 28 % des effectifs de lièvres variables en zones de moyenne montagne. Des chiffres que l’OFB qualifie de « catastrophiques » et qui auraient finalement convaincu les décideurs d’agir.
« Nous ne pouvions plus ignorer la réalité des données », aurait déclaré la présidente de la FFRandonnée lors de la conférence de presse ce matin. « Le réseau GR® est un bien commun. Il appartient à la nature autant qu’aux marcheurs. »
La décision a été prise à l’issue d’un vote du Conseil d’Administration de la fédération, avec 23 voix pour, 4 contre et 2 abstentions.
Concrètement, qu’est-ce que ça change ?
À partir du 1er juillet 2026, il sera interdit de randonner avec un chien sur tout sentier portant le balisage rouge et blanc des GR®. Cela concerne :
- Les GR® longue distance (GR20, GR10, GR5, Tour du Mont-Blanc côté français…)
- Les GR de Pays (balisage jaune et rouge)
- Les PR® dans les zones classées Natura 2000 (à confirmer par décret)
Des panneaux d’interdiction seront progressivement installés aux départs de sentiers. Les gardes de l’OFB et les agents de l’ONF seront habilités à verbaliser les contrevenants. L’amende prévue serait de 450 euros, soit trois fois le tarif actuellement applicable pour divagation.
Des dérogations seraient accordées aux chiens de secours en montagne et aux chiens guides d’aveugles accompagnant leurs maîtres. Aucune dérogation ne serait prévue pour les chiens de chasse.
Une décision qui provoque une levée de boucliers
Comme on pouvait s’y attendre, la réaction des propriétaires de chiens a été immédiate et virulente. Sur les réseaux sociaux, des groupes de randonneuses et randonneurs caniphiles se sont organisés en quelques heures à peine.
« Mon chien est mieux éduqué que la plupart des randonneurs que je croise sur le GR10 », a réagi une utilisatrice sur un grand groupe Facebook de randonnée. « Il ne court pas après les marmottes, il reste dans mes jambes. Pendant ce temps, les vélos dévastent les sentiers et eux, personne ne les interdit. »
Le ton est donné. Et il est amer.
Du côté des défenseurs de la faune sauvage, en revanche, l’accueil est plutôt positif. « Ce qui nous dérange, ce ne sont pas les chiens bien tenus en laisse », nuance un bénévole de la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux) contacté ce matin. « C’est la minorité de propriétaires qui laissent leur animal courir librement à 200 mètres devant eux, dans les zones de nidification. Ce sont eux qui font des dégâts. Mais puisqu’il est impossible de distinguer les uns des autres sur un sentier, la mesure d’interdiction totale est peut-être la seule solution viable. »
Et dans les refuges et gîtes d’étape ?
La question des hébergements se pose évidemment. De nombreux refuges et gîtes sur les GR acceptaient jusqu’ici les chiens — souvent contre un supplément de 5 à 10 euros par nuit. Certains gestionnaires seraient dans l’expectative totale.
« Si on interdit les chiens sur le GR, mais qu’on les autorise toujours dans nos gîtes, ça n’a aucun sens », nous a confié un gardien de refuge dans le Vercors, sous couvert d’anonymat. « Les gens vont quand même venir avec leurs bêtes, ils vont juste dire qu’ils sont arrivés par un autre chemin. »
Une situation kafkaïenne qui n’est pas encore réglée. La FFRandonnée devrait publier un guide pratique d’ici fin mai pour clarifier les zones grises.
🐟 POISSON D’AVRIL ! 🐟
Rassurez-vous : il n’en est rien. Ni la FFRandonnée, ni le Ministère, ni l’OFB n’ont pris une telle décision. Votre chien peut continuer à trottiner sur les GR en toute légalité — du moins pour l’instant. 😄
Si vous avez été pris au piège, c’est que le sujet touche une vraie corde sensible. La question de la cohabitation entre chiens et faune sauvage sur les sentiers est un vrai débat, qui revient régulièrement dans les discussions entre randonneurs.
Et puisqu’on est là, autant en profiter pour faire le point sur ce que dit vraiment la loi.
Ce que dit vraiment la réglementation sur les chiens en randonnée
Bonne nouvelle : contrairement à ce que beaucoup pensent, il n’existe pas d’interdiction générale des chiens sur les sentiers de randonnée en France. Mais la réglementation est plus complexe qu’il n’y paraît, et quelques règles s’imposent toute l’année.
La règle des 100 mètres : toute l’année
En dehors de toute forêt, en pleine nature, votre chien doit rester sous surveillance constante et ne pas s’éloigner à plus de 100 mètres de vous. Au-delà, il est considéré comme en état de divagation, ce qui expose son propriétaire à une amende de 2e classe. Ce n’est pas une recommandation : c’est inscrit dans le Code rural.
La laisse obligatoire du 15 avril au 30 juin : en forêt
Chaque année, un arrêté ministériel impose de tenir son chien en laisse du 15 avril au 30 juin, dès qu’on s’écarte des allées forestières balisées. Les sentiers GR® et les chemins de promenade sont explicitement considérés comme des allées forestières — ce qui signifie qu’on peut y marcher avec un chien en laisse, mais qu’il est interdit de le lâcher dans la végétation autour. L’objectif : protéger les naissances des mammifères et la nidification des oiseaux. L’amende en cas d’infraction peut atteindre 750 euros.
Les parcs nationaux et réserves naturelles : interdiction totale
C’est là que beaucoup de randonneurs se font surprendre. Dans les parcs nationaux (Mercantour, Écrins, Vanoise, Pyrénées…) et dans la grande majorité des réserves naturelles nationales, les chiens sont interdits, même tenus en laisse. La règle vise à garantir la tranquillité absolue de la faune dans ces espaces préservés. Une amende sévère est prévue pour les contrevenants.
Les parcs naturels régionaux : laisse obligatoire
Dans les parcs naturels régionaux (PNR), les chiens sont généralement tolérés, mais uniquement tenus en laisse. Renseignez-vous toujours auprès du PNR concerné avant de partir, car certains secteurs peuvent avoir des règles plus strictes.
Les arrêtés locaux : vérifiez avant de partir
Des maires ou préfets peuvent prendre des arrêtés spécifiques interdisant ou limitant la présence de chiens sur certains sentiers ou zones naturelles de leur territoire. Ces arrêtés doivent être affichés sur place ou disponibles sur le site de la mairie. En cas de doute, un coup de fil à la mairie concernée suffit à clarifier la situation.
En résumé : votre chien est le bienvenu sur la grande majorité des sentiers, sous réserve de le garder sous contrôle en permanence, en laisse au printemps en forêt, et loin des parcs nationaux. Les règles existent pour de bonnes raisons — les respecter, c’est aussi contribuer à préserver les espaces naturels que nous aimons tous parcourir.
Bonne rando à vous (et à vos compagnons à quatre pattes) ! 🐾





