200 000 visiteurs par été, des tentes partout, des déchets, des toilettes sauvages et des conflits avec les bergers : la réserve naturelle des Contamines-Montjoie, la plus haute de France dans le massif du Mont-Blanc, a atteint un point de rupture. Un arrêté préfectoral vient de rebattre les cartes pour quiconque prévoit d’y bivouaquer cet été. Comme on le signalait déjà dans notre article sur les dérives du bivouac en montagne, le phénomène prend une ampleur qui force les gestionnaires à agir.
Ce que l’arrêté interdit concrètement
Du 15 juin au 15 septembre 2026, le bivouac est interdit dans toutes les zones situées en dessous de 2 500 mètres d’altitude au sein de la réserve naturelle des Contamines-Montjoie. Les zones sensibles pour les habitats naturels et la faune sont également fermées au camping sauvage, quelle que soit l’altitude.
Pour rappel, le bivouac désigne une nuit unique en pleine nature avec une installation sommaire, dans le cadre d’un itinéraire itinérant. Ce n’est pas du camping classique, mais la pratique avait explosé ces dernières années, notamment sur les itinéraires du Tour du Mont-Blanc, au point de générer des nuisances difficiles à ignorer : bruit, déchets, érosion des sols, excréments en plein milieu des zones pastorales.
La préfecture de Haute-Savoie parle d’une augmentation « significative » de la fréquentation, accompagnée d’un « développement insuffisamment maîtrisé du bivouac, à l’origine de nombreuses infractions ». La mairie des Contamines-Montjoie confirme de son côté des « conflits d’usage avec les activités pastorales présentes dans la réserve naturelle ».
Ce qui reste autorisé : deux aires dédiées, 90 tentes au total
Tout n’est pas fermé. Le bivouac reste toléré dans deux aires spécifiquement dédiées, entre 19h et 9h uniquement. Ces deux zones ont une capacité totale de 90 tentes : une aire de 40 tentes et une autre de 50. Une aire de loisirs est également disponible sur le secteur, précise le gestionnaire de la réserve, Asters.
Concrètement, si tu prévois une étape du TMB ou tout autre itinéraire traversant la réserve, tu dois impérativement repérer ces deux zones en amont. Bivouaquer en dehors, en dessous de 2 500 m, entre le 15 juin et le 15 septembre, c’est s’exposer à une infraction. Pas de flou là-dessus.
Une tendance qui dépasse les Contamines
La réserve des Contamines-Montjoie n’est pas un cas isolé. Le Parc national des Écrins a lui aussi lancé en avril une consultation publique en ligne sur la réglementation du bivouac. Des études réalisées en 2021 et 2025 ont établi que la fréquentation en bivouac y a été « multipliée par deux » en quatre ans. Au lac de la Muzelle, les équipes du Parc ont recensé jusqu’à 215 tentes par nuit. Un projet d’arrêté sur la réglementation est en cours d’élaboration.
Le message adressé aux randonneurs est clair : la montagne encaisse de plus en plus, et les gestionnaires de ces espaces naturels protégés n’ont plus les moyens de laisser faire. Anticiper les règles locales avant chaque sortie, c’est désormais aussi important que vérifier la météo ou contrôler son D+.





