Tu randonnes dans le Jura et tu tombes sur un gros chien blanc qui fonce vers toi depuis un troupeau de brebis ?
Pas de panique. Jean-Marc Landry, biologiste et éthologue spécialiste du loup, a donné une conférence à Prémanon début juin 2026 pour expliquer exactement comment se comporter. Voici ce qu’il faut savoir avant de chausser tes chaussures.
Le Jura, un massif particulièrement exposé aux rencontres avec les patous
Contrairement aux Alpes, où l’altitude et des sentiers bien délimités réduisent les contacts, le massif jurassien est largement ouvert. Randonneurs, cueilleurs de champignons, VTTistes, campeurs, propriétaires de chiens : tout le monde circule librement dans tous les sens, souvent sans se douter qu’un troupeau gardé par des patous se trouve à quelques mètres. C’est ce que souligne Jean-Marc Landry, diplômé de l’Université de Neuchâtel et expert reconnu du loup en système pastoral, lors de la conférence organisée à l’Espace des mondes polaires de Prémanon le 4 juin 2026, devant une centaine d’auditeurs.
Le contexte global donne la mesure de l’enjeu : on compte aujourd’hui environ 250 000 loups dans le monde, 18 000 en Europe, et à peu près 1 000 en France. Face à cette réalité, les éleveurs et bergers utilisent plusieurs outils de protection des troupeaux : bâtiments et enclos en dur, clôtures mobiles ou électrifiées, clôtures permanentes à fils serrés ou barbelés. Mais le chien de protection, le fameux patou, reste la solution la plus efficace pour dissuader les prédateurs. Ces chiens vivent en permanence avec les moutons, brebis ou bovins, et sont capables de faire face à un loup, voire à un lynx.
Comprendre le rôle du patou avant de le croiser
Un patou n’est pas un chien agressif par nature. Son rôle est avant tout dissuasif : éloigner tout danger potentiel du troupeau dont il a la charge. Quand il court vers toi, il ne cherche pas à mordre, il fait son travail. Il évalue si tu représentes une menace pour ses bêtes. Ce que tu fais dans les secondes suivantes détermine la suite de la rencontre.
La difficulté dans le Jura, c’est précisément cette ouverture du territoire. Les sentiers ne sont pas toujours clairement séparés des zones de pâturage, et un randonneur peut se retrouver à traverser un troupeau sans y avoir pensé. D’où l’importance de connaître les bons réflexes en amont, bien avant de partir en balade. Si tu prépares tes prochaines sorties, notre article sur les grands treks européens accessibles sans bivouac donne aussi de bonnes pistes pour anticiper les conditions de terrain.
Les 4 règles concrètes de Jean-Marc Landry pour randonner sereinement
Le spécialiste a formulé des consignes claires et directement applicables sur le terrain. Les voici telles qu’il les a énoncées :
1. Rester sur les itinéraires balisés
Le premier réflexe, c’est de ne pas s’aventurer hors sentier dans des zones de pâturage. Les itinéraires balisés sont tracés en tenant compte des usages agricoles locaux. Quitter le balisage augmente le risque de pénétrer dans l’espace de travail d’un patou, ce qui déclenche quasi automatiquement sa réaction de protection.
2. S’arrêter et parler calmement
Si le patou s’approche, on s’arrête. On ne court surtout pas, car la fuite active l’instinct de poursuite. On lui parle d’une voix calme et posée, pour lui signifier qu’on n’est pas une menace. Quelques secondes suffisent souvent pour que le chien comprenne que le randonneur ne vise pas le troupeau.
3. Éviter de laisser le chien passer derrière soi
Jean-Marc Landry insiste sur ce point : il ne faut pas laisser le patou se positionner dans ton dos. Un chien de protection qui se retrouve derrière toi peut interpréter la situation comme une menace qu’il doit circonscrire. Garde-le toujours dans ton champ de vision et fais face.
4. Placer un objet entre le chien et soi
Sac à dos, veste, bâton de marche tenu horizontalement : n’importe quel objet qui crée une barrière physique entre toi et le patou suffit à réduire la tension. Cela donne au chien un signal clair que tu n’es pas en posture d’attaque, tout en te protégeant si le contact devait se produire.
Une cohabitation possible, à condition de changer de regard
Le fond du message de Jean-Marc Landry, c’est une question de respect mutuel. Le patou fait un travail essentiel pour les éleveurs qui font face à la prédation du loup. Le randonneur, lui, a toute sa place dans le massif jurassien, à condition d’adapter légèrement son comportement. Ce n’est pas une contrainte, c’est une compréhension du terrain et de ceux qui y vivent et y travaillent.
La conférence de Prémanon a réuni une centaine de personnes, signe que le sujet préoccupe autant les locaux que les visiteurs. Et si tu cherches à randonner en pleine conscience des milieux traversés, cette approche rejoint une réflexion plus large sur l’impact de nos pratiques, comme le montrait notre article sur les baignades en lac d’altitude et leurs effets sur les écosystèmes fragiles.





