Randonner pour lire le paysage : la leçon des Grands-Fonds du Gosier

Sentier traversant une végétation tropicale dense et luxuriante

Une randonnée peut se vivre de deux façons. On peut la traiter comme un enchaînement de kilomètres, ou comme une lecture du territoire. Aux Grands-Fonds du Gosier, en Guadeloupe, une association a choisi la seconde approche, et le résultat change tout. C’est ce que raconte La 1ère.

Les paysages vallonnés des Grands-Fonds, sur la Grande-Terre, cachent une histoire agricole longtemps essentielle à la vie de l’île. L’association Mangwa, avec le concours de Grain d’Or, propose régulièrement des balades pédagogiques pour faire découvrir ce patrimoine directement sur le terrain.

Lire le paysage autrement

Le principe de ces sorties tient en une idée : le paysage n’est pas un décor, c’est une archive. Dans les Grands-Fonds, les reliefs, la végétation et les anciens aménagements sont autant d’indices qui permettent de comprendre comment les habitants ont occupé et transformé cet espace au fil du temps.

Autrement dit, on ne marche pas pour aller d’un point A à un point B. On marche pour comprendre ce qu’on a sous les yeux.

Cette méthode repose sur une lecture en plusieurs couches :

C’est une approche transposable partout. Repérer un muret, un chemin creux ou une parcelle abandonnée change la perception d’une balade, même sur un sentier que l’on croyait connaître. Nos repères pour lire les paysages à travers la végétation s’appuient sur la même démarche.

Pourquoi la transmission est au cœur du projet

Le mot qui revient le plus dans ces sorties n’est pas « nature », c’est « histoire ». Et l’objectif affiché est explicitement mémoriel.

Pour Gilles Anduse, de l’association Mangwa, l’intérêt de ces balades est de mêler découverte du territoire et transmission : « Ça permet aussi de comprendre notre vie d’aujourd’hui. Comment la Guadeloupe s’est construite, comment le peuple guadeloupéen s’est construit, comment on a transformé le paysage. »

La phrase mérite d’être soulignée, parce qu’elle déplace le sujet. On ne parle plus seulement d’environnement, mais de ce que le paysage dit de l’histoire d’une population. C’est un angle que l’on retrouve dans d’autres régions, où la randonnée patrimoniale sert de support à la mémoire locale. Notre dossier sur ce que la marche transmet au-delà du sport explore ce même registre.

Cette approche séduit les participants, pour qui le fait d’être directement plongé dans les lieux facilite l’apprentissage. Une explication devant un panneau convainc moins qu’un muret que l’on touche et qu’un relief que l’on gravit.

La dimension familiale et intergénérationnelle

Le témoignage d’une participante, Cinthia, résume bien l’effet produit : « Ça me permettra de dire à mes enfants notre histoire, d’où nous venons, comment était la vie avant notre époque. »

Il y a là quelque chose de précieux. La randonnée devient un support de transmission familiale, un moyen de faire circuler une mémoire qui, sans cela, se perd souvent en une ou deux générations.

Ce rôle social de la marche est fréquemment observé, y compris sur des itinéraires très différents. Notre article sur le profil du marcheur de longue distance montre que les motivations des randonneurs sont rarement purement sportives, et notre dossier sur les sorties en groupe détaille ce que la marche collective apporte au-delà du corps.

Un format qui se transpose en métropole

On pourrait croire que ce type de balade est propre aux territoires d’outre-mer, où la mémoire agricole est encore lisible dans le paysage. C’est en partie vrai, mais le principe fonctionne ailleurs.

Trois conditions suffisent, et aucune n’est exotique :

Ainsi, dans les Grands-Fonds, la lecture se fait sur des reliefs vallonnés et une végétation tropicale. Dans les Alpes ou les Vosges, elle se ferait sur des terrasses, des canaux d’irrigation ou des traces d’estive. Le raisonnement, lui, ne change pas. Notre dossier sur observer la faune sur le terrain applique exactement la même logique à un autre registre d’indices.

Ce que ce type de sortie apprend au randonneur

Au-delà du contenu historique, ces balades transmettent deux compétences utiles.

La première est de ralentir. Une sortie pédagogique avance lentement et fait des pauses longues. C’est un rythme que beaucoup de marcheurs perdent avec l’habitude du dénivelé et du chrono.

La seconde est de chercher des indices. Une fois qu’on a appris à repérer un aménagement ancien, on continue à le faire seul, sur n’importe quel sentier. C’est un savoir qui ne se perd pas. Notre article sur la lecture d’un paysage de lac d’altitude propose un exercice du même ordre.

Pour qui prépare un voyage en Guadeloupe, l’intérêt est aussi pratique : ces balades font sortir des circuits balisés et des sentiers les plus fréquentés. Notre sélection de destinations insulaires donne par ailleurs un aperçu de ce que ce type de territoire propose ailleurs, et notre article sur la marche japonaise et ses apports rappelle qu’un rythme lent n’est pas synonyme de dépense négligeable.

L’idée à retenir

Dans les Grands-Fonds du Gosier, en Guadeloupe, l’association Mangwa organise avec Grain d’Or des balades pédagogiques qui ne se contentent pas de traverser le paysage : elles l’expliquent. Reliefs, végétation et anciens aménagements servent d’indices pour reconstituer une histoire agricole longtemps essentielle à la Grande-Terre. Pour Gilles Anduse, l’enjeu dépasse la simple découverte : il s’agit de comprendre comment la Guadeloupe et son peuple se sont construits. Et pour des participants comme Cinthia, ces sorties deviennent un moyen de transmettre cette mémoire à leurs enfants. Un principe qui fonctionne partout, dès lors qu’un terrain est bien lu et que le groupe reste restreint.

Questions fréquentes

Où se situent les Grands-Fonds du Gosier ?

Sur la Grande-Terre, en Guadeloupe. C’est un secteur de collines et de vallons, au passé agricole marqué, dont la topographie contraste avec les zones côtières plates de l’île.

Qu’est-ce qu’une randonnée pédagogique ?

Une sortie qui associe la marche à la lecture du territoire. On y apprend à interpréter les reliefs, la végétation et les aménagements anciens, plutôt qu’à enchaîner les kilomètres.

Faut-il être bon marcheur pour y participer ?

Non. Ce type de sortie avance lentement, avec des arrêts fréquents pour observer et échanger. Le terrain vallonné demande une condition physique normale, sans plus.

Peut-on appliquer cette approche en métropole ?

Oui. Le principe fonctionne partout : il suffit d’un terrain d’observation riche, d’une personne capable de le lire et d’un groupe restreint. Les terrasses agricoles, canaux d’irrigation et traces d’estive en sont de bons exemples.

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