Vous le croisez à chaque sortie, en lisière de bois, au bord des ruisseaux ou au milieu des haies, sans forcément savoir le nommer. Le frêne commun est l’un des arbres les plus familiers de nos campagnes. Depuis 2008, un champignon venu d’Asie le fait dépérir dans une grande partie de la France, et les signes de cette maladie, la chalarose, se voient très bien depuis le sentier.
Un arbre discret mais partout sur nos chemins
Le frêne commun (Fraxinus excelsior) n’a rien d’un petit arbre : selon le milieu, il peut atteindre de 20 à 45 mètres de haut. On le remarque pourtant peu, car il se fond dans le décor. Il aime les sols frais, les bords de rivière et les versants ombragés, et il structure une bonne partie de nos haies bocagères. Son feuillage a longtemps servi de fourrage pour le bétail.
Comment le reconnaître en balade
Quatre indices suffisent en général pour l’identifier.
Des feuilles composées et opposées
La feuille du frêne n’est pas d’un seul tenant. Elle est formée de 7 à 15 petites folioles dentées, disposées de part et d’autre d’un axe central, avec une foliole au bout. Autre détail utile : les feuilles poussent deux par deux, face à face sur le rameau. Le sorbier et le noyer, eux, ont des feuilles composées alternes.
Des bourgeons d’un noir velouté
C’est le meilleur indice en hiver. Au bout des rameaux gris, le frêne porte des bourgeons noirs et mats, d’aspect velouté, de forme pyramidale : difficile de s’y tromper.
Des samares en grappes
Les fruits du frêne sont des samares, c’est-à-dire des graines prolongées d’une aile allongée de 3 à 4 cm. Elles pendent en grappes serrées et sont en partie dispersées par le vent.
Une écorce qui change avec l’âge
Lisse et grisâtre sur les jeunes arbres, l’écorce se crevasse avec les années pour former un réseau de fissures assez régulier.

En cas de doute entre un frêne et un autre arbre, vous pouvez photographier une feuille avec l’application Plantalya pour obtenir son nom. Et si l’identification des arbres vous plaît, notre article sur le langage des arbres vous donnera d’autres clés de lecture.
Les signes de la chalarose à repérer
La chalarose est due à un champignon originaire d’Asie de l’Est, Hymenoscyphus fraxineus (longtemps appelé Chalara fraxinea). Apparue en Pologne dans les années 1990, elle a été signalée pour la première fois en France en 2008, en Haute-Saône, puis dans le Nord en 2009. Le cycle commence au sol : en été, de minuscules fructifications blanches se forment sur les tiges des feuilles tombées l’année précédente et libèrent des spores dans l’air. Ces spores infectent les feuilles, puis gagnent les rameaux.
Voici ce que vous pouvez observer depuis le chemin :
- Des feuilles qui flétrissent en plein été, qui brunissent ou noircissent alors que les arbres voisins sont bien verts.
- Des rameaux secs en bout de branche, souvent nus, parfois de teinte orangée.
- Des nécroses sur l’écorce : des taches allongées, brun-orangé, souvent en forme de losange, centrées sur un petit rameau ou sur la cicatrice d’une feuille.
- Une couronne clairsemée, avec des branches mortes qui dépassent du feuillage et laissent passer le ciel.
- Des touffes de jeunes pousses vers le centre de la couronne, au milieu des branches mortes.
- Des lésions au pied de l’arbre, qui remontent du sol comme des flammes. Elles sont souvent cachées par la mousse et signalent un stade avancé de la maladie.

La maladie a progressé d’environ 60 km par an vers l’ouest à partir des premiers foyers du Nord-Est, jusqu’à atteindre le Finistère en 2019. Vers le sud, sa progression a nettement ralenti : le champignon supporte mal la chaleur, sa croissance diminue dès 30 °C et il ne survit pas longtemps à 35 °C. En 2020, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’Occitanie et le sud de la Nouvelle-Aquitaine n’étaient ainsi pas ou très peu touchés. Dans les régions atteintes, l’impact est réel : selon l’Inventaire forestier national de l’IGN, 26 % des frênes présentaient des symptômes d’altération sur la période 2021-2024, nettement plus que le châtaignier (21 %) ou le chêne pédonculé (10 %).
Le 1er septembre 2016, l’Office national des forêts a fermé au public cinq forêts du Nord et du Pas-de-Calais, dont celles de Boulogne, Desvres, Hardelot et Vimy, pour abattre des frênes desséchés qui risquaient de tomber sur les promeneurs.
Le frêne a-t-il un avenir ?
La bonne nouvelle, c’est que tous les frênes ne réagissent pas de la même façon. D’après le Département de la santé des forêts, 1 à 3 % des frênes possèdent une tolérance très élevée qui leur permet de rester sains même là où la maladie est très active, et 20 à 30 % restent peu dégradés. Cette tolérance est d’origine génétique et se transmet en partie à la descendance. Les gros arbres résistent aussi mieux que les jeunes, et les frênes isolés, en lisière ou au bord de l’eau, plus exposés au soleil, sont moins infectés que ceux du cœur des forêts.
Les forestiers misent donc sur ces arbres. Le Département de la santé des forêts suit la progression de la maladie sur tout le territoire grâce à son réseau de correspondants-observateurs. Les chercheurs d’INRAE étudient de leur côté la fréquence des arbres tolérants, que l’on appelle parfois « porteurs sains ». Avec l’ONF et les autres partenaires de la filière, la consigne est claire : conserver les arbres sans symptômes, de tout âge, et diversifier les essences là où le frêne dominait. Le Département de la santé des forêts le souligne : grâce à ces arbres tolérants et aux secteurs où le champignon se plaît moins, le frêne n’est pas une espèce menacée de disparition. Dans les secteurs les plus touchés, il a toutefois dû céder la place : en forêt domaniale de Chautagne, en Savoie, 40 hectares de frênes très atteints ont été renouvelés avec d’autres essences.
Ce que vous pouvez faire en randonnée
- Ouvrez l’œil en été : c’est la meilleure saison pour comparer les feuillages et repérer les couronnes dégarnies.
- Repérez les frênes restés bien verts au milieu de voisins malades. Ce sont précisément les arbres que les forestiers cherchent à préserver : vous pouvez les signaler au gestionnaire du site, par exemple à l’agence locale de l’ONF pour une forêt publique, ou à la mairie.
- Signalez aussi les arbres morts penchés au-dessus d’un sentier, et respectez les fermetures de parcelles : un frêne desséché peut perdre des branches sans prévenir, surtout par temps venteux.
- Ne rapportez pas de jeunes plants de frêne d’une balade pour les replanter ailleurs : le transport de plants contaminés a fait partie des voies de propagation de la maladie.
Un regard neuf sur un arbre familier
La chalarose ne devrait pas faire disparaître le frêne, mais elle change déjà le visage de nos haies et de nos bords de rivière. Savoir le reconnaître, c’est porter un autre regard sur des chemins que l’on croyait connaître par cœur. Lors de vos prochaines balades en forêt, levez la tête : les frênes ont encore beaucoup à raconter.