L’une des plus belles randonnées de Suisse pourrait devenir payante pour ses randonneurs

À Kandersteg, le lac d'Oeschinen attire plus de 7 000 personnes certains jours. La commune envisage de faire payer ceux qui montent à pied.

L’une des plus belles randonnées de Suisse pourrait devenir payante pour ses randonneurs
Dans cet article
  1. 7 000 personnes pour un lac
  2. Ce que la commune paie sans rien percevoir
  3. L'inégalité invisible entre deux façons de monter
  4. Pourquoi cette question monte partout en Europe
  5. Ce qu'une contribution changerait — et ce qu'elle ne changerait pas
  6. Qui profite réellement du lac ?
  7. Le vrai enjeu n'est pas le lac
  8. Ce qu'on ne vous dit pas
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Un lac turquoise à 1 578 mètres d’altitude, des falaises, des sommets enneigés. Et, certains jours, plus de 7 000 personnes sur ses rives.

Le lac d’Oeschinen, au-dessus de Kandersteg dans le canton de Berne, est devenu l’une des attractions les plus fréquentées des Alpes suisses. Au point que sa commune envisage désormais de faire payer l’accès — y compris à ceux qui montent à pied, aujourd’hui gratuits.

Ce n’est pas une décision prise. C’est une question posée, et elle concerne tous les sites de montagne.

7 000 personnes pour un lac

Le chiffre vient du président de la commune de Kandersteg, René Maeder, interrogé par le portail régional suisse Plattform J et cité par Le Figaro : plus de 7 000 personnes peuvent affluer sur le site les jours de pointe.

Pour situer : c’est la population d’une petite ville qui monte, en une journée, sur les rives d’un lac de montagne.

Le lac est intégré au site du patrimoine mondial de l’UNESCO Alpes suisses Jungfrau-Aletsch, ce qui lui confère une reconnaissance internationale — et, mécaniquement, une visibilité touristique considérable.

Ce que la commune paie sans rien percevoir

L’argument de Kandersteg n’est pas idéologique, il est comptable.

Entretien des sentiers, nettoyage, sanitaires, surveillance. Ces charges existent tous les jours où le site est fréquenté, et elles sont payées par la commune.

Or une partie des visiteurs ne contribue pas. Ceux qui prennent la télécabine achètent un billet. Ceux qui montent à pied ne paient rien.

L’inégalité invisible entre deux façons de monter

C’est le cœur du sujet, et c’est ce qui rend la question intéressante.

Deux visiteurs, le même lac, les mêmes sentiers, les mêmes sanitaires. L’un a payé un billet de remontée mécanique. L’autre est monté à pied, gratuitement, et utilise exactement la même infrastructure.

Le premier finance l’entretien. Le second non.

Vu comme ça, la contribution envisagée n’est pas une taxe sur la nature : c’est la fin d’une gratuité qui ne concernait qu’une partie des usagers.

Mais l’argument a une faille, et il faut la dire : le marcheur qui monte à pied ne consomme pas la même chose que celui qui prend la télécabine. Il n’utilise pas la remontée, il stationne parfois ailleurs, il dépense parfois moins dans la vallée. Le parallèle a des limites.

Pourquoi cette question monte partout en Europe

Oeschinensee n’est pas un cas isolé, et c’est ce qui rend le sujet intéressant au-delà de la Suisse.

Les sites naturels accessibles, gratuits et spectaculaires sont devenus des destinations de masse. La photographie se partage, l’itinéraire se trouve en trois clics, et le site qui était confidentiel il y a dix ans reçoit aujourd’hui des cars.

La conséquence est toujours la même : une fréquentation qui dépasse l’infrastructure prévue pour l’absorber, des sentiers qui s’érodent, des sanitaires insuffisants, et une commune qui paie.

Les réponses testées ailleurs se ressemblent : quotas, réservation obligatoire, navettes imposées, stationnement payant, ou contribution à l’accès.

Ce qu’une contribution changerait — et ce qu’elle ne changerait pas

Ce qu’elle changerait : elle apporterait une ressource dédiée à l’entretien, et elle ferait contribuer ceux qui utilisent le site sans rien payer aujourd’hui.

Ce qu’elle ne changerait pas : la fréquentation elle-même, si le montant reste symbolique. Une contribution de quelques francs ne dissuade personne de venir voir un lac classé à l’UNESCO.

Et c’est là que le débat se déplace. Une contribution est une recette. Un quota est une limitation. Ce ne sont pas les mêmes outils, et ils ne produisent pas les mêmes effets.

Qui profite réellement du lac ?

Il y a une question que le débat suisse pose sans la nommer, et elle est économique.

Le lac attire des visiteurs qui dorment dans la vallée, mangent dans la vallée, achètent dans la vallée. Les bénéficiaires de cette fréquentation ne sont donc pas seulement les promeneurs : ce sont les hôtels, les restaurants, les commerces et les remontées mécaniques de Kandersteg.

Or les coûts — sentiers, sanitaires, nettoyage, surveillance — sont supportés par la collectivité, c’est-à-dire par tous les habitants, y compris ceux qui ne profitent pas directement du tourisme.

C’est ce déséquilibre qui rend la contribution politiquement défendable. Elle fait payer une partie des bénéficiaires plutôt que la totalité des habitants.

Mais elle introduit un autre problème : si le visiteur paie à l’entrée du site, il paiera deux fois — une fois pour accéder, une fois en consommant dans la vallée. Et c’est souvent l’argument des opposants à ce type de mesure : le tourisme finance déjà le territoire, indirectement.

Aucune des deux lectures n’est fausse. Elles décrivent simplement deux façons de répartir une charge qui, elle, est bien réelle.

Le vrai enjeu n’est pas le lac

Le lac d’Oeschinen n’est pas menacé par les visiteurs en tant que tel. Il est menacé par le déséquilibre entre ce qu’il attire et ce que la collectivité peut entretenir.

Ce déséquilibre ne se règle pas avec un panneau. Il se règle avec un modèle économique — et c’est précisément ce que Kandersteg cherche.

La question posée en filigrane est celle-ci : un site naturel remarquable doit-il être financé par ceux qui l’utilisent, par la collectivité qui en bénéficie économiquement, ou par les deux ?

Aucune réponse n’est évidente, et c’est pour cela que le débat suisse mérite d’être suivi.

Ce qu’on ne vous dit pas

Le montant n’est pas connu. Ni le calendrier, ni le mode de perception, ni le périmètre exact des personnes concernées.

Et rien ne dit que la mesure sera adoptée. Une commune qui « envisage » n’a pas voté.

Ce qui est sûr, en revanche, c’est la tendance. Le nombre de sites naturels gratuits et très fréquentés diminue, partout en Europe. Ce qui se décide aujourd’hui à Kandersteg se décidera demain ailleurs — et les randonneurs seront les premiers concernés, parce que ce sont eux qui accèdent aux sites sans payer de billet.

Les éléments de cet article proviennent de l’article du Figaro du 3 novembre 2026, dont la lecture complète est réservée aux abonnés. Seuls le chiffre de fréquentation, l’altitude, la localisation et le principe de la contribution envisagée ont pu être vérifiés.

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