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« L’IA, oubliez-la pour la randonnée » : pourquoi les guides de Chamonix disent de ne surtout pas les suivre

Arnaud Houde par Arnaud Houde
Publié le 7 octobre 2026
Lecture 6 min
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Un refuge qui n’existe pas. Un dénivelé qui n’a jamais été pris en compte. Un kilométrage fantaisiste. Ce ne sont pas des hypothèses : ce sont des expériences vécues rapportées par des randonneurs, et relayées par France Inter dans une émission au titre sans ambiguïté : « L’IA, oubliez-la pour la randonnée ».

La conclusion de la fédération française de randonnée est catégorique : l’IA n’est pas un outil adapté à la préparation d’une randonnée.

Ce qui se passe concrètement

Le problème n’est pas que l’IA se trompe parfois. C’est qu’elle produit des informations fausses avec une apparence de certitude, et que ces erreurs portent sur des éléments dont dépend la sécurité.

Les trois exemples cités par les spécialistes interrogés par France Inter sont éloquents :

  • Des refuges inexistants. L’itinéraire proposé mentionne une étape qui n’existe pas sur le terrain.
  • Des dénivelés pas pris en compte. Le calcul de difficulté est faux ou absent, ce qui conduit à sous-estimer une étape.
  • Un kilométrage fantaisiste. La distance annoncée ne correspond pas à la réalité.

Ces trois erreurs ont un point commun, et c’est ce qui les rend dangereuses : elles ne se voient pas depuis chez soi. Un refuge qui n’existe pas ne se découvre qu’à l’arrivée, à la nuit tombante, dans un endroit où il n’y a rien. Un dénivelé sous-estimé ne se révèle qu’en cours de montée, quand il est trop tard pour changer de plan.

Pourquoi l’IA se trompe sur la montagne ?

Le mécanisme est important à comprendre, parce qu’il explique pourquoi ce n’est pas un problème temporaire qu’une prochaine version réglerait.

Un modèle de langage produit une réponse plausible, construite à partir de régularités apprises dans des textes. Il ne vérifie pas sur le terrain. Or un itinéraire de randonnée est une donnée précise et locale : un sentier qui existe, un refuge ouvert, un dénivelé mesuré, une difficulté réelle. C’est exactement le type d’information qu’une IA ne peut pas garantir si elle ne dispose pas d’une source à jour et vérifiable.

Ajoutez à cela que le web contient des descriptions d’itinéraires anciennes, inexactes ou contradictoires. Une IA qui s’en inspire produit une synthèse cohérente de sources incohérentes. Le résultat est un itinéraire qui « a l’air » juste.

La recommandation des professionnels

C’est le point le plus intéressant : ce sont des accompagnateurs en montagne qui portent l’avertissement, pas des opposants à la technologie.

François-Eric Cormier, accompagnateur en montagne et membre de la Compagnie des guides de Chamonix, recommande d’oublier l’IA pour la préparation de la randonnée, en particulier pour la génération de cartes. C’est un métier dont la compétence est précisément de préparer et de conduire des itinéraires en sécurité. Quand ce corps professionnel dit d’écarter un outil, ce n’est pas un réflexe de défense : c’est un jugement de praticien.

Son second regret porte sur autre chose, et mérite d’être retenu. Les randonneurs, dit-il, marchent le nez sur leur téléphone et « ne lèvent plus la tête pour voir leur environnement ». C’est un avertissement qui dépasse la question de l’IA : la meilleure préparation ne remplace pas l’observation du terrain.

Cette remarque rejoint un débat que nous suivons de près. Notre article sur application GPS ou carte papier traite exactement de la tension entre la confiance dans un outil et la lecture du terrain. Et notre dossier sur les sentiers et itinéraires à risque détaille ce qui rend un parcours dangereux : le plus souvent, une préparation inadaptée au terrain réel.

Comment préparer un itinéraire sans se faire piéger

La bonne nouvelle, c’est que la méthode fiable est simple et éprouvée.

  • Utilisez une topographie officielle. Les cartes de l’IGN, désormais accessibles via cartes.gouv.fr qui remplace Géoportail, donnent les sentiers, les courbes de niveau et les dénivelés réels.
  • Vérifiez chaque étape sur une source locale. Un office de tourisme, un comité départemental de la randonnée ou une fédération donnera l’état réel des refuges et des sentiers.
  • Croisez deux sources indépendantes. Si une information n’apparaît que sur un seul site, elle n’est pas fiable.
  • Regardez le terrain, pas l’écran. Le balisage, la météo réelle, l’état du sol et la fatigue de la journée ne sont dans aucune application.
  • Gardez une carte papier. Une batterie déchargée transforme un smartphone en objet inutile.

Nos repères sur la préparation d’une randonnée en montagne et notre dossier pour un premier trek reprennent ces principes étape par étape.

Ce qu’on ne peut pas affirmer

  • Nous n’avons pas analysé directement l’émission de France Inter ni les cas individuels rapportés : nous nous appuyons sur la synthèse publiée par la fédération.
  • Tous les outils ne se valent pas. Un moteur de calcul d’itinéraire adossé à une base topographique vérifiée n’est pas dans la même situation qu’un assistant conversationnel générique. La mise en garde porte sur la préparation d’itinéraire par IA générative.
  • Le sujet évolue vite. Des outils spécialisés peuvent apparaître ou s’améliorer, mais le principe reste : une information d’itinéraire doit être vérifiable sur une source officielle.
  • Nous ne disposons pas de statistiques d’accidents attribuables à la préparation par IA. Les cas rapportés sont des expériences individuelles.

L’idée à retenir

L’IA générative n’est pas un outil fiable pour préparer une randonnée. Les spécialistes interrogés par France Inter rapportent des refuges inexistants, des dénivelés ignorés et des kilométrages fantaisistes, et la Fédération française de randonnée conclut qu’aucun expert ne recommande l’IA pour préparer un itinéraire. Un accompagnateur en montagne membre de la Compagnie des guides de Chamonix conseille de l’écarter, en particulier pour la génération de cartes. La raison de fond est simple : une IA produit une réponse plausible, pas une vérification. Pour un itinéraire, la seule source valable reste la topographie officielle et la vérification locale, complétées par l’observation du terrain. Et son second avertissement vaut d’être retenu : marcher les yeux rivés sur un écran, c’est passer à côté de ce pour quoi on est venu.

Questions fréquentes

Peut-on utiliser l’IA pour préparer une randonnée ?

Non, selon l’ensemble des spécialistes cités. La Fédération française de randonnée rapporte que tous les experts s’accordent : l’IA n’est pas un outil adapté à la préparation d’une randonnée. Les erreurs constatées portent sur des refuges inexistants, des dénivelés ignorés et des distances fausses.

Quels sont les risques d’un itinéraire généré par IA ?

Les erreurs ne se voient pas depuis chez soi. Un refuge qui n’existe pas ne se découvre qu’à l’arrivée, un dénivelé sous-estimé qu’en cours de montée. Ces erreurs portent sur des éléments dont dépend la sécurité et la faisabilité de la sortie.

Que dit la Compagnie des guides de Chamonix sur l’IA ?

François-Eric Cormier, accompagnateur en montagne et membre de la Compagnie des guides de Chamonix, recommande d’oublier l’IA pour la préparation de la randonnée, en particulier pour la génération de cartes. Il regrette aussi que les randonneurs marchent les yeux rivés sur leur téléphone.

Comment préparer un itinéraire de façon fiable ?

En utilisant une topographie officielle comme les cartes de l’IGN, en vérifiant chaque étape sur une source locale, en croisant deux sources indépendantes, en observant le terrain et le balisage, et en emportant une carte papier en secours.

Les applications GPS de randonnée sont-elles concernées par cet avertissement ?

Non, pas de la même façon. Une application adossée à une base topographique vérifiée n’est pas dans la même situation qu’un assistant conversationnel générique. La mise en garde porte sur la génération d’itinéraires par IA générative.

Sources

  • FFRandonnée, « Les itinéraires de randonnée générés par IA ? À éviter absolument », d’après France Inter, 5 septembre 2026
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Arnaud Houde

Passionné d’activités de plein-air et d’aventures, la randonnée a été pour moi une révélation il y a quelques années, raison pour laquelle j'ai décidé de lancer mapetiterando.fr afin de partager et faire découvrir au plus grand nombre la pratique de la randonnée.

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