Le Cape Wrath Trail, 376 km à travers les Highlands écossais, est réputé comme l’un des sentiers non balisés les plus exigeants du Royaume-Uni. Samedi 12 avril 2026, David Parrish, ultra-traileur aguerri de 35 ans, y a perdu la vie en tentant d’en battre le record de vitesse. Un drame qui rappelle que l’expérience et le palmarès ne suffisent pas face à certains terrains. Les amateurs de grands itinéraires sauvages le savent, certains treks s’avèrent bien plus hostiles qu’ils n’y paraissent.
Un palmarès impressionnant, une tentative en solo
David Parrish n’était pas un inconnu des sentiers extrêmes. En 2023, il avait remporté le Cape Wrath Ultra, une épreuve de 371 km et 10 000 m de dénivelé positif. L’année suivante, il avait terminé troisième de la Northern Traverse, 295 km et 7 000 m D+. En 2025, il s’était imposé sur la Dragon’s Back Race, une course de six jours à travers les montagnes du pays de Galles. Autant dire qu’il connaissait les longues distances, la fatigue accumulée et les conditions difficiles.
Sa tentative sur le Cape Wrath Trail s’effectuait en solo et sans assistance, accompagné uniquement de son épagneul Munro. L’objectif : relier Fort William à Cape Wrath, soit 376 km à travers reliefs escarpés et zones marécageuses, plus vite que quiconque avant lui. Le record en vigueur est détenu par Pawel Cymbalista, qui avait bouclé la traversée en un peu plus de trois jours en mai 2023. Ce dernier avait d’ailleurs été en contact avec Parrish avant la tentative : « David m’a contacté avant sa tentative et je l’ai beaucoup soutenu. Faire ce parcours en solitaire et sans assistance comporte énormément de risques », a-t-il confié, cité par Le Parisien.
Comment l’alerte a été donnée
C’est sa montre connectée qui a déclenché les secours : l’appareil a signalé qu’il n’avançait plus. Le corps de David Parrish a été retrouvé aux alentours de 22h25 dans la région montagneuse des Highlands, au nord-ouest de l’Écosse. La police a précisé qu’il n’y avait aucune circonstance suspecte et que la famille avait été prévenue. L’équipe de secours en montagne a rendu hommage à « un randonneur et ultra-traileur expérimenté, décédé tragiquement en faisant ce qu’il aimait ».
Au-delà de la performance sportive, la tentative de David Parrish avait une dimension solidaire : il collectait des fonds pour les secours en montagne écossais et souhaitait rendre hommage à son ami Luke Ireland, mort d’hypothermie en 2014 lors d’une sortie en montagne.
Le Cape Wrath Trail, qu’est-ce que c’est exactement ?
Le Cape Wrath Trail est un itinéraire non balisé de 376 km qui relie Fort William, au sud des Highlands, au cap Wrath, la pointe la plus nord-ouest de la Grande-Bretagne. Contrairement à un GR bien tracé, il n’existe pas de balisage officiel : les randonneurs doivent composer leur propre tracé entre les jalons acceptés, souvent à travers des zones sans chemin, des tourbières gorgées d’eau et des vallées isolées où aucune route ne passe. La météo des Highlands, imprévisible et parfois violente, ajoute une couche de difficulté supplémentaire à chaque saison. C’est précisément cet aspect austère et non formaté qui attire les marcheurs cherchant un défi hors norme, mais qui exige une préparation et une gestion du risque sans faille.
Ce que ce drame dit de la pratique de l’ultra en terrain sauvage
David Parrish avait tout pour réussir : l’expérience, le physique, la connaissance du terrain, et il avait même contacté le détenteur du record pour préparer sa tentative. Pourtant, Pawel Cymbalista avait lui-même souligné les risques inhérents à ce type d’effort en autonomie totale. En ultra-trail, la frontière entre performance et danger se réduit à mesure que la fatigue s’accumule, que la nuit tombe et que le terrain devient hostile. Un faux pas, une hypothermie qui s’installe silencieusement, une blessure à des heures de tout secours : les marges d’erreur sur le Cape Wrath Trail sont quasi inexistantes. Ce drame ne remet pas en cause la pratique de l’ultra ou de la grande randonnée sauvage, mais il souligne que même les profils les plus solides ne sont pas à l’abri des situations irréversibles sur des itinéraires aussi isolés.

