Bivouac en montagne : éleveurs et bergers sifflent la fin de l’anarchie

Bivouac en montagne : éleveurs et bergers sifflent la fin de l’anarchie

Photo : Cătălin Todosia / Pexels

Cet automne, plusieurs bergers et éleveurs alpins ont décidé de sortir du silence. Sur les alpages des Alpes du Sud, du Queyras ou du Briançonnais, ils racontent la même scène : des bivouaqueurs arrivent en fin de journée, installent leur tente en pleine zone de pâturage, et repartent au petit matin en laissant parfois des chiens non tenus en liberté. Le message, repris par Le Dauphiné libéré, est désormais public : la cohabitation ne peut plus se faire sans règles.

Pour les randonneurs, ce n’est pas une posture défensive. C’est une réalité de terrain, faite de chiens de protection, de troupeaux nerveux et de prairies abîmées. Bien dormir en montagne commence par comprendre où l’on a le droit de planter sa tente — et où cela devient un problème.

Pourquoi le bivouac en pâturage pose question

L’estive est une période courte et précieuse. Les bergers montent les troupeaux en alpage entre juin et septembre. Pendant ces quelques mois, les animaux doivent trouver de l’herbe, de l’eau et du calme. Le dérangement répété, même léger, coûte cher : stress, avortements, baisse de production laitière, accidents.

Un bivouac installé trop près d’un troupeau, un chien de rando qui court après les brebis, une poubelle abandonnée derrière soi : ces gestes, isolément, paraissent mineurs. Additionnés à des dizaines de bivouaqueurs par soirée sur un même alpage, ils cassent l’équilibre d’une saison.

Les chiens de protection, premier point de friction

Pour défendre les troupeaux contre les loups, de plus en plus d’éleveurs utilisent des chiens de protection : patous, bergers des Pyrénées, chiens de montagne. Ces chiens ne sont pas des animaux de compagnie. Ils sont sélectionnés pour défendre un territoire et un troupeau. Quand un randonneur arrive à la tombée du jour sur une zone de pâturage, le chien considère souvent l’intrus comme une menace.

Les bons réflexes à adopter :

Ces réflexes sont décrits plus en détail dans notre guide sur le matériel et les règles pour randonner avec son chien.

Où a-t-on vraiment le droit de bivouaquer ?

En France, la règle de base est claire : en zone cœur de Parc national, le bivouac est interdit sauf autorisation. En réserve naturelle, il est interdit. Hors de ces zones, il reste autorisé sous conditions :

En pratique, beaucoup de communes et de vallées ont pris des arrêtés complémentaires, surtout dans les Alpes du Sud. Avant de poser la tente, mieux vaut vérifier la réglementation locale et, en cas de doute, demander au berger ou au gardien de refuge le plus proche.

Comment continuer à bivouaquer sans conflit

Le bivouac n’est pas l’ennemi de l’alpage. Mal choisi, mal tenu, ou répété sans concertation, il le devient. Pour profiter de la montagne sans desservir les éleveurs, quelques principes suffisent.

Premier principe : arriver tard, repartir tôt. Le bivouac se vit entre 19 h et 9 h, jamais en plein après-midi au milieu d’un pâturage.

Deuxième principe : s’éloigner du troupeau. Cent à deux cents mètres suffisent généralement. Cela apaise le chien de protection et réduit le stress des bêtes.

Troisième principe : ne rien laisser. Pas de déchets, pas de traces de feu, pas de nourriture. Nos repères sur le camping sauvage et le bivouac rappellent quelques réflexes simples.

Quatrième principe : dialoguer quand c’est possible. Les bergers ne sont pas des adversaires. Beaucoup donnent des indications précises sur les zones à éviter et les nuits précédentes.

Un sujet qui concerne aussi les Pyrénées

Si l’alerte vient surtout des Alpes du Sud, les Pyrénées voient la même tendance monter. Le tourisme de randonnée y explose, les refuges sont saturés en haute saison, et le bivouac hors zone autorisée se multiplie. Plusieurs communes pyrénéennes commencent à prendre des arrêtés similaires.

Pour les randonneurs qui préparent une itinérance longue, anticiper ces zones sensibles est devenu indispensable. Notre panorama des grands sentiers français en automne donne quelques pistes pour répartir la pression.

L’idée à retenir

Le bivouac en montagne reste un plaisir simple, à condition de choisir le bon endroit au bon moment. Quand un alpage accueille un troupeau, il n’est pas un terrain vague : c’est un outil de travail. Repérer la zone, respecter les chiens de protection, repartir sans trace : trois réflexes qui suffisent à éviter l’écueil. Les bergers ne demandent pas l’impossible — ils demandent juste qu’on ne leur rende pas la saison impossible.

Questions fréquentes

Peut-on bivouaquer dans un parc national ?

En général non, sauf autorisation explicite. Chaque Parc publie sa propre réglementation. Mieux vaut la consulter avant de partir.

Que faire si un patou s’approche ?

S’arrêter, ne pas bouger, parler calmement, reculer doucement. Ne pas fuir en courant, ne pas le regarder dans les yeux.

Le feu est-il autorisé en bivouac ?

Non, en France. Le feu au sol est interdit dans la plupart des massifs, et de nombreux arrêtés locaux renforcent cette règle en période de sécheresse.

5/5 - (2 votes)
Quitter la version mobile