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« 1 kg aux pieds vaut 5 kg sur le dos » : cette règle de randonnée est-elle vraiment fiable ?

Arnaud Houde par Arnaud Houde
Publié le 23 octobre 2026
Lecture 5 min
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Un kilo aux pieds en vaudrait cinq sur le dos. La formule circule dans les rayons de matériel, sur les forums de randonnée, dans les conversations de refuge. Sa source, elle, est presque jamais donnée. Deux références permettent de vérifier l’ordre de grandeur. Le résultat est plus modeste que le dicton, mais il reste suffisant pour peser sur un choix de chaussures avant une longue étape.

D’où vient la formule « 1 kg aux pieds = 5 kg sur le dos »

Le dicton ressemble à une règle de coach, du type de celles qui se transmettent à l’oral et se simplifient à chaque passage. Il n’est rattaché à aucune publication précise. Dans la littérature sur la marche avec charge, la référence la plus souvent citée en amont est une étude de Legg et Mahanty publiée en 1986 dans *Ergonomics*, dont le titre — « Energy cost of backpacking in heavy boots » — annonce exactement le sujet.

Cette étude existe, mais son protocole et ses chiffres ne circulent que de seconde main. Un rapport de cinq tiré d’une source qu’on ne peut pas ouvrir ne vaut pas mieux que le dicton. C’est précisément là que la formule devient fragile : elle énonce un chiffre que personne ne rattache à une mesure consultable.

Ce que les études mesurent réellement : 7 à 10 % contre 4 %

Une synthèse de Knapik, Reynolds et Harman, publiée dans *Military Medicine* en 2004, rassemble les données disponibles sur le coût énergétique de la marche avec charge. Deux chiffres en ressortent, et ils sont d’une autre nature que le dicton.

Chaque kilo ajouté aux pieds augmente la dépense énergétique de la marche de 7 à 10 %. Chaque kilo ajouté à la cuisse l’augmente de 4 %. L’écart entre ces deux pourcentages reste loin du rapport de cinq souvent cité. Autrement dit, la masse portée aux pieds coûte cher, mais nettement moins que ne l’annonce la formule courante.

Une nuance compte : ces pourcentages sont mesurés par rapport à la marche sans charge additionnelle, à un endroit du corps donné. Ils ne constituent pas un facteur de conversion validé entre un poids aux pieds et un poids sur le dos. Le dicton compare deux choses que les études ne comparent pas de cette manière.

Pourquoi le pied paie plus que la cuisse

L’explication tient à la distance au centre de masse. Une masse portée près du bassin suit le corps sans avoir à être accélérée séparément. Une masse fixée au pied est projetée en avant à chaque pas, puis freinée, puis relancée. Sur une heure de marche, cela représente plusieurs milliers d’accélérations et de décélérations d’une masse qui se trouve au bout du membre.

Le principe général est confirmé par les mêmes travaux : la charge portée près du centre de masse a le coût énergétique le plus faible, et les charges déportées coûtent davantage. Le pied est le point le plus éloigné du centre de masse parmi les endroits où l’on peut fixer du poids. C’est ce qui rend chaque gramme plus lourd qu’un gramme dans le sac.

L’étude de 1986 : des bottes, pas des chaussures de randonnée

Le titre de Legg et Mahanty est instructif par ce qu’il nomme : des bottes lourdes, et la marche avec sac à dos. Le contexte est celui du matériel militaire de l’époque, avec des cuirs épais et des semelles rigides. Rien n’indique que les conclusions se transposent telles quelles à une chaussure de trail de 350 grammes.

La publication est néanmoins utile comme point de départ historique : elle montre que la question du poids aux pieds était déjà traitée comme un problème de dépense énergétique mesurable, et non comme un slogan. Le facteur qui lui est attribué dans les discussions de matériel reste, lui, invérifiable.

Des soldats, pas des randonneurs de loisir

Les données de Knapik et de ses coauteurs viennent de populations militaires. Les protocoles types impliquent des sujets jeunes, entraînés, marchant sur tapis ou sur sol régulier, à vitesse imposée, avec des charges standardisées.

Un randonneur de loisir ne ressemble pas à ce profil. La vitesse varie, le terrain est irrégulier, la fatigue s’installe, le sac est parfois mal réglé, et la population couvre tous les âges. Les pourcentages issus de la littérature militaire donnent donc un ordre de grandeur et une direction, pas une prévision individuelle. Ils disent qu’un kilo aux pieds coûte plus qu’un kilo à la cuisse, sans promettre un chiffre exact pour une sortie donnée.

Ce que cela change sur une sortie de 20 km

À 4 km/h, une étape de 20 km représente cinq heures de marche. C’est l’échelle à garder en tête quand on compare deux paires de chaussures dans un magasin.

Un écart de 350 grammes par chaussure, soit 700 grammes sur les deux pieds, correspond en proportion à environ 5 à 7 % de dépense en plus par rapport à la paire légère, si l’on applique linéairement la fourchette de 7 à 10 % par kilo. C’est une différence qui se cumule pendant cinq heures et qui se remarque surtout dans les dernières montées, quand la fatigue rend chaque accélération du pied plus coûteuse.

Sur une sortie courte, l’écart est négligeable. Sur une étape longue, répétée plusieurs jours, il devient un critère de confort au même titre que la semelle.

Le sac aussi : la position de la charge compte

Le coût de la marche avec sac n’augmente pas par paliers : il progresse avec la masse portée, avec la masse corporelle du marcheur, avec la vitesse et avec la pente. Quatre paramètres qui se cumulent, ce qui explique pourquoi une montée chargée à faible vitesse reste éprouvante.

La position de la charge intervient également. Une charge collée au dos, haute et proche du centre de masse, coûte moins qu’une charge qui ballotte loin du corps. Les sangles desserrées, le sac qui pend sous les fesses ou les poches extérieures surchargées déplacent la masse et se paient en énergie, sans qu’un gramme ait été ajouté.

Choisir : ce qui se pèse et ce qui se paie

Le poids annoncé mérite d’être lu avec précision. Les fiches produit indiquent parfois le poids d’une seule chaussure, parfois celui de la paire, et rarement pour la taille portée. Un écart de 100 grammes entre deux modèles peut n’être qu’une différence de taille de référence.

Une fois la comparaison faite à taille égale, l’arbitrage reste ouvert. Une chaussure plus lourde apporte parfois une semelle qui protège mieux des cailloux, une tige qui tient la cheville, une construction qui dure. Ces qualités ne se mesurent pas en pourcentage de dépense énergétique, mais elles comptent sur un terrain accidenté.

La hiérarchie pratique est simple : alléger les pieds avant d’alléger le sac, parce que le gramme au pied coûte plus cher que le gramme au dos. Ensuite, ne pas sacrifier le maintien pour 100 grammes. Une chaussure qui frotte et oblige à s’arrêter au kilomètre douze pèse plus lourd dans la journée que la différence entre deux cuirs.

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Arnaud Houde

Passionné d’activités de plein-air et d’aventures, la randonnée a été pour moi une révélation il y a quelques années, raison pour laquelle j'ai décidé de lancer mapetiterando.fr afin de partager et faire découvrir au plus grand nombre la pratique de la randonnée.

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