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Il crée sa propre randonnée de 3 200 km : cinq mois de marche pour revenir au point de départ

Arnaud Houde par Arnaud Houde
Publié le 22 octobre 2026
Lecture 5 min
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Trois mille deux cents kilomètres, en boucle, à l’intérieur d’un seul État. La Great Colorado Route est une ligne dessinée par un marcheur, puis parcourue en entier pour la première fois en 2026. Derrière le chiffre, il y a une logistique, des règles d’accès et une solitude.

2 000 miles, ou l’art de fermer un cercle

Les Américains comptent en miles : 2 000, soit environ 3 200 kilomètres. La Great Colorado Route, abrégée GCR, a été conçue de bout en bout par Donovan Rice, 29 ans, originaire de Golden, dans le Colorado, connu sur les sentiers sous le surnom d’« Iceman ».

Le tracé ne relie pas deux points : il revient sur lui-même. La plupart des grands itinéraires européens se parcourent entre deux terminus, avec la possibilité de sortir au milieu et de rentrer en train. Ici, le retour fait partie du dessin. On part de l’endroit où l’on doit revenir, et une erreur d’orientation ne se rattrape pas par un raccourci ferroviaire. C’est une contrainte géométrique autant qu’un choix esthétique : une boucle ne raconte pas une traversée.

Un homme qui avait déjà les jambes

Rice n’a pas inventé son itinéraire en partant de zéro. Il avait terminé la section Colorado de la Continental Divide Trail, 700 miles pour la seule traversée de cet État le long de la ligne de partage des eaux, et il avait parcouru la Pacific Crest Trail en 2020.

Deux itinéraires, deux fonctions. La CDT lui a donné le terrain : les cols du Colorado, l’altitude, les passages où la neige reste tard. La PCT lui a donné la durée, cette capacité à tenir un rythme pendant des mois sans que le corps abandonne. Le principe est le même que pour d’autres itinéraires : marcher des sentiers existants, repérer les trous entre eux, tracer la ligne qui les relie. D’autres marcheurs ont mis vingt ans à boucler 20 000 km avant de s’arrêter à mi-chemin. La GCR est une addition, pas une révélation.

Quatre points cardinaux pour tenir la boucle

La boucle s’étire dans quatre directions. À l’ouest, elle pousse jusqu’à Rattlesnake Arches. Au sud, jusqu’à Alamosa. À l’est, jusqu’à Colorado Springs. Au nord, jusqu’à un mile de la frontière du Wyoming.

Ces quatre points ne sont pas des étapes à cocher, mais des limites. Ils dessinent un quadrilatère qui couvre l’essentiel de la largeur et de la hauteur du Colorado, de l’ouest à l’est, en passant par la haute montagne. Une boucle de cette ampleur ne peut pas éviter le relief : elle est obligée de le traverser plusieurs fois, dans des sens et à des moments différents.

Deux parcs nationaux, quatre wilderness areas

Le tracé traverse le Black Canyon of the Gunnison et le Rocky Mountain National Park, puis quatre zones classées wilderness : Indian Peaks, Eagles Nest, Flat Tops et Lost Creek.

Le mot compte. Une wilderness area relève d’un statut de protection fédérale qui exclut les routes et les véhicules à moteur ; certains secteurs n’ont pas de sentier entretenu, seulement un couloir praticable. Pour un marcheur, cela change la nature du travail : on ne suit plus une trace, on lit un terrain. Cela veut aussi dire que le même itinéraire peut être fluide une semaine et bloqué la suivante, selon la neige, un incendie ou une crue.

Cinq mois entre le Black Canyon et le retour

Le départ a été donné le 14 mai 2026, depuis le Black Canyon of the Gunnison National Park. Le retour a eu lieu cinq mois plus tard. Ce retour est présenté comme le premier accomplissement complet de l’itinéraire : non pas une tentative, mais la première fois que la boucle est fermée telle qu’elle avait été pensée.

Le calcul est sévère. Trois mille deux cents kilomètres divisés par cinq mois, environ cent cinquante jours, donnent un peu plus de vingt kilomètres par jour, jours de repos compris. Ce n’est pas un exploit de vitesse : c’est un régime de travail. La difficulté n’est pas de marcher vingt kilomètres, elle est de les marcher après quatre mois, avec des chaussures usées, un sac qui a perdu sa rigidité et une météo qui a déjà changé deux fois de saison.

Pourquoi le thru-hike reste une affaire américaine

Le thru-hike est une pratique culturellement américaine, et pas seulement sportive. Elle suppose de très grands espaces publics d’un seul tenant, une tradition d’accueil dans les petites villes traversées, et l’habitude de considérer qu’un sentier de plusieurs milliers de kilomètres est une infrastructure légitime, entretenue par des bénévoles et des agences fédérales.

En Europe, le réseau de sentiers est plus dense, mais le foncier est morcelé et les règles de bivouac varient d’un massif à l’autre. Un marcheur européen peut traverser un pays à pied ; il le fait rarement en autonomie complète pendant cinq mois. C’est cette continuité-là qui fascine : non pas la performance, mais le fait qu’un itinéraire puisse exister sans discontinuer sur une aussi longue distance.

Ravitaillement, permis, solitude : ce que la continuité coûte

Trois contraintes reviennent dans tous les récits de thru-hike, et la GCR les concentre.

Les permis, d’abord. Un itinéraire qui traverse deux parcs nationaux et quatre wilderness areas ne relève pas d’une seule autorité. Les règles d’accès, de réservation et de bivouac diffèrent d’une unité à l’autre, et un parcours de cette longueur multiplie les interlocuteurs. Le détail de ces démarches n’est pas public, et il serait imprudent de le reconstituer.

Le ravitaillement, ensuite. Sur les grands sentiers américains, l’usage consiste à s’envoyer des colis vers des points relais, bureaux de poste ou épiceries de village. Ce réseau s’est construit autour de sentiers fréquentés, avec des villes qui savent ce qu’est un thru-hiker. Une boucle conçue en 2026 n’a pas encore ce réseau.

La solitude, enfin. Sur un itinéraire établi, on croise d’autres marcheurs, on partage des portions, on bénéficie des conseils de ceux qui précèdent. Sur une route nouvelle, il n’y a personne devant. Personne pour signaler qu’un col est encore enneigé, qu’une source est à sec ou qu’un pont a disparu. La GCR compte un accomplissement complet à son actif : il n’y a pas encore de communauté, et c’est peut-être sa difficulté principale.

Ce que la Great Colorado Route ne promet pas

Il faut le dire clairement : rien n’indique qu’un randonneur puisse boucler cette boucle demain. Rien, dans le récit publié, ne mentionne un topo grand public, un balisage ou un service de réservation unique : ce qui est décrit est un précédent, pas un mode d’emploi.

Ce que l’histoire raconte, c’est la naissance d’un itinéraire : un homme qui connaissait déjà deux grands sentiers, qui a relié les morceaux, et qui a passé cinq mois à vérifier que le dessin tenait debout. Pour la plupart, la GCR restera une carte à regarder. Pour quelques-uns, elle deviendra peut-être un projet.

C’est aussi ce qui rend l’histoire intéressante. Un sentier ne naît pas d’une décision administrative : il naît de quelqu’un qui marche le premier et qui, en rentrant, laisse derrière lui une ligne que d’autres pourront suivre.

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Arnaud Houde

Passionné d’activités de plein-air et d’aventures, la randonnée a été pour moi une révélation il y a quelques années, raison pour laquelle j'ai décidé de lancer mapetiterando.fr afin de partager et faire découvrir au plus grand nombre la pratique de la randonnée.

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