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Trois charges en deux semaines : à Besançon, le préfet autorise l’abattage d’un chamois

Arnaud Houde par Arnaud Houde
Publié le 22 octobre 2026
Lecture 5 min
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Sur les hauteurs de Besançon, dans le Doubs, un nom revient dans les trois récits : la Chapelle-des-Buis. En deux semaines, entre le 28 septembre et le 11 octobre 2026, trois personnes y ont déclaré avoir été chargées par un chamois. L’une d’elles, une coureuse de 30 ans, a été percutée le 1er octobre et est restée inconsciente plusieurs minutes.

Ce qui se joue dans ce secteur de forêt périurbaine n’est pas seulement l’histoire d’un animal qui ne recule plus : c’est aussi celle d’un bois de bord de ville devenu, pour beaucoup de monde, un terrain d’entraînement.

Trois charges en deux semaines au-dessus de Besançon

La chronologie tient en trois dates. Le 28 septembre, un joggeur est chargé. Le 1er octobre, une coureuse de 30 ans est percutée. Le 11 octobre, un randonneur affirme avoir été chargé plusieurs fois par « un gros mâle ».

Les trois épisodes se déroulent dans le même secteur, la Chapelle-des-Buis, sur les hauteurs de la ville. Dans les trois cas, la personne visée était en mouvement, sur un itinéraire de sport ou de promenade : un jogging, une course, une randonnée. Aucune des trois ne se trouvait là pour observer l’animal.

Ce qui sépare le 1er octobre des deux autres dates, c’est le bilan : les blessures sont documentées, alors que la date du 11 octobre ne repose pour l’instant que sur un récit.

Le 1er octobre, la course qui bascule

Ce jour-là, une coureuse de 30 ans est percutée sur le secteur. Elle perd connaissance et reste inconsciente plusieurs minutes.

Le bilan tient en deux lignes, et ce sont ces deux lignes qui sortent l’épisode de la rubrique des mauvaises rencontres de sentier : dix points de suture à l’épaule, dix-huit agrafes au crâne.

Deux zones du corps, deux prises en charge : une épaule se recoud, un crâne s’agrafe. Les deux zones touchées situent les blessures sur le haut du corps.

Un joggeur chargé peut rester un incident isolé. Une coureuse inconsciente avec des agrafes au crâne oblige une administration à répondre.

« Un gros mâle » : ce que les témoins décrivent

Le 11 octobre, un randonneur déclare avoir été chargé plusieurs fois par « un gros mâle ». Deux éléments méritent d’être isolés.

Le premier est la répétition : « plusieurs fois ». Une charge unique peut se lire comme un avertissement. Des charges répétées décrivent un animal qui revient sur la personne, ce qui n’appelle pas la même lecture.

Le second est la description elle-même. Dans les récits publiés, ce randonneur est le seul dont le témoignage qualifie physiquement l’animal : un gros mâle. Ce n’est pas une identification, mais une description de témoin. C’est pourtant tout ce dont dispose un dossier qui doit désigner un animal précis.

Un seul animal ? L’hypothèse des autorités

Les autorités soupçonnent un seul animal. L’hypothèse s’appuie sur deux constats simples : trois charges en deux semaines, et un même secteur.

Elle a une conséquence directe : désigner un individu n’est pas désigner une espèce. Si c’est bien le même chamois qui a chargé trois fois, les autres animaux du bois ne sont pas en cause.

Elle a aussi une faiblesse, et elle est de taille : l’hypothèse reste une hypothèse. Rien dans les trois récits ne permet d’affirmer qu’il s’agit du même animal, sinon la proximité géographique et la brièveté de la période. Deux chamois du même secteur, au même moment, produiraient exactement la même série de témoignages.

L’abattage autorisé par le préfet, et la polémique

Le préfet a autorisé l’abattage de l’animal. La décision fait polémique.

Ce qui est contesté n’est pas le récit des blessures : les points de suture et les agrafes sont documentés. Ce qui est contesté, c’est la réponse apportée.

Abattre un animal sauvage dans un bois de bord de ville n’est pas anodin, et l’argument ne se réduit pas à la sensibilité de chacun. Il touche à une question de méthode : on ne tranche pas sur un individu tant que l’individu n’est pas établi. La mesure la plus lourde est prise avant que la démonstration soit faite.

Identifier l’animal avant de l’abattre

Ouest-France, le 16 octobre, souligne précisément cette difficulté : identifier l’animal avant l’abattage.

Le problème est logique autant que technique : pour abattre le bon chamois, il faut savoir lequel, et c’est ce que le dossier ne permet pas encore d’établir. Dans un bois où l’espèce est présente, distinguer un individu d’un autre à distance, sans marque ni suivi, demande un travail que trois témoignages ne remplacent pas.

Il reste alors deux possibilités, et aucune n’est confortable. Soit l’opération attend que l’animal soit formellement identifié, et celui qui a chargé trois fois reste sur place. Soit elle a lieu sans identification formelle à ce stade, et rien ne garantit que l’animal prélevé soit celui des trois dates.

Pourquoi un chamois en vient à charger

Un chamois n’est pas un prédateur. C’est un ongulé de montagne, herbivore, qui, en temps ordinaire, s’écarte à l’approche. Une charge n’a donc rien à voir avec une attaque au sens où on l’entend pour un carnivore : l’animal ne vient pas se nourrir, il vient faire reculer ce qu’il tient pour une menace.

La différence déplace la question. Ce n’est pas l’appétit de l’animal qu’il faut comprendre, mais ce qui l’a amené à ne plus céder le passage.

Sur ce point, les trois récits laissent un vide. Aucun ne dit ce qui a déclenché la charge, ni à quelle distance les personnes se trouvaient, ni ce que l’animal faisait avant. Le seul élément de comportement est la répétition signalée le 11 octobre. Un animal qui revient sur la même personne n’est pas un animal qui fuit : c’est à peu près tout ce que les témoignages permettent d’avancer.

Le reste relève de l’enquête, pas du commentaire.

La forêt périurbaine devenue terrain d’entraînement

La Chapelle-des-Buis n’est pas un col isolé. C’est un bois aux portes d’une ville, qui cumule deux usages que rien n’organise vraiment : un habitat pour la faune sauvage, et un réseau de chemins utilisé pour s’entraîner.

Un bois de bord de ville n’est pas un parc clos : ses chemins sont ouverts et parcourus, et rien n’y matérialise la frontière entre la zone de passage et celle où la faune reste. Les deux occupations se superposent sur le même sol, sans règle qui les distribue.

Ce n’est pas propre au Doubs. Déranger un cerf ne demande qu’une odeur humaine, et les rencontres avec les grands animaux se multiplient là où la forêt reçoit du public, comme lorsqu’une famille d’ours croise des randonneurs.

Les trois personnes visées ne faisaient rien d’exceptionnel : un jogging, une course, une randonnée. C’est ce qui rend l’affaire inconfortable. Il n’y a pas de faute à chercher du côté des victimes, pas de comportement à corriger. Il y a un espace partagé où l’un des occupants ne peut pas être prévenu.

L’abattage, s’il a lieu, clôt un dossier. Il ne dit rien du partage d’un espace entre une ville et sa forêt. La question restera posée après l’animal : combien de coureurs sur ces chemins, et quelle place reste laissée au reste du bois.

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Arnaud Houde

Passionné d’activités de plein-air et d’aventures, la randonnée a été pour moi une révélation il y a quelques années, raison pour laquelle j'ai décidé de lancer mapetiterando.fr afin de partager et faire découvrir au plus grand nombre la pratique de la randonnée.

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