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De 18 à 9 500 pèlerins : pourquoi les Sud-Coréens se passionnent pour Compostelle

Irvin THOMAS par Arnaud Houde
Publié le 5 septembre 2026
Lecture 7 min
Borne portant la coquille et la flèche du chemin de Compostelle

Photo d’illustration : Győző Mórocz / Pexels. La borne représente le chemin de Compostelle sans identifier l’origine des marcheurs.

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Le chemin de Compostelle attire de plus en plus de voyageurs sud-coréens : ils étaient 18 à atteindre Santiago en 2004, contre 9 500 en 2024 selon les chiffres rapportés par la presse espagnole. Derrière cette progression spectaculaire, plusieurs influences se croisent — spiritualité, goût de la randonnée et culture populaire — sans qu’une seule explication puisse résumer les parcours de chacun.

Un phénomène devenu visible à Santiago

Sur les derniers kilomètres du Camino de Santiago, les rencontres se multiplient. Parmi les pèlerins arrivés à Santiago de Compostelle, les Sud-Coréens occupent désormais une place remarquée. Le Diario de Santiago, cité par le Courrier international, indique que 9 500 Sud-Coréens se sont arrêtés dans la ville en 2024. Ce chiffre ne dit pas tout de leur itinéraire, mais il donne une idée de la visibilité prise par cette nationalité sur les chemins.

La progression est particulièrement frappante lorsqu’on la replace dans le temps. En 2004, seuls 18 pèlerins sud-coréens étaient arrivés au bout du chemin. En 2019, ils étaient 8 224, d’après les données rapportées par Galicia Press. La Corée du Sud figurait alors au huitième rang des pays les plus représentés sur l’itinéraire. Entre ces deux dates, le Camino est passé du statut de voyage lointain à celui d’expérience connue d’un public beaucoup plus large.

Des chiffres impressionnants, mais à lire avec prudence

Une hausse statistique ne permet pas, à elle seule, de raconter les motivations d’un groupe entier. Les personnes qui partent marcher ne le font pas toutes pour les mêmes raisons : certaines cherchent un défi physique, d’autres un temps de recul, une expérience culturelle, une aventure entre amis ou une dimension spirituelle. Les chiffres disponibles portent en outre sur les arrivées à Santiago, et non sur l’ensemble des marcheurs ayant parcouru seulement une partie du chemin.

Il vaut donc mieux parler de facteurs qui ont pu contribuer à l’essor du Camino en Corée du Sud que d’une cause unique. La presse espagnole et plusieurs médias coréens évoquent un faisceau d’influences. Elles se renforcent parfois, mais elles ne produisent pas nécessairement la même expérience pour chaque pèlerin.

Le poids symbolique du pèlerinage

La dimension religieuse est souvent citée pour comprendre l’intérêt sud-coréen pour Compostelle. La Corée du Sud compte une importante minorité catholique, évaluée à environ 10 % de la population dans les sources reprises par le Diario de Santiago. Ce pourcentage ne signifie pas que tous les marcheurs sont croyants, ni que le Camino serait réservé aux catholiques. Il rappelle plutôt qu’un vocabulaire du pèlerinage, de la quête et du cheminement peut trouver un écho dans une partie de la société.

Pour certains voyageurs, arriver devant la cathédrale de Santiago peut ainsi donner une profondeur particulière à l’effort fourni. Pour d’autres, le symbole religieux reste un élément patrimonial ou culturel parmi d’autres. La force du chemin tient justement à cette coexistence : chacun peut y projeter une intention différente, sans que l’itinéraire se réduise à une pratique confessionnelle.

Sur le Camino, le mot « pèlerin » recouvre des réalités très variées : croyants, randonneurs, voyageurs en quête de silence et curieux de culture peuvent suivre le même balisage avec des attentes différentes.

Une culture de la randonnée déjà bien installée

Le succès de Compostelle ne part pas de zéro. En Corée du Sud, la marche en montagne et le trek font partie des activités de plein air les plus populaires. The Korea Times, cité dans l’article de référence, avance que la marche et le trek sont les principales activités outdoor du pays. Le même article évoque 15 millions de randonneurs et indique que 11,3 % d’entre eux auraient déjà parcouru au moins un sentier de grande randonnée.

Ces données dessinent un terrain favorable, mais elles ne prouvent pas que la randonnée sud-coréenne conduise automatiquement à Compostelle. Elles suggèrent plutôt que l’effort sur plusieurs jours, les itinéraires balisés et les départs en groupe ne sont pas des pratiques étrangères. Le Camino peut alors apparaître comme une nouvelle manière d’explorer une activité déjà familière, dans un décor européen et avec un horizon culturel différent.

Le livre de Kim Nam Hee comme récit déclencheur

La médiatisation du chemin s’est aussi construite par les récits. En 2006, l’écrivaine Kim Nam Hee a publié Le Voyage d’une femme seule, un ouvrage inédit en français inspiré de son expérience sur les chemins de Saint-Jacques. Selon le Temps, ce livre a rencontré un public nombreux, intéressé par le récit d’un voyage présenté comme transformateur.

Un livre ne crée pas mécaniquement une destination touristique. Il peut cependant fournir des images, des étapes et une manière de raconter le départ. Les lecteurs y trouvent parfois une permission de voyager seuls, une idée d’itinéraire ou un récit auquel comparer leur propre expérience. Dans le cas de Compostelle, le témoignage de Kim Nam Hee a contribué à rendre le chemin plus concret et plus imaginable pour des lecteurs sud-coréens.

Quand la K-pop montre le chemin

En 2018, le groupe de K-pop god a parcouru le chemin dans une émission de téléréalité diffusée en plusieurs épisodes. Le programme a montré les membres du groupe face aux paysages, à la fatigue et aux étapes du voyage. Cette mise en scène a donné au Camino une visibilité nouvelle auprès d’un public qui ne consultait pas forcément les guides de randonnée ou les récits de pèlerinage.

L’effet d’une émission est difficile à mesurer précisément. Elle peut néanmoins modifier l’image d’une destination : un itinéraire perçu comme austère ou réservé aux croyants devient soudain associé à des visages connus, à des moments de groupe et à une aventure que l’on peut suivre depuis son canapé. Pour certains téléspectateurs, cette familiarité nouvelle a peut-être nourri l’envie de partir. Pour d’autres, l’émission a simplement ajouté Compostelle à la liste des voyages possibles.

Une auberge au cœur de Korean Hostel in Spain

L’année suivante, en 2019, la téléréalité Korean Hostel in Spain a prolongé cette visibilité. Le programme suivait de jeunes acteurs et actrices tenant une auberge destinée aux pèlerins. Cette fois, le chemin n’était pas seulement présenté comme une longue marche : les téléspectateurs découvraient aussi les repas, l’accueil, les rencontres et les petits imprévus de la vie quotidienne autour d’une étape.

Cette approche peut rendre le voyage plus accessible. Elle montre qu’un séjour sur le Camino se compose de journées de marche, mais aussi de pauses, de conversations et d’une organisation très concrète. Elle ne suffit pas à expliquer la fréquentation à elle seule, mais elle a participé à installer l’itinéraire dans l’imaginaire populaire sud-coréen, au moment où les chiffres de fréquentation atteignaient déjà un niveau élevé.

La marche comme pause face au stress

Les articles consacrés au phénomène évoquent enfin une motivation plus intime : le besoin de ralentir dans un contexte de pression professionnelle et sociale. Marcher plusieurs jours impose un rythme simple. On avance, on se repose, on prépare l’étape suivante. Cette répétition peut offrir une coupure avec les écrans, les rendez-vous et les décisions permanentes du quotidien.

Il ne faut pas transformer cette observation en promesse de bien-être universelle. Le chemin peut aussi être éprouvant, solitaire ou logistiquement compliqué. La météo, les ampoules, le budget et la longueur des étapes font partie de l’expérience. Mais pour certains voyageurs, l’intérêt réside précisément dans ce cadre limité : pendant quelques semaines, l’objectif est moins de tout résoudre que de retrouver une attention portée aux gestes ordinaires.

Un itinéraire européen qui reste adaptable

Le Camino n’est pas un parcours unique. Les pèlerins peuvent choisir le Camino Francés, le Camino Portugués, le Camino del Norte ou d’autres voies, avec des distances et des ambiances différentes. Cette variété facilite l’adaptation à un congé disponible, à un niveau de randonnée et à une envie de solitude ou de convivialité.

Pour préparer un premier départ, il est utile de distinguer la distance totale, la durée réelle, le dénivelé et la fréquentation. Les hébergements peuvent être complets sur certaines périodes, tandis que les conditions changent selon la saison. Notre décryptage des cinq grands chemins de Compostelle aide à comparer les profils des itinéraires avant de choisir une voie.

Comprendre l’attrait sans enfermer les marcheurs

La présence croissante de Sud-Coréens sur le chemin de Compostelle raconte donc moins une mode isolée qu’une rencontre entre plusieurs univers. Une tradition de pèlerinage à forte portée symbolique, une pratique de randonnée populaire, des récits personnels et des émissions très suivies ont pu se répondre. Le succès du Camino tient aussi à sa capacité à accueillir des projets différents, du voyage contemplatif au défi sportif en passant par la découverte de l’Espagne.

Cette histoire invite surtout à éviter les raccourcis. Aucun chiffre ne permet de déduire les intentions de chaque marcheur, et aucune émission ne peut résumer les raisons d’un départ. Pour qui souhaite découvrir une expérience comparable mais moins fréquentée, notre sélection de cinq alternatives européennes à Compostelle ouvre d’autres pistes, avec la même idée de progression à pied et un rapport différent aux foules.

Sources : Courrier international, « Pourquoi tant de Sud-Coréens sur le chemin de Compostelle ? », 3 septembre 2026 ; données et médias cités dans l’article : Diario de Santiago, Galicia Press, The Korea Times et Le Temps. Les chiffres et pistes d’explication sont présentés comme rapportés par ces sources, sans établir de causalité unique.

Photo d’illustration : Győző Mórocz / Pexels. La borne représente le chemin de Compostelle sans identifier l’origine des marcheurs qui l’empruntent.

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Arnaud Houde

Passionné d’activités de plein-air et d’aventures, la randonnée a été pour moi une révélation il y a quelques années, raison pour laquelle j'ai décidé de lancer mapetiterando.fr afin de partager et faire découvrir au plus grand nombre la pratique de la randonnée.

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