Grimper une fois au sommet de l’Aneto, le toit des Pyrénées à 3 404 mètres, c’est déjà une belle aventure. Maël, 18 ans, l’a fait deux fois, parce que la croix qu’il avait lui-même hissée là-haut avait besoin d’être refixée. Une histoire qui dit beaucoup sur ce que la montagne peut forger chez un gamin. On pense parfois que les jeunes désertent les sommets, mais comme on le voit aussi avec certains accidents médiatisés, la montagne attire toujours les nouvelles générations, avec des motivations très différentes.
Une croix, une histoire, un aller-retour à 3 404 mètres
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Tout commence lors d’une première ascension de l’Aneto, point culminant des Pyrénées côté espagnol, que Maël réalise alors qu’il est encore adolescent. Il décide alors d’y poser une croix sommitale, geste symbolique fort dans la tradition des alpinistes et des randonneurs de haute montagne. Mais les conditions en altitude sont rudes : vent, gel, variations de température extrêmes. La croix s’est décrochée.
Plutôt que de hausser les épaules, Maël a remis ses crampons et est reparti. Direction le sommet, une deuxième fois, pour refixer ce qu’il avait posé. « Je déciderai de remonter à chaque fois », a-t-il confié à France 3 Occitanie, avec une simplicité qui en dit long sur son rapport à la montagne. Pas de déclaration fracassante, juste une logique de randonneur : on finit ce qu’on commence.
L’Aneto, un sommet qui ne pardonne pas l’improvisation
Pour ceux qui rêveraient de marcher dans les traces de Maël, quelques repères s’imposent. L’Aneto culmine à 3 404 mètres d’altitude, côté aragonais en Espagne, dans le massif de la Maladeta. Le départ se fait depuis le refuge de la Rencluse, accessible depuis le parking de Benasque. L’ascension classique représente environ 20 km aller-retour pour un dénivelé positif de l’ordre de 1 500 mètres. La durée estimée tourne autour de 9 à 11 heures selon le rythme et les conditions.
Le passage technique de la course, c’est le « Pas de Mahomet » : une arête glaciaire étroite qui relie le glacier de l’Aneto au sommet proprement dit. Crampons et piolet sont indispensables, même en plein été. Le glacier recule chaque année, mais les crevasses et la neige dure restent présentes. La saison idéale se situe entre fin juin et début septembre, en partant impérativement de nuit ou très tôt le matin pour éviter les orages d’après-midi et le ramollissement de la neige.
Ce que ce geste dit des liens entre jeunes et montagne
L’histoire de Maël tranche avec les récits qui présentent la montagne comme un terrain de défi viral ou de contenu pour réseaux sociaux. Ici, pas de story Instagram au premier plan. Un gamin de 18 ans qui pose une croix, qui la voit tomber, et qui remonte. C’est une forme de responsabilité envers un lieu, un attachement concret à un sommet précis. Ce genre de rapport à la montagne, fait de retours répétés et d’engagement discret, est exactement ce que beaucoup de randonneurs aguerris reconnaissent comme le coeur de la pratique.
Cela rejoint aussi une réflexion plus large sur ce que la montagne nous demande en retour de ce qu’elle nous donne. On en parlait récemment dans notre article sur les aménagements qui défigurent les sommets : les lieux de montagne sont des espaces fragiles, et ceux qui y grimpent portent une part de responsabilité sur ce qu’ils y laissent, ou y remettent en état.
Maël, lui, a tranché la question à sa façon : les crampons aux pieds, une croix dans le sac, et la conviction qu’il remontera autant de fois que nécessaire.




