On l’entend souvent : la marche est le meilleur exercice, accessible à tous, sans chichis.
Sauf qu’un scientifique spécialiste de l’exercice vient de rappeler une réalité biomécanique que les cyclistes connaissent depuis toujours : le vélo est au moins quatre fois plus efficace que la marche pour parcourir une même distance.
Pour les randonneurs que nous sommes, ça mérite qu’on s’y arrête, d’autant qu’on l’évoquait déjà en filigrane dans notre article sur la course à pied et ses limites pour les randonneurs.
Un calcul simple : 5 km à pied en 1 heure, à vélo en 15 minutes
L’exemple posé par Anthony Blazevich, scientifique spécialiste de l’exercice, dans les colonnes de The Conversation relayées par The Independent, est limpide : face à un trajet de 5 kilomètres, un marcheur met environ une heure, là où un cycliste ordinaire arrive en 15 minutes, à peine essoufflé.
C’est exactement quatre fois plus rapide pour une dépense d’énergie bien moindre. Et cette efficacité n’est pas anecdotique : on estime qu’il existe plus d’un milliard de vélos dans le monde, ce qui fait du vélo l’un des moyens de transport les plus utilisés de toute l’histoire humaine.
Mais pourquoi cette différence est-elle si marquée ? Pas une question de volonté ou de forme physique. C’est pur mécanique.
Ce que la biomécanique dit sur la marche, et pourquoi ça coûte cher en énergie
Quand on marche, et a fortiori quand on randonne en montagne, le corps fonctionne sur un principe de chute contrôlée vers l’avant. À chaque foulée, les jambes décrivent de grands arcs de cercle, soulevant le poids des membres contre la gravité.
Ce mouvement de balancement seul consomme une quantité d’énergie significative. Pour s’en convaincre, imaginez simplement balancer les bras sans arrêt pendant une heure : épuisant, alors que c’est un mouvement bien moins lourd que celui des jambes.
À cela s’ajoute ce que les scientifiques appellent la « mini-collision » à chaque pas. Quand votre semelle claque sur le sol, une partie de l’énergie est littéralement dissipée sous forme de bruit et de chaleur. Vous l’entendez, vous le sentez dans les vibrations qui remontent dans les jambes.
C’est autant d’énergie perdue, qui ne propulse pas le corps vers l’avant. Les amateurs de longues descentes le savent bien : la descente en randonnée sollicite les genoux dix fois plus qu’à plat, en partie pour ces raisons d’impact répété.
Pourquoi le vélo court-circuite toutes ces pertes ?
Sur un vélo, la mécanique est radicalement différente. Les jambes ne balancent plus dans de grands arcs, elles décrivent un cercle compact autour du pédalier. Le poids des membres est partiellement soutenu par la selle.
Et surtout, il n’y a plus de collision avec le sol : les roues roulent, la chaîne transmet la puissance, et l’énergie produite par les muscles va quasi intégralement à la propulsion. La machine, pourtant simple dans sa conception (deux roues, pédales, chaîne, vitesses), s’avère parfaitement accordée à la physiologie humaine.
Les vitesses, notamment, jouent un rôle clé : elles permettent d’ajuster le rapport entre l’effort musculaire et la vitesse obtenue, un peu comme un randonneur aguerri qui règle sa foulée et son rythme cardiaque selon la pente. C’est cette capacité à rester dans une zone d’effort optimale qui rend le vélo si peu fatigant sur de longues distances.
Ce que ça change pour un randonneur
Cette information n’est pas là pour dénigrer la randonnée, qui reste un exercice complet, particulièrement efficace en terrain varié et en dénivelé. Mais elle invite à penser le vélo différemment, notamment comme outil de récupération active entre deux sorties, ou comme moyen d’accéder à un départ de sentier sans chauffer les jambes en chemin. Certains randonneurs l’ont déjà compris, en combinant vélo gravel et sentiers pédestres pour des journées mixtes.
Elle rappelle aussi que l’efficacité d’un effort ne se mesure pas à la peine qu’il donne. Un vélo couvre plus de terrain, épargne les articulations des chocs répétés, et laisse les jambes disponibles pour ce qui compte vraiment : les heures passées sur les sentiers.




