Au sommet du pic d’Aneto, à 3404 m, des alpinistes ont découvert début avril un socle vide là où se dressait, depuis 75 ans, la croix sommitale. Cent kilos d’aluminium, sectionnés à la meuleuse puis, selon le maire de Benasque, balancés dans le ravin. La Guardia Civil enquête.
Une croix de 100 kg arrachée du toit des Pyrénées
La scène a de quoi laisser songeur. Sur le point culminant de la chaîne pyrénéenne, côté espagnol, le socle de la croix centrale n’a plus rien sur le dessus. Les premiers grimpeurs à faire la découverte ont filmé la chose et envoyé la vidéo à la mairie de Benasque. Le maire, Manuel Mora Bernat, raconte qu’il a d’abord cru à un montage.
Renseignements pris, la Guardia Civil est montée vérifier. Le verdict est tombé : la croix a bel et bien été abattue. Un édifice en aluminium de 100 kg, installé il y a trois quarts de siècle grâce à la contribution de citoyens des deux côtés de la frontière, français comme espagnols. Depuis, tous ceux qui ont atteint le sommet l’avaient vue.
Le pic d’Aneto culmine à 3404 m, ce qui en fait le point le plus haut de toute la chaîne des Pyrénées. L’ascension classique part de Benasque, côté aragonais, et demande une journée complète en montagne avec traversée d’un glacier. Rien de technique côté escalade, mais tout sauf une rando du dimanche.
Cinq à six heures de montée avec une meuleuse dans le sac
C’est tout le mystère de l’affaire. Pour rejoindre le sommet, il faut compter cinq à six heures de course depuis les refuges les plus proches. Et pour sectionner une structure aluminium solidement fixée avec des haubans, il fallait embarquer l’outil qui va bien. Une meuleuse. À 3404 m d’altitude.
Pour Manuel Mora Bernat, aucun doute : Il est clair que l’acte était prémédité
. La logistique parle d’elle-même. Le matériel à monter, le temps de portage, la discrétion nécessaire. Rien qui ressemble à un coup de sang.
L’an dernier, la croix avait déjà été descendue pour restauration après avoir souffert des intempéries. Reconstituée en un seul bloc en atelier, elle avait été replacée au sommet par hélicoptère. C’était donc son premier hiver après ce retour en fanfare. Et les fortes rafales de la Semaine sainte l’avaient laissée intacte : hors de question de parler d’un coup du vent.
Probablement dans un ravin, sous la neige
Où est passée la croix ? Le maire écarte d’emblée la piste d’un vol pour revendre l’aluminium en pièces détachées. Son hypothèse est plus brutale : les auteurs auraient découpé la base à la meuleuse, puis balancé l’ensemble dans le ravin. Les 100 kg de métal dormiraient aujourd’hui sous la neige de printemps.
Pour la retrouver, il faudra attendre le dégel. La mairie de Benasque assure qu’elle sera replacée dès qu’on mettra la main dessus, et restaurée si besoin. Une plainte a été déposée. L’enquête est entre les mains de la Guardia Civil.
Même scénario au pic Saint-Michel, dans le Vercors
L’affaire prend une tournure particulière avec une seconde disparition, au même moment. Dans le Vercors, la croix sommitale du pic Saint-Michel s’est elle aussi volatilisée. Coïncidence ou mouvement coordonné ? Pour l’heure, rien n’étaye l’hypothèse d’une opposition religieuse organisée.
Le maire de Benasque insiste sur un point : au sommet de l’Aneto, la croix n’est pas le seul symbole, et tous coexistent depuis des décennies. Dans les Pyrénées comme dans les Alpes, les croix sommitales font partie du paysage, au même titre que les cairns ou les panneaux peints sur les rochers.
L’enquête continue. Côté randonneurs et alpinistes, la consigne est la même que d’habitude : si vous montez à l’Aneto ces prochaines semaines et que vous voyez quelque chose d’inhabituel dans la pente, remontez l’info à la mairie de Benasque ou à la Guardia Civil. Le roi des Pyrénées attend le retour de sa couronne.
- France 3 Nouvelle-Aquitaine, reportage avril 2026 (Alicia Girardeau et Olivier Lopez)
- Heraldo de Aragón






