Bow drill, cactus, transpiration bag… Ces techniques de survie font le bonheur des chaînes YouTube survivalistes, mais en cas de pépin sur le sentier, elles risquent de vous faire perdre un temps précieux.
Voici les 5 compétences à oublier, et surtout, ce qu’il faut mettre à leur place dans votre sac.
Bushcraft et survie : deux univers que l’on confond trop souvent
Le bushcraft, c’est l’art de vivre en autonomie prolongée en pleine nature : forager, piéger, construire un abri durable. La survie en milieu sauvage, c’est autre chose. La survivaliste Jessie Krebs le résume bien : une situation de survie dure en moyenne trois jours. L’objectif n’est pas de « vivre » dans les bois, c’est de tenir le temps d’être secouru ou de rentrer par ses propres moyens.
Les compétences utiles sont donc radicalement différentes de celles que l’on voit défiler sur les réseaux sociaux.
Sous stress, blessé, déshydraté ou hypothermique, un randonneur a besoin de solutions simples et fiables.
Pas de techniques qui demandent des heures de pratique pour être maîtrisées. Comme on le rappelle souvent ici, prendre soin de son corps avant même de partir en montagne est déjà une forme de préparation, que ce soit via les bons exercices pour prévenir les douleurs ou en soignant sa technique de marche.
La survie, c’est dans le même esprit : mieux vaut du concret que du spectaculaire.
Les 5 techniques de survie inutiles en randonnée
1. Allumer un feu par friction (bow drill, silex…)
C’est le grand classique des formations survie et des scouts du monde entier. Le bow drill, le silex, la loupe… autant de méthodes qui impressionnent autour d’un feu de camp, mais qui ont un point commun majeur : elles sont très difficiles à maîtriser sans entraînement régulier.
Le bois doit être parfaitement sec, bien choisi, et la technique demande une mémoire musculaire qui ne s’acquiert qu’avec des dizaines d’heures de pratique. Une goutte de pluie sur la braise obtenue, et c’est reparti à zéro.
Et même en supposant que vous y arriviez : un feu n’est pas forcément ce dont vous avez le plus besoin. Une bonne gestion des couches vestimentaires et un abri efficace pour conserver la chaleur corporelle sont bien plus fiables quand on est épuisé et stressé.
La vraie réponse ? Un briquet dans votre poche. Un deuxième dans la poche intérieure de votre veste. Un allume-feu pour le bois humide si vous y tenez. Simple, léger, efficace.
2. Vider un cactus pour s’hydrater dans le désert
Les westerns ont la vie dure. L’idée de trancher un cactus en deux et d’en boire le jus pour survivre dans le désert est tenace, mais fausse. Le peu de liquide que l’on peut extraire d’un cactus ordinaire est au mieux imbuvable, au pire suffisamment acide pour provoquer des nausées et des vomissements.
Résultat : vous vous déshydratez encore plus vite.
En situation réelle, les méthodes de collecte d’eau alternatives existent (transpiration bag, collecte de rosée…) mais restent anecdotiques et peu efficaces pour un randonneur en difficulté. La vraie priorité : partir avec une réserve d’eau suffisante, connaître les points d’eau sur votre itinéraire, et emporter un moyen de filtration fiable.
3. Sucer le venin d’une morsure de serpent
Autre grand mythe cinématographique. Inciser la plaie et aspirer le venin est non seulement inefficace, mais potentiellement dangereux pour la personne qui réalise le geste.
Le venin passe dans la circulation sanguine bien trop rapidement pour que quoi que ce soit puisse être retiré de cette façon.
En cas de morsure de serpent, la bonne conduite est d’immobiliser le membre atteint, de rester calme pour ralentir la circulation, et d’appeler les secours ou de rejoindre un médecin le plus vite possible.
4. Cautériser une blessure avec un fer chauffé au feu
Encore une image d’Épinal héritée des films. Plonger un couteau dans les braises pour « refermer » une plaie, ça fait très beau à l’écran.
En réalité, cela provoque des brûlures supplémentaires, augmente le risque d’infection et ne stoppe pas efficacement les hémorragies internes. Un pansement compressif, une bande hémostasique ou même un tissu propre maintenu fermement sont infiniment plus utiles. La trousse de premiers secours adaptée à la rando reste la meilleure réponse.
5. Combattre un animal sauvage avec un couteau
Confrontation avec un ours, un sanglier ou un autre animal sauvage : l’idée de sortir son couteau pour se défendre appartient à la fiction.
Dans la quasi-totalité des rencontres en nature, l’animal fuit si on lui laisse de l’espace. Les comportements qui sauvent sont connus : parler à voix haute en marchant pour signaler sa présence, ne pas courir, ne pas se mettre entre une mère et ses petits, et savoir comment réagir selon l’espèce (ours brun, cougar, etc.). Un couteau dans ce contexte est inutile, voire aggrave la situation en provoquant l’animal.
Ce qu’il faut vraiment savoir avant de partir
Les compétences de survie réellement utiles pour un randonneur tiennent à peu de choses : savoir lire une carte et utiliser une boussole (ou un GPS), connaître les signaux d’alerte météo, maîtriser les gestes de premiers secours de base, être capable de construire un abri rudimentaire avec ce que vous portez déjà (poncho, couverture de survie), et surtout, avoir les réflexes de signalisation pour que les secours vous localisent rapidement.
La préparation physique joue aussi un rôle souvent sous-estimé dans la gestion du stress en situation difficile. Un corps habitué à l’effort récupère mieux et prend de meilleures décisions. C’est exactement pourquoi travailler sa technique de marche, comme avec le « pas français » en montée, ne sert pas qu’à économiser les mollets : ça construit aussi une lucidité sur le terrain qui peut faire la différence.





