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Marcher avec émerveillement : le truc de psy qui change tout en rando

Arnaud Houde par Arnaud Houde
Publié le 4 avril 2026
Lecture 7 min
marche contemplative

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Et si une promenade ordinaire devenait un exercice d’attention, simplement en levant les yeux et en laissant une place à l’émerveillement ? Une petite étude menée auprès d’adultes âgés suggère des effets intéressants sur certaines émotions, mais elle ne permet pas de transformer l’awe walk en traitement miracle.

Une awe walk, c’est quoi au juste ?

Le mot awe désigne une émotion proche de l’émerveillement, provoquée par quelque chose qui nous paraît vaste, impressionnant ou difficile à saisir immédiatement. Cela peut être un panorama, un ciel chargé d’orage, la taille d’un arbre, mais aussi une œuvre, une architecture, une musique ou un moment de lien avec d’autres personnes.

Une awe walk est donc une marche pendant laquelle on ne se contente pas d’avancer d’un point A à un point B. On part avec l’intention de remarquer ce qui dépasse un peu le quotidien et de laisser cette impression prendre de la place. Il n’est pas nécessaire de trouver un paysage spectaculaire : une lumière sur une façade, le dessin d’un mur ancien ou la manière dont le vent traverse les herbes peuvent suffire.

La méthode reste volontairement simple. On marche dehors, à une allure confortable, en essayant de réduire le pilote automatique. Le téléphone peut rester dans la poche, sauf si l’on choisit de prendre une photo dans le cadre de l’exercice. L’idée n’est pas de réussir une performance mentale, mais de donner à son environnement une attention plus généreuse.

Ce que les cinq sens changent dans une marche

L’émerveillement n’est pas seulement une affaire de paysage. Pour rendre la promenade plus immersive, on peut mobiliser successivement les cinq sens. Que vois-tu dans les formes, les couleurs et les mouvements ? Qu’entends-tu derrière le bruit principal : oiseaux, eau, pas, circulation, voix lointaines ? Quelle odeur signale la terre humide, les arbres, une boulangerie ou la pluie qui arrive ? Que ressens-tu sur la peau : fraîcheur, soleil, humidité, vent ?

Cette exploration ne demande pas de commenter chaque sensation. Elle sert plutôt à déplacer l’attention du flux des pensées vers une expérience concrète. En forêt, cela peut conduire à observer les strates d’un sous-bois. En ville, les cinq sens restent disponibles : la perspective d’une avenue, l’écho sous un porche, la texture d’une vieille pierre ou l’odeur d’un marché peuvent devenir des points d’ancrage.

Il faut aussi éviter la recherche forcée du spectaculaire. Si rien ne semble grandiose un jour donné, remarquer une nuance ou une évolution minuscule est déjà cohérent avec la pratique. L’émerveillement ne se commande pas comme un interrupteur ; on peut seulement créer des conditions favorables pour être plus réceptif.

Ce que l’étude primaire a réellement testé

L’article le plus souvent cité sur le sujet est un essai randomisé publié dans la revue Emotion. Les chercheurs ont inclus 60 adultes âgés en bonne santé. Pendant huit semaines, les participants ont effectué une marche extérieure de 15 minutes chaque semaine. Ils ont été répartis au hasard entre un groupe « awe walk », orienté vers la recherche d’émerveillement pendant la marche, et un groupe contrôle qui faisait des marches sans cette consigne particulière.

Les participants prenaient notamment des photographies d’eux-mêmes pendant leurs sorties et évaluaient leur expérience émotionnelle. Ils renseignaient aussi, chaque jour, leurs émotions en dehors du contexte de la marche. Enfin, des mesures d’anxiété, de dépression et de satisfaction de vie étaient réalisées avant et après l’intervention.

Un détail compte ici : le protocole parle de marches hebdomadaires, et non de deux marches par semaine. Cette différence peut sembler secondaire, mais elle est essentielle lorsqu’on veut traduire fidèlement les résultats en conseil pratique.

Quels résultats ont été observés ?

Par rapport au groupe contrôle, les personnes du groupe awe ont déclaré davantage d’émerveillement pendant leurs marches. Elles ont aussi rapporté davantage de joie et d’émotions positives à dimension prosociale, c’est-à-dire des émotions qui peuvent aller avec un sentiment de connexion, de bienveillance ou d’ouverture aux autres. Les chercheurs ont également observé, au fil des semaines, des sourires plus intenses sur les photos et une représentation de soi qui laissait davantage de place à l’arrière-plan.

En dehors des promenades, les participants du groupe awe ont déclaré une hausse plus importante des émotions prosociales quotidiennes et une baisse plus importante de la détresse quotidienne au cours du suivi. Ce sont des résultats intéressants : ils suggèrent que la consigne d’attention ne concerne pas seulement les quinze minutes passées à marcher.

La formulation est toutefois importante. L’étude mesure principalement des expériences rapportées par les participants, des photos et des indicateurs comparant les trajectoires des groupes. Elle ne démontre pas qu’une awe walk déclenche chez tout le monde un changement durable, ni qu’elle agit de la même façon qu’un soin psychologique.

Les limites à garder en tête

La première limite tient à la taille de l’échantillon : 60 personnes, ce qui reste modeste. Les participants étaient des adultes âgés en bonne santé ; on ne peut donc pas transposer automatiquement les résultats à d’autres âges ou à des patients souffrant de dépression, d’anxiété ou d’une autre maladie.

La durée était également courte, avec huit semaines de suivi. L’étude ne dit pas combien de temps les effets éventuels persistent après l’arrêt des marches. Elle ne permet pas non plus de déterminer la dose idéale : quinze minutes, une fois par semaine, est le protocole testé, pas une prescription universelle.

Enfin, l’absence de changement pré/post sur l’anxiété, la dépression et la satisfaction de vie doit être dite clairement : ces mesures n’ont pas changé dans les deux groupes. L’awe walk ne doit donc pas être présentée comme une méthode qui guérit la dépression, garantit une baisse du stress ou remplace un accompagnement médical. Si une souffrance psychique s’installe, en parler à un professionnel reste la bonne démarche.

Pourquoi l’impression de « petit soi » revient-elle souvent ?

Dans l’étude, les chercheurs s’intéressent à l’idée de small self, que l’on peut traduire par « petit soi ». Il ne s’agit pas de se dévaloriser. C’est plutôt le sentiment que ses préoccupations personnelles occupent momentanément moins tout l’espace lorsqu’on se trouve devant quelque chose de vaste ou de surprenant.

Une montagne, un ciel immense ou une rue ancienne peuvent remettre notre journée en perspective. Cette perspective peut rendre plus facile l’attention portée à ce qui nous entoure et aux autres. Mais là encore, il s’agit d’un mécanisme psychologique proposé pour comprendre l’expérience, pas d’une preuve que chaque marcheur ressentira la même chose.

La notion éloigne l’awe walk d’une simple chasse aux beaux paysages. On peut éprouver de l’émerveillement devant une réalisation humaine, une scène de solidarité ou la complexité du vivant. La nature est souvent propice à cette émotion, mais elle n’est ni obligatoire ni automatiquement supérieure à la ville.

Comment l’essayer sans transformer la balade en devoir

Choisis un itinéraire sûr et suffisamment familier pour ne pas passer toute la sortie à te repérer. Prévois environ quinze minutes au départ, sans chercher à cumuler les kilomètres. Avant de marcher, formule une consigne courte : « Je vais regarder ce qui est vaste, inattendu ou touchant autour de moi. » Puis laisse cette phrase en arrière-plan.

Pendant la marche, alterne les focales. Observe d’abord l’ensemble : une ligne d’horizon, la perspective d’une rue, la masse d’un massif. Approche-toi ensuite d’un détail : une écorce, une inscription, une ombre, une plante dans une fissure. Écoute quelques secondes, puis reviens au mouvement de tes pas. Cette alternance évite la liste de choses à cocher.

Le rituel express en 15 minutes

  1. Minute 1 : pose le téléphone et choisis une allure confortable.
  2. Minutes 2 à 5 : regarde au loin et cherche une forme, une hauteur ou une perspective qui te dépasse.
  3. Minutes 6 à 10 : passe en revue les sons, les odeurs, la lumière et le contact de l’air sur la peau.
  4. Minutes 11 à 14 : choisis un détail inattendu et reste quelques instants avec lui, sans l’analyser.
  5. Minute 15 : demande-toi simplement ce qui a changé dans ton attention, sans noter une performance.

Forêt, sentier ou quartier : le lieu importe moins qu’on ne le croit

Une sortie en pleine nature offre des déclencheurs évidents : relief, végétation, météo, traces d’animaux et changements de lumière. Elle présente aussi des contraintes, comme le terrain ou l’isolement. Une marche urbaine peut être tout aussi riche : façade ancienne, pont et lignes de fuite, chantier qui révèle une structure, arbre remarquable ou geste attentionné aperçu au passage.

Pour une randonnée, l’attention doit rester compatible avec la sécurité. Sur une descente technique, une route traversée ou un passage exposé, la priorité est de regarder où l’on pose les pieds et de respecter les règles du lieu. L’émerveillement ne justifie ni l’arrêt au milieu d’un sentier fréquenté ni le détour vers une zone interdite.

Ce qu’il faut retenir avant de chausser

L’awe walk est une consigne simple : marcher dehors en dirigeant volontairement son attention vers ce qui paraît vaste, inattendu ou profondément intéressant, avec l’aide des cinq sens. L’essai randomisé disponible a observé, chez 60 adultes âgés en bonne santé, des émotions plus positives et prosociales pendant les marches, ainsi qu’une évolution favorable de certaines émotions quotidiennes sur huit semaines.

Ces résultats donnent une piste raisonnable pour sortir de la monotonie et retrouver de la présence sur un itinéraire connu. Ils ne constituent pas une promesse thérapeutique. Le protocole étudié était hebdomadaire, les mesures n’ont pas montré d’amélioration pré/post de l’anxiété, de la dépression ou de la satisfaction de vie, et d’autres études seront nécessaires pour savoir ce qui se passe dans d’autres populations et sur une plus longue durée.

Tu peux donc essayer sans attente excessive : quinze minutes, une fois cette semaine, dans un endroit sûr. Si tu repars avec un regard un peu moins automatique sur ton quartier ou ton sentier, c’est déjà un bénéfice concret de l’exercice — sans avoir besoin de lui faire dire davantage que ce que la recherche permet.

Pour prolonger la marche

Si tu veux travailler plus précisément l’allure et la régularité, retrouve aussi notre guide consacré à la séance de marche. Et pour préparer une sortie où l’observation compte autant que l’effort, tu peux consulter nos conseils sur les chemins de randonnée et leurs règles d’accès.

Sources

  • Sturm et al., « Big smile, small self: Awe walks promote prosocial positive emotions in older adults », PubMed, PMID 32955293.
  • Fit&Well, « Taking awe walks has transformed my wellbeing ».
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Arnaud Houde

Passionné d’activités de plein-air et d’aventures, la randonnée a été pour moi une révélation il y a quelques années, raison pour laquelle j'ai décidé de lancer mapetiterando.fr afin de partager et faire découvrir au plus grand nombre la pratique de la randonnée.

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