À deux heures de marche du départ, sur les flancs du Volcán Pacaya au Guatemala, un homme sort des pizzas d’un four construit à même la roche volcanique.
Ce n’est pas un concept marketing : c’est une des randonnées les plus surprenantes d’Amérique centrale. Si vous cherchez à repousser les frontières de ce qu’on peut vivre en marchant, ce tuyau vaut le détour, même si les sentiers extraordinaires ne manquent pas non plus de ce côté « je n’en reviens pas » qu’on cherche en rando.
Une randonnée de 5 km avec dénivelé costaud au lever du soleil
Le point de départ est organisé via l’agence Lava Trails, qui propose des transferts en navette depuis Antigua (Guatemala) ou depuis le lac Atitlan, via la navette Roadrunner. La sortie se fait à l’aube pour profiter du lever de soleil sur les crêtes.
Le sentier couvre environ 3,2 miles, soit un peu plus de 5 km aller. La montée est franche dès les premiers mètres : une ascension rocheuse et raide qui fait rapidement parler les mollets. Le dénivelé se fait sentir dans les poumons aussi, l’altitude étant significative sur ce volcan qui culmine à plus de 2 500 mètres. Comptez environ deux heures de marche pour atteindre le champ de lave.
Le paysage change au fil de la montée. La végétation se fait de plus en plus rare, la terre noircit progressivement, et les panoramas s’ouvrent sur les collines vertes alentour. Puis, clou du spectacle, la vue sur le Volcán de Fuego, l’un des volcans les plus actifs du monde, qui se découvre dans toute son ampleur avant d’arriver à destination.
Le champ de lave pétrifiée et Mario la pizza : le cœur de l’expérience
Après deux heures d’effort, le sentier débouche sur un vaste champ de lave pétrifiée, figée en vagues métalliques et dentelées. La chaleur remonte à travers la semelle des chaussures. La roche est solide mais la chaleur souterraine est bien présente.
C’est là qu’attend Mario David García Mansilla, connu sous le nom de Pizza Pacaya. Il a construit ses propres fours en métal, posés directement sur la roche volcanique, et y enfourne des pizzas. La chaleur de la lave suffit à cuire la pâte en quelques minutes. Ce qui sort du four : une croûte légèrement brûlée sur les bords, un fromage fondu à point, un goût fumé et terreux que la source décrit comme « inseparable from the volcanic ground that cooked it ».
Les guimauves sont aussi au programme : les guides proposent aux randonneurs de les rôtir eux-mêmes sur les bouches d’aération naturelles du volcan, là où la vapeur s’échappe. Pas de feu de camp, pas de réchaud : juste la chaleur de la Terre.
Pour les Guatémaltèques, les volcans ne sont pas une curiosité touristique
Ce qui frappe au-delà de l’aspect spectaculaire, c’est le rapport que les habitants entretiennent avec ce paysage. Le Guatemala compte plus de 30 volcans, dont plusieurs encore actifs. Les communautés locales vivent depuis des générations à leur pied, adaptant leur quotidien aux éruptions, aux cendres et aux secousses sismiques.
L’éruption dévastatrice du Volcán de Fuego en 2018 a tué des centaines de personnes et déplacé des communautés entières. Pourtant, beaucoup sont rentrés. D’autres continuent de travailler directement sur ces terres volcaniques. Mario et sa pizza sur lave ne sont pas un gadget touristique sorti de nulle part : ils s’inscrivent dans une longue relation entre les habitants et leurs volcans, une relation faite de respect et d’adaptation plutôt que de peur.
Cette dimension humaine donne une autre profondeur à la randonnée. On ne monte pas seulement pour manger une pizza originale : on traverse un territoire habité, vivant, qui a sa propre histoire avec la montagne. Un peu comme ces randonneurs qui, au bout du rouleau à mi-parcours, trouvent dans le contexte humain autour d’eux une raison de continuer à avancer.
Une expérience qui reste une vraie randonnée
Attention à ne pas se laisser embarquer par le côté « attraction » : le Volcán Pacaya reste un volcan actif. La montée est physique, l’altitude se ressent, le terrain est instable et tranchant par endroits. La vapeur qui s’échappe des bouches n’est pas de la mise en scène. Les guides sont là pour une raison.
C’est une sortie qui demande une condition physique correcte et un équipement adapté : bonnes chaussures de marche (semelles épaisses impératives sur la lave), vêtements en couches pour gérer l’écart thermique entre le départ à l’aube et le soleil en milieu de matinée, gourde, et les protections solaires habituelles.
La pizza, elle, c’est la récompense. Et à en croire ceux qui l’ont tentée, c’est probablement la meilleure qu’ils aient jamais mangée. Pas forcément parce qu’elle est exceptionnelle sur le plan gastronomique, mais parce que deux heures d’effort sur un volcan actif changent radicalement ce que le mot « méritée » signifie.
