Pourquoi la croisière en Norvège ne ressemble à aucune autre
La croisière en Norvège ne se contente pas de longer une côte : elle entre dans les fjords. C’est ce qui la distingue de tous les autres itinéraires de navigation en Europe. Ailleurs, on regarde le rivage défiler au loin ; ici, le bateau s’enfonce dans des vallées noyées, parfois larges de quelques centaines de mètres, bordées de parois qui montent à plus de mille mètres. Ces mêmes paysages, vus d’en haut, deviennent des sentiers. C’est tout l’objet de ce guide : suivre la croisière, escale par escale, et dire à chaque fois quelle randonnée part du port.
La Norvège compte plus d’un millier de fjords. Les croisières en desservent une poignée, les plus spectaculaires : le Geirangerfjord, le Nærøyfjord, le Sognefjord, le Hardangerfjord et le Lysefjord. Deux d’entre eux, le Geirangerfjord et le Nærøyfjord, sont inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO. L’argument n’est pas commercial : quand le bateau s’enfonce dans le Nærøyfjord, on comprend pourquoi.
Ce que le bateau montre vraiment
Le Geirangerfjord et le Nærøyfjord
Le Geirangerfjord est le plus photographié. Le bateau le remonte sur une quinzaine de kilomètres, entre les cascades des Sept Sœurs, des fermes abandonnées accrochées à flanc de falaise et un village de quelques centaines d’habitants au fond de la vallée. C’est aussi le fjord où l’écart entre ce qu’on voit depuis l’eau et ce qu’on voit depuis les crêtes est le plus frappant.
Le Nærøyfjord, un bras du Sognefjord, est encore plus étroit. Par endroits, il ne fait que quelques centaines de mètres de large et les parois tombent presque à pic. C’est l’un des rares endroits d’Europe où un bateau de croisière passe à quelques dizaines de mètres d’une falaise verticale.
Le Lysefjord, le fjord des randonneurs
Au sud de Bergen, le Lysefjord s’étire sur une quarantaine de kilomètres. C’est le fjord le plus « marcheur » du pays : c’est là que se trouvent Preikestolen et le Kjeragbolten, deux des sites les plus connus de Norvège. Un fjord court, dense en sentiers, ce qui en fait une escale précieuse pour qui veut randonner pendant la croisière.
Le Sognefjord et le Hardangerfjord
Le Sognefjord est le plus long et le plus profond du pays : plus de 200 kilomètres de long et plus de 1 300 mètres de profondeur. Sa largeur le rend moins spectaculaire depuis le pont, mais ses bras latéraux — dont le Nærøyfjord — sont, eux, très encaissés. Le Hardangerfjord, deuxième par la longueur, est bordé de vergers et de villages ; c’est une Norvège plus douce, plus verte, qui complète bien le reste du voyage.
Les escales classiques, du sud au nord
La plupart des itinéraires remontent depuis Bergen vers le Cap Nord en franchissant le cercle polaire. Les escales les plus fréquentes sont Bergen, Ålesund, Geiranger, Olden, Flåm, Trondheim, Bodø, les îles Lofoten, Tromsø et Honningsvåg, la porte du Cap Nord.
Pour un randonneur, deux escales valent plus que les autres. Bergen, d’où l’on rejoint à pied les sommets qui dominent la ville, et Geiranger, où le départ du sentier se trouve dans le village même : quelques minutes de marche séparent le port du début de la randonnée.
Les randonnées à faire pendant cette croisière
C’est le cœur de ce guide. La Norvège est le seul itinéraire où, presque à chaque escale, un sentier balisé part du port. Encore faut-il choisir le bon en fonction du temps que le bateau reste à quai. Voici les plus belles randonnées, du plus accessible au plus exigeant.
Skageflå, depuis Geiranger — la randonnée d’escale idéale
Depuis le village de Geiranger, un sentier grimpe vers les fermes de Skageflå, abandonnées, accrochées à environ 250 mètres au-dessus du fjord. Comptez 3 à 4 heures aller-retour. Le départ se fait depuis le village : c’est la randonnée la plus commode quand l’escale est courte. Le sentier est raide mais bien tracé, et la vue sur le Geirangerfjord, depuis les anciennes fermes, est exactement celle que le bateau vous a montrée la veille — en plus vertigineuse.
Preikestolen, depuis le Lysefjord — 8 kilomètres pour un balcon à 604 mètres
Le fameux « rocher de la chaire » : une plateforme naturelle d’environ 25 mètres de côté, suspendue à 604 mètres au-dessus du Lysefjord. Depuis le départ du sentier, comptez 8 kilomètres aller-retour et environ deux heures de montée régulière. Le sentier est aménagé et très fréquenté : partez tôt le matin pour l’avoir presque pour vous, et pour redescendre avant que le gros de la foule n’arrive.
Flørli, l’escalier de 4 444 marches
Au fond du Lysefjord, le village de Flørli n’est accessible que par bateau — ce qui en fait une escale de croisière idéale. Il abrite le plus long escalier en bois du monde, une montée de 4 444 marches construite à l’origine pour les ouvriers d’une centrale hydroélectrique. La randonnée représente environ 15 kilomètres aller-retour, de niveau modéré, avec une vue splendide sur le fjord depuis le haut de l’escalier.
Kjeragbolten — la plus exigeante du Lysefjord
Le sentier du Kjerag part du parking d’Øygardstøl, à environ 900 mètres d’altitude. Comptez 11 kilomètres aller-retour pour un dénivelé positif d’environ 600 mètres, sur un terrain de roche polie qui exige de l’attention, surtout par temps humide. Plusieurs passages sont équipés de chaînes métalliques. À l’arrivée, le Kjeragbolten est ce bloc coincé entre deux parois, au-dessus d’un vide de près de 1 000 mètres. Ce n’est pas une balade : c’est une vraie randonnée de montagne, à réserver à qui a le pied sûr. Notre dossier sur la randonnée du Kjeragbolten décrit le sentier section par section.
Reinebringen, aux Lofoten — les marches de pierre
Si votre itinéraire monte jusqu’aux Lofoten, ne manquez pas le Reinebringen. Le sentier a été refait en escaliers de pierre pour limiter l’érosion : comptez environ deux heures aller-retour pour un dénivelé de l’ordre de 450 mètres. La vue au sommet embrasse le village de Reine et son labyrinthe de fjords, l’une des images les plus fortes de l’archipel. Le terrain reste raide : chaussures obligatoires.
Le Romsdalseggen, depuis Åndalsnes — si vous vous arrêtez dans le Romsdal
Certains itinéraires font escale à Åndalsnes, une petite ville au fond du Romsdalsfjord, dans la vallée du Romsdal. C’est un autre visage de la Norvège : la crête du Romsdalseggen, longue d’une dizaine de kilomètres, offre une vue plongeante sur la vallée et sur le Trollveggen, le « mur des Trolls ». Pour comprendre pourquoi ce coin perdu est devenu une référence du trail, lisez notre article sur Åndalsnes et la vallée de Romsdal.
Pour d’autres idées de sentiers sur l’ensemble de la côte ouest, notre sélection de randonnées dans les fjords norvégiens complète ce guide escale par escale.
Et si votre bateau pousse jusqu’à l’extrême nord-est du pays, vers Kirkenes, sachez qu’il existe des sentiers arctiques qui longent la frontière russe entre taïga et toundra : un cas de figure unique, à découvrir dans notre article sur le sentier arctique de la frontière norvégienne.
Quand partir — et quels mois éviter
La saison des croisières en Norvège s’étend globalement de mai à septembre. Deux périodes se détachent.
Juin : au nord du cercle polaire, c’est le mois du soleil de minuit — le soleil ne se couche pas, et les sentiers deviennent praticables à toute heure. C’est aussi, sur la côte ouest, l’une des périodes les plus sèches de l’année. Pour un randonneur, c’est le mois de référence.
Mai et début juin : moins de bateaux, des paysages encore marqués par la neige en altitude. Attention, certains sentiers d’altitude peuvent rester enneigés plus longtemps que prévu : renseignez-vous à l’office de tourisme local avant de partir.
Septembre : moins de monde, prix plus bas et premières couleurs d’automne sur les versants. En contrepartie, les jours raccourcissent vite et la pluie devient plus fréquente.
À éviter : juillet et août, non pas pour la météo, mais pour la fréquentation. Sur Preikestolen et sur le Kjerag, on marche alors en file, et les villages-escales comme Geiranger ou Flåm sont saturés. Si vous n’avez pas le choix, partez sur les sentiers avant sept heures du matin.
Hors saison, d’octobre à avril, certaines liaisons maritimes s’interrompent et plusieurs sentiers — dont le Kjerag — deviennent impraticables à cause de la neige et du verglas. L’hiver, c’est la saison des aurores boréales au nord, mais elle concerne des croisières spécifiques, pas les itinéraires d’été décrits ici.
Ce qu’il faut emporter
- Chaussures de randonnée montantes — indispensables sur le Kjerag, le Reinebringen et le Romsdalseggen, où le terrain est rocheux et glissant. Les chaussures basses ne suffisent pas.
- Veste imperméable respirante — la pluie peut tomber à n’importe quelle heure, même en juin, et le temps change vite sur la côte ouest.
- Une couche chaude, type doudoune légère — au-dessus de 600 mètres, la température chute dès que le vent se lève.
- Bâtons de marche — précieux pour les longues descentes sur rocher poli.
- Une gourde ou une poche à eau d’au moins un litre et demi — les points d’eau sont rares sur le sentier du Kjerag.
- Crème solaire et lunettes de soleil — avec le soleil de minuit, on marche souvent en soirée, quand on n’y pense plus.
Inutile d’emporter une tente ou du matériel de bivouac : vous dormez à bord chaque soir. Prévoyez surtout un sac assez léger pour la journée d’escale, car vous le porterez du matin au retour au bateau.
Questions fréquentes
Peut-on faire Preikestolen et Kjeragbolten pendant la même croisière ?
Les deux départs se trouvent au bord du même fjord, le Lysefjord, mais ils sont éloignés de plusieurs heures de route. La plupart des itinéraires proposent une escale qui ne permet d’en faire qu’un seul dans la journée. Vérifiez le temps passé à quai avant de choisir, et ne tentez pas les deux le même jour.
Faut-il être un randonneur expérimenté ?
Non. Skageflå, Preikestolen et le sentier de Flørli sont accessibles à toute personne qui marche régulièrement, avec un peu d’endurance. Le Kjeragbolten et le Reinebringen demandent en revanche une bonne condition physique et le pied sûr : ce sont de vraies randonnées de montagne, pas des balades familiales.
Peut-on randonner partout en Norvège ?
Le droit d’accès à la nature, l’allemannsretten, autorise la marche sur les terrains non cultivés, y compris privés, à condition de respecter les cultures et les clôtures et de ne rien laisser derrière soi. Ce droit ne dispense pas de suivre les sentiers balisés là où ils existent, en particulier pour préserver les milieux fragiles des plateaux.
Ce qu’il faut retenir
La croisière en Norvège est, de tous les itinéraires de navigation, celui qui offre le meilleur rapport entre ce que le bateau montre et ce que les sentiers permettent d’atteindre. Les fjords se voient depuis l’eau ; ils se comprennent depuis les crêtes. Trois randonnées à ne pas manquer : Skageflå pour une escale courte et accessible, Preikestolen pour le panorama, Kjeragbolten pour l’intensité.
